par Si vis pacem » mer. 08 avr. 2026 21:29
Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit :
Moi-même, ancien étudiant des Universités romaines et françaises, je suis arrivé à ce principe : ne pas envoyer des jeunes séminaristes en Europe, mais de jeunes prêtres doués d'intelligence, de bon jugement, de conduite sérieuse, ayant été initié quelques années à l'apostolat même. Un tout jeune séminariste catapulté dans le monde européen ou américain, matériellement si différent du Tiers-Monde auquel appartenait le Vietnam de mon temps, surtout pour ce qui concernait la civilisation matérielle ; le luxe, l'aisance, le confort dans lesquels sera plongé l'Asiatique ou l'Africain en feront un désaxé, s'il rentre (ou ne voudra plus rentrer, comme l'ont fait pas mal d'asiatiques et d'africains se cramponnant à l’Étranger pour ne pas manquer de ce confort occidental et n'avoir pas à se réadapter à la nourriture frugale, au climat tropical, à la bicyclette et à la paillote).
Ce pauvre prêtre, refusant de rentrer au pays, rend inutiles les efforts du Saint-Siège et les espoirs de ses compatriotes. Certes, il ne faut pas jeter la pierre sur ces défections, mais il faut prendre des mesures pour minimiser les pertes. Je crois que la Sainte Congrégation de la Propagande, en fin de compte, a dû convenir de la suppression à Rome d'un séminaire pour séminaristes des pays de mission et de l'ouverture d'un Collège pour les jeunes prêtres des Missions qui préparaient leurs doctorats en fréquentant les diverses Facultés romaines. Ce principe s'est concrétisé en l'ouverture du Collège St-Pierre sur le Janicule qui a donné, déjà, un bon nombre d'évêques aux pays de mission. Mon neveu, l'archevêque-coadjuteur de Saïgon, Mgr F.X. Nguyên-vân-Thuân, sorti de ce collège, est, actuellement, témoin du Christ dans les geôles communistes.
Les deux prêtres, envoyés par moi-même en Europe, sont actuellement évêques à Mytho (Mgr Joseph Thiên) et à Cantho (Mgr Quang). Car j'avais dû bâtir un petit séminaire, celui de la mission-mère à Saïgon ne pouvant plus recevoir tous mes petits séminaristes. Mais comment bâtir en ce moment-là ? Nous étions plongés dans la Deuxième Guerre Mondiale. Il n'y avait plus de moyens de recevoir des marchandises de France ou d'ailleurs, la flotte japonaise bloquant les mers chaudes. Or, la France, notre protectrice, n'avait pas introduit l'industrie en Indochine. Nous étions seulement producteurs de matières premières. Par exemple, l'exportateur français envoyait dans sa mère-patrie le caoutchouc des plantations de hévéas en Cochinchine. Cette gomme, travaillée en France, par exemple chez Michelin, nous était retournée comme pneus pour les autos (fabriquées en France) ou pour les bicyclettes, comme celle que j'avais acquise de la Manufacture de St-Etienne. Nous n'avions pas même une fabrique de clous. Notre calcaire servait pour faire nos routes, mais aucune usine ne le transformait en ciment. Nous avions du bois en quantité, mais pas de scieries. Tout ce bois devait être débité par des scieurs avec leurs longues scies, à la force de leurs bras.
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Moi-même, ancien étudiant des Universités romaines et françaises, je suis arrivé à ce principe : ne pas envoyer des jeunes séminaristes en Europe, mais de jeunes prêtres doués d'intelligence, de bon jugement, de conduite sérieuse, ayant été initié quelques années à l'apostolat même. Un tout jeune séminariste catapulté dans le monde européen ou américain, matériellement si différent du Tiers-Monde auquel appartenait le Vietnam de mon temps, surtout pour ce qui concernait la civilisation matérielle ; le luxe, l'aisance, le confort dans lesquels sera plongé l'Asiatique ou l'Africain en feront un désaxé, s'il rentre (ou ne voudra plus rentrer, comme l'ont fait pas mal d'asiatiques et d'africains se cramponnant à l’Étranger pour ne pas manquer de ce confort occidental et n'avoir pas à se réadapter à la nourriture frugale, au climat tropical, à la bicyclette et à la paillote).
Ce pauvre prêtre, refusant de rentrer au pays, rend inutiles les efforts du Saint-Siège et les espoirs de ses compatriotes. Certes, il ne faut pas jeter la pierre sur ces défections, mais il faut prendre des mesures pour minimiser les pertes. Je crois que la Sainte Congrégation de la Propagande, en fin de compte, a dû convenir de la suppression à Rome d'un séminaire pour séminaristes des pays de mission et de l'ouverture d'un Collège pour les jeunes prêtres des Missions qui préparaient leurs doctorats en fréquentant les diverses Facultés romaines. Ce principe s'est concrétisé en l'ouverture du Collège St-Pierre sur le Janicule qui a donné, déjà, un bon nombre d'évêques aux pays de mission. Mon neveu, l'archevêque-coadjuteur de Saïgon, Mgr F.X. Nguyên-vân-Thuân, sorti de ce collège, est, actuellement, témoin du Christ dans les geôles communistes.
Les deux prêtres, envoyés par moi-même en Europe, sont actuellement évêques à Mytho (Mgr Joseph Thiên) et à Cantho (Mgr Quang). Car j'avais dû bâtir un petit séminaire, celui de la mission-mère à Saïgon ne pouvant plus recevoir tous mes petits séminaristes. Mais comment bâtir en ce moment-là ? Nous étions plongés dans la Deuxième Guerre Mondiale. Il n'y avait plus de moyens de recevoir des marchandises de France ou d'ailleurs, la flotte japonaise bloquant les mers chaudes. Or, la France, notre protectrice, n'avait pas introduit l'industrie en Indochine. Nous étions seulement producteurs de matières premières. Par exemple, l'exportateur français envoyait dans sa mère-patrie le caoutchouc des plantations de hévéas en Cochinchine. Cette gomme, travaillée en France, par exemple chez Michelin, nous était retournée comme pneus pour les autos (fabriquées en France) ou pour les bicyclettes, comme celle que j'avais acquise de la Manufacture de St-Etienne. Nous n'avions pas même une fabrique de clous. Notre calcaire servait pour faire nos routes, mais aucune usine ne le transformait en ciment. Nous avions du bois en quantité, mais pas de scieries. Tout ce bois devait être débité par des scieurs avec leurs longues scies, à la force de leurs bras.
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