par Abbé Zins » mar. 19 mars 2019 18:15
chartreux a écrit : lun. 18 mars 2019 18:01
La présente question est dans la continuité d'une
précédente sur ce forum, et expose une nouvelle objection non résolue par les sources déja citées.
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, Article ALMAH, p.302 a écrit :
S. Jérôme (...) lançait aux Juifs ce défi : "Que les Juifs nous montrent donc un passage des Écritures ou almah désigne seulement une jeune fille et non pas seulement une vierge, et alors nous reconnaîtrons que les paroles d'Isaïe (Note: il parle ici d'Isaïe 7:14) doivent s'entendre non d'une vierge cachée (dans la maison) mais d'une jeune femme déja mariée.
(lien
ici)
Sur un autre site, j'avais fait part à un intervenant juif du nom de David (le même que dans cette autre
question) de ce défi de S. Jérôme.
David m'avait répondu en citant l'occurrence de
almah dans le texte hébreu de Proverbes 30:19 :
Proverbes 30:18-20 a écrit :
18 tria sunt difficilia mihi et quartum penitus ignoro 19 viam aquilae in caelo viam colubri super petram viam navis in medio mari et viam viri in adulescentula 20 talis est via mulieris adulterae quae comedit et tergens os suum dicit non sum operata malum
18 Trois choses me sont difficiles à comprendre, et la quatrième m’est entièrement inconnue : 19 la trace de l’aigle dans le ciel, la trace du serpent sur le rocher, la trace d’un navire au milieu de la mer, et la voie de l’homme dans sa jeunesse (son adolescence). 20 Telle est aussi la voie de la femme adultère, qui mange, et dit en s’essuyant la bouche : Je n’ai pas fait de mal.
Je n'ai pas eu de mal à trouver, à la même page du
Dictionnaire de la Bible, la parade suivante que j'ai transmise à David :
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, Article ALMAH, p.302 a écrit :
Dans les Proverbes 30:19, l'almah est encore une vierge, ou, au moins, une jeune fille réputée telle. Le sens, en effet, des adages de ce passage est le suivant : Il est difficile de reconnaître qu'un aigle a traversé les airs, qu'un navire a fendu les flots de la mer, qu'un reptile a glissé sur un rocher ; il n'est pas moins difficile de constater qu'une jeune fille a cessé d'être vierge, ou par quelles manoeuvres un homme a pu séduire une vierge, puisque la femme adultère, prise en flagrant délit, sait cacher son crime, qu'elle nie effrontément.
Mais, chose inattendue pour moi, David a rétorqué la chose suivante :
David traduit par le chartreux a écrit :
Il est au contraire relativement facile de constater qu'une jeune fille a cessé d'être vierge si elle est prise sur le fait, puisqu'il existe un moyen tout-à-fait reconnu par la loi juive et exprimé en Deutéronome 22:17 : la défloraison cause la rupture de l'hymen et un afflux de sang qui laisse des traces sur les vêtements. C'est bien la preuve que l'almah de Proverbes 30:19 ne saurait être une vierge.
Deutéronome 22:13-17 a écrit :
13 si duxerit vir uxorem et postea eam odio habuerit 14 quaesieritque occasiones quibus dimittat eam obiciens ei nomen pessimum et dixerit uxorem hanc accepi et ingressus ad eam non inveni virginem 15 tollent eam pater et mater eius et ferent secum signa virginitatis eius ad seniores urbis qui in porta sunt 16 et dicet pater filiam meam dedi huic uxorem quam quia odit 17 inponet ei nomen pessimum ut dicat non inveni filiam tuam virginem et ecce haec sunt signa virginitatis filiae meae expandent vestimentum coram senibus civitatis
13Si un homme, ayant épousé une femme, en conçoit ensuite de l’aversion, 14et que, cherchant un prétexte pour la répudier, il lui impute un crime honteux (reprochant une réputation très mauvaise), en disant : J’ai épousé cette femme ; mais m’étant approché d’elle, j’ai reconnu qu’elle n’était pas vierge, 15son père et sa mère la prendront, et ils présenteront aux anciens de la ville, qui se tiennent à la porte, les preuves de la virginité de leur fille ; 16et le père dira : J’ai donné ma fille à cet homme pour femme ; mais, parce qu’il en a maintenant de l’aversion, 17il lui impute un crime honteux, en disant : Je n’ai pas trouvé que ta fille fût vierge. Et cependant voici les preuves de la virginité de ma fille. Ils présenteront en même temps le linge (vêtement) devant les anciens de la ville
Deux choses me troublent ici :
1. La réponse de David qui me semble difficile à réfuter.
2. Le fait que la version de la Vulgate semble s'éloigner sensiblement de l'original ; le sens indiqué par M. Vigouroux de "manoeuvres par lesquelles un homme a pu séduire une vierge" est rendu par
viam viri in adulescentula, la
vierge étant donc perdue dans la traduction (je suppose que la version latine de la Vulgate est ici entre autres un euphémisme pudique) ?
Tous éclaircissements bienvenus.
Proverbes 30,19 comporte un commentaire très étendu de Cornélius a Lapide, dont il ne sera donné ici qu’un bref résumé.
Il démontre qu’il y a en ce passage 2 versions :
1̊ Celle des codes antiques, du Vatican avec S. Bède, et des Septante (donc des 70 savants juifs ayant traduit l’Ancien Testament en grec, à la demande d’un des Pharaons Ptolémée, descendant d’un des généraux d’Alexandre-le-Grand et de princesses égyptiennes), qui est
in adolescentia ou
in juventute, tiré de l’hébreu :
almut ;
2° l’autre, de codes plus récents, qui est
in adulescentula, tiré de l’hébreu :
alma ; la différence entre les 2 en hébreu relevant d’un signe en forme de L renversé, en plus ou en moins.
Cornélius expose d’abord le sens de la 1ère version, que nous laisserons ici de côté, puisque pas dans l’objet de l’objection de David ; puis, plus longuement encore, la 2e version.
Pour celle-ci, il donne 3 explications possibles sur le plan naturel ; puis, une bien plus sublime se rapportant à l’Incarnation en la Vierge.
Il expose d’abord brièvement, l’ayant fait plus longuement en Isaïe 7,14 - comme moi-même dans le Livre I de
Consummatum Est -, le sens de
alma =
jeune fille cachée aux regards ;
alam signifiant
cachée en hébreu.
Puis, sur le plan naturel :
1. de l’accès difficile d’un homme à une vierge toujours cachée aux regards en la maison paternelle (vivant dans le gynécée ou partie exclusivement réservée aux femmes en Orient) ;
2. de l’accès secret d’un homme auprès d’une jeune fille alors encore vierge qu’il sait consentante, et de sa sortie tout aussi discrète avec la complicité de celle jusqu’avant vierge, sachant tous deux qu’ils risquent leur tête selon la loi mosaïque s’ils sont pris sur le fait ;
3. du fait que divers médecins soulignent que la seule “rupture de l'hymen” n’est pas une preuve absolue de celle de la virginité, puisqu’elle pourrait être due par exemple à un choc accidentel, comme Cornélius le développe davantage en son commentaire sur Deutéronome 22,17s, en citant le médecin François Vallésius.
Quant au sens bien plus sublime se rapportant à l’Incarnation en la Vierge, Cornélius s’y étend plus longuement, s’appuyant sur Jérémie 31,22 pour le démontrer avec les Saints Docteurs, notant que l’Enfant-Dieu est déjà appelé
un homme en tant qu’Il a eu dès le premier instant la Vision Béatifique et une science parfaite ; ce qui est longuement développé par Saint Thomas en la tertia pars de sa Somme Théologique et dans le Livre I de
Consummatum Est le citant.
Il applique alors chacun des points précédents, concernant l’aigle, la pierre et le navire à Notre Divin Sauveur, et ce qui se rapporte à la pierre, au ciel et à la mer à Notre Dame, en de sublimes comparaisons, bien plus dignes de l’étonnement et de l’admiration de Salomon que les sens naturels exposés plus haut.
Cornélius montre encore que ce sens plus sublime n’était en effet pas inconnu aux plus instruits des antiques hébreux, puisqu’il est mentionné par d’antiques rabbins, dont Rabbi Haccados.
De même que les Septante, en leur traduction datant de plus d’un siècle avant l’Incarnation, ont traduit le
he Alma d’Isaïe 7,14 par
η Παρτενὸς, qui signifie
la Vierge par excellence.
[quote=chartreux post_id=8475 time=1552928467 user_id=85]
La présente question est dans la continuité d'une [url=http://larchange.org/viewtopic.php?f=13&t=806]précédente sur ce forum[/url], et expose une nouvelle objection non résolue par les sources déja citées.
[quote="Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, Article ALMAH, p.302"]
S. Jérôme (...) lançait aux Juifs ce défi : "Que les Juifs nous montrent donc un passage des Écritures ou [i]almah[/i] désigne seulement une jeune fille et non pas seulement une vierge, et alors nous reconnaîtrons que les paroles d'Isaïe [color=green](Note: il parle ici d'Isaïe 7:14)[/color] doivent s'entendre non d'une vierge cachée (dans la maison) mais d'une jeune femme déja mariée.
[/quote]
(lien [url=https://archive.org/details/dictionnairedela11vigo/page/n267]ici[/url])
Sur un autre site, j'avais fait part à un intervenant juif du nom de David (le même que dans cette autre [url=http://larchange.org/viewtopic.php?f=13&t=806]question[/url]) de ce défi de S. Jérôme.
David m'avait répondu en citant l'occurrence de [i]almah[/i] dans le texte hébreu de Proverbes 30:19 :
[quote="Proverbes 30:18-20"]
18 tria sunt difficilia mihi et quartum penitus ignoro 19 viam aquilae in caelo viam colubri super petram viam navis in medio mari et viam viri in adulescentula 20 talis est via mulieris adulterae quae comedit et tergens os suum dicit non sum operata malum
18 Trois choses me sont difficiles à comprendre, et la quatrième m’est entièrement inconnue : 19 la trace de l’aigle dans le ciel, la trace du serpent sur le rocher, la trace d’un navire au milieu de la mer, et la voie de l’homme dans sa jeunesse (son adolescence). 20 Telle est aussi la voie de la femme adultère, qui mange, et dit en s’essuyant la bouche : Je n’ai pas fait de mal.
[/quote]
Je n'ai pas eu de mal à trouver, à la même page du [i]Dictionnaire de la Bible[/i], la parade suivante que j'ai transmise à David :
[quote="Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, Article ALMAH, p.302"]
Dans les Proverbes 30:19, l'[i]almah[/i] est encore une vierge, ou, au moins, une jeune fille réputée telle. Le sens, en effet, des adages de ce passage est le suivant : Il est difficile de reconnaître qu'un aigle a traversé les airs, qu'un navire a fendu les flots de la mer, qu'un reptile a glissé sur un rocher ; il n'est pas moins difficile de constater qu'une jeune fille a cessé d'être vierge, ou par quelles manoeuvres un homme a pu séduire une vierge, puisque la femme adultère, prise en flagrant délit, sait cacher son crime, qu'elle nie effrontément.
[/quote]
Mais, chose inattendue pour moi, David a rétorqué la chose suivante :
[quote="David traduit par le chartreux"]
Il est au contraire relativement facile de [i]constater qu'une jeune fille a cessé d'être vierge[/i] si elle est [i]prise sur le fait[/i], puisqu'il existe un moyen tout-à-fait reconnu par la loi juive et exprimé en Deutéronome 22:17 : la défloraison cause la rupture de l'hymen et un afflux de sang qui laisse des traces sur les vêtements. C'est bien la preuve que l'[i]almah[/i] de Proverbes 30:19 ne saurait être une vierge.
[/quote]
[quote="Deutéronome 22:13-17"]
13 si duxerit vir uxorem et postea eam odio habuerit 14 quaesieritque occasiones quibus dimittat eam obiciens ei nomen pessimum et dixerit uxorem hanc accepi et ingressus ad eam non inveni virginem 15 tollent eam pater et mater eius et ferent secum signa virginitatis eius ad seniores urbis qui in porta sunt 16 et dicet pater filiam meam dedi huic uxorem quam quia odit 17 inponet ei nomen pessimum ut dicat non inveni filiam tuam virginem et ecce haec sunt signa virginitatis filiae meae expandent vestimentum coram senibus civitatis
13Si un homme, ayant épousé une femme, en conçoit ensuite de l’aversion, 14et que, cherchant un prétexte pour la répudier, il lui impute un crime honteux (reprochant une réputation très mauvaise), en disant : J’ai épousé cette femme ; mais m’étant approché d’elle, j’ai reconnu qu’elle n’était pas vierge, 15son père et sa mère la prendront, et ils présenteront aux anciens de la ville, qui se tiennent à la porte, les preuves de la virginité de leur fille ; 16et le père dira : J’ai donné ma fille à cet homme pour femme ; mais, parce qu’il en a maintenant de l’aversion, 17il lui impute un crime honteux, en disant : Je n’ai pas trouvé que ta fille fût vierge. Et cependant voici les preuves de la virginité de ma fille. Ils présenteront en même temps le linge (vêtement) devant les anciens de la ville
[/quote]
Deux choses me troublent ici :
1. La réponse de David qui me semble difficile à réfuter.
2. Le fait que la version de la Vulgate semble s'éloigner sensiblement de l'original ; le sens indiqué par M. Vigouroux de "manoeuvres par lesquelles un homme a pu séduire une vierge" est rendu par [i]viam viri in adulescentula[/i], la [i]vierge[/i] étant donc perdue dans la traduction (je suppose que la version latine de la Vulgate est ici entre autres un euphémisme pudique) ?
Tous éclaircissements bienvenus.
[/quote]
Proverbes 30,19 comporte un commentaire très étendu de Cornélius a Lapide, dont il ne sera donné ici qu’un bref résumé.
Il démontre qu’il y a en ce passage 2 versions :
1̊ Celle des codes antiques, du Vatican avec S. Bède, et des Septante (donc des 70 savants juifs ayant traduit l’Ancien Testament en grec, à la demande d’un des Pharaons Ptolémée, descendant d’un des généraux d’Alexandre-le-Grand et de princesses égyptiennes), qui est [i]in adolescentia[/i] ou [i]in juventute[/i], tiré de l’hébreu : [i]almut[/i] ;
2° l’autre, de codes plus récents, qui est [i]in adulescentula[/i], tiré de l’hébreu : [i]alma[/i] ; la différence entre les 2 en hébreu relevant d’un signe en forme de L renversé, en plus ou en moins.
Cornélius expose d’abord le sens de la 1ère version, que nous laisserons ici de côté, puisque pas dans l’objet de l’objection de David ; puis, plus longuement encore, la 2e version.
Pour celle-ci, il donne 3 explications possibles sur le plan naturel ; puis, une bien plus sublime se rapportant à l’Incarnation en la Vierge.
Il expose d’abord brièvement, l’ayant fait plus longuement en Isaïe 7,14 - comme moi-même dans le Livre I de [i]Consummatum Est[/i] -, le sens de [i]alma[/i] = [i]jeune fille cachée aux regards[/i] ; [i]alam[/i] signifiant [i]cachée[/i] en hébreu.
Puis, sur le plan naturel :
1. de l’accès difficile d’un homme à une vierge toujours cachée aux regards en la maison paternelle (vivant dans le gynécée ou partie exclusivement réservée aux femmes en Orient) ;
2. de l’accès secret d’un homme auprès d’une jeune fille alors encore vierge qu’il sait consentante, et de sa sortie tout aussi discrète avec la complicité de celle jusqu’avant vierge, sachant tous deux qu’ils risquent leur tête selon la loi mosaïque s’ils sont pris sur le fait ;
3. du fait que divers médecins soulignent que la seule “rupture de l'hymen” n’est pas une preuve absolue de celle de la virginité, puisqu’elle pourrait être due par exemple à un choc accidentel, comme Cornélius le développe davantage en son commentaire sur Deutéronome 22,17s, en citant le médecin François Vallésius.
Quant au sens bien plus sublime se rapportant à l’Incarnation en la Vierge, Cornélius s’y étend plus longuement, s’appuyant sur Jérémie 31,22 pour le démontrer avec les Saints Docteurs, notant que l’Enfant-Dieu est déjà appelé [i]un homme[/i] en tant qu’Il a eu dès le premier instant la Vision Béatifique et une science parfaite ; ce qui est longuement développé par Saint Thomas en la tertia pars de sa Somme Théologique et dans le Livre I de [i]Consummatum Est[/i] le citant.
Il applique alors chacun des points précédents, concernant l’aigle, la pierre et le navire à Notre Divin Sauveur, et ce qui se rapporte à la pierre, au ciel et à la mer à Notre Dame, en de sublimes comparaisons, bien plus dignes de l’étonnement et de l’admiration de Salomon que les sens naturels exposés plus haut.
Cornélius montre encore que ce sens plus sublime n’était en effet pas inconnu aux plus instruits des antiques hébreux, puisqu’il est mentionné par d’antiques rabbins, dont Rabbi Haccados.
De même que les Septante, en leur traduction datant de plus d’un siècle avant l’Incarnation, ont traduit le [i]he Alma[/i] d’Isaïe 7,14 par [i]η Παρτενὸς[/i], qui signifie [i]la Vierge par excellence[/i].