« Hercule, dit D. Calmet, n’est que Samson travesti. (Sa) force extraordinaire, le lion qu’il étouffa, la servitude où il fut réduit chez le roi Eurysthée, et les travaux qu’il fut obligé de supporter pour s’en délivrer, ne nous rappellent-ils pas l’image de Samson, avec sa force prodigieuse, qui déchire un lion avec ses mains, qui est livré aux Philistins, et qui endure chez eux tout ce
que l’esclavage a de plus dur et de plus humiliant ? L’infâme complaisance de Samson pour Dalila, et celle d’Hercule pour Omphale ; les deux colonnes d’Hercule et celles de Samson, qui furent à l’un et à l’autre la fin de leurs travaux, tout cela peut-il se rencontrer si juste, sans dessein et sans préméditation ? Le nom d’Hercule signifie : soleil, selon Macrobe, aussi bien que celui de Samson. Hercule ne se servit jamais d’épée, ni d’armure complète ; nous ne lisons pas non plus que Samson en ait jamais porté »
Si Dalila représente la Synagogue au sens allégorique, elle représente aussi, au sens moral, en chacun de nous, la chair qui se fait la complice des Philistins, c’est-à-dire des démons, ces ennemis acharnés de notre âme. Son nom signifie en hébreu : seau, parce qu’elle est remplie de l’eau de la concupiscence. Samson, lui, personnifie l’esprit, ou la raison, qui devrait être notre soleil, et éclairer tout ce que nous faisons : mais trop souvent il se laisse circonvenir par Dalila, par la chair, qui convoite toujours contre lui. Il n’a pas le courage de lui résister dès le principe, il écoute avec complaisance ses sollicitations, et il finit par céder. Elle connaît ses faiblesses. Elle le flatte doucement ; peu à peu, elle l’enchaîne et le paralyse avec sept liens qui sont :
les regards trop libres,
les paroles furtives,
le toucher,
les relations fréquentes,
le consentement intérieur,
l’acte coupable,
l’habitude du péché.
Elle lui coupe les cheveux, quand elle lui enlève le goût de la lecture, et celui de l’oraison, l’habitude des pensées saintes. Elle le livre aux démons, qui lui arrachent les deux yeux, avec lesquels il se guidait dans les voies de Dieu, et qui sont la mémoire et l’intelligence. Dès lors il ne se soucie plus ni de la Loi divine, ni de ses fins dernières ; il ne réfléchit jamais qu’il doit mourir un jour, et il suit en aveugle ses bas instincts. Alors le démon le met à la meule, c’est-à-dire : le fait tourner comme une bête dans le circuit sans fin des occupations terrestres, lui répétant avec le prophète Isaïe : « Tolle molam et mole farinam. Prends la meule et mouds la farine »