Absalon, dit saint Augustin, fit plus souffrir son père en mourant dans l’impiété que par sa rébellion. David voulait qu’il fût pris vivant, afin que celui qui avait été conduit par la malice fût guéri par la pénitence. Il persécuta son père en divisant son royaume, en prenant les armes, en faisant la guerre contre la loi de Dieu, contre la royauté légitime de David, mais il supplicia bien plus encore le cœur paternel en mourant dans cette impiété.
L’histoire des Gabaonites montre combien la justice de Dieu est rigoureuse et fidèle. Les Gabaonites étaient des gens méprisés, envers lesquels on croyait pouvoir tout se permettre. Mais Dieu ne fait point acception des personnes. Il retient en sa mémoire l’injure qui a été faite par Saül à ces hommes sans défense et, quarante ans après, il en exige réparation. Et, comme l’oppression des pauvres est, avec le meurtre des innocents et l’abomination de Sodome, l’un des péchés qui crient vengeance contre le ciel, il envoie une famine de trois ans à tout le peuple juif pour expier ce crime. Il y avait six cents ans, dit saint Jean Chrysostome, que le contrat avait été juré avec les Gabaonites, et cependant Dieu infligea ce terrible châtiment aux fils de celui qui l’avait violé. Qu’en sera-t-il de ceux qui violent sans vergogne les serments qu’ils ont prononcés eux-mêmes ? (P.277-1137)
Dieu permit que David succombât à la tentation de vaine gloire, qui lui fit désirer de connaître le nombre de ses sujets. Que cette tentation vînt du démon, nous n’en saurions douter, le Ier Livre des Paralipomènes le dit expressément 13. David ne pécha pas pour le fait matériel de recenser son peuple : c’était chose prévue par la Loi ; mais pour l’intention dans laquelle il le fit, qui fut sans aucun doute une pensée d’ambition et d’orgueil. L’Écriture veut nous rappeler une fois de plus, par ce trait, que l’homme ne voit que les apparences, tandis que Dieu lit dans les cœurs, et que c’est l’intention qui fait toute la valeur morale d’une action.
Un homme n’est jamais puni spirituellement pour la faute d’un autre ; mais dans l’ordre temporel, en vertu de la solidarité du genre humain, il arrive souvent que les hommes subissent les conséquences des péchés des autres : que les enfants expient ceux de leurs parents, les sujets ceux de leurs princes, etc.. (Cf. saint Thomas, IIa IIae, qu 108, a. 4, ad 1)