Grand Dieu, viendra-t-il un jour dans la série des siècles où la même épreuve sera infligée à Votre Église par le prince de ce monde ? La puissance du mal s'approchera-t-elle jamais pour lui dire : Toutes ces possessions terrestres, toute cette pompe et cette gloire extérieure, je te les donnerai, je te les maintiendrai, pourvu que tu t'inclines devant moi, que tu sanctionnes mes maximes en les adoptant, et que tu me payes ton hommage : Hæc omnia tibi dabo, si cadens (quelle chute !) si cadens adoraveris me ? À la parole du séducteur le Christ avait répondu : "Arrière, tentateur, car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, et tu ne serviras que Lui seul". Et le tentateur s'était éloigné de Jésus, et les anges s'approchant étaient venus le servir (1). Mes Frères, l'Eglise, placée dans les mêmes conditions que son Maître, ne saurait pas trouver d'autre réponse. Nulle puissance assurément n'a mieux appris qu'elle à tenir compte des difficultés des temps et à se plier aux exigences des conjonctures. Les sacrifices, elle en a tant fait dans le long cours de son existence ! Ne sait-elle pas qu'à l'exemple du grand apôtre, elle est débitrice envers tous, envers les ignorants et les insensés comme envers les sages (2) ? Mais il est une limite infranchissable pour l'Eglise : c'est celle où les choses humaines confinent aux titres inaliénables du haut domaine de Dieu et de Son Christ sur les sociétés terrestres. En face de certains principes fondamentaux du droit public chrétien, elle est et elle sera toujours inébranlable.
Ce n'est pas elle qui substituera jamais, même dans ses institutions purement temporelles, les prétendus droits de l'homme aux droits imprescriptibles de Dieu. Et si la fermeté invincible de l'ÉgIise devait la priver de tout appui terrestre, de toute assistance humaine, eh bien ! il y a encore des anges au ciel, ils s'approcheraient et ils la serviraient : Et accesserunt angeli, et ministrabant ei.
Je ne m'écarte point du plan de mon discours, M. T.-C. F. Au temps de votre évêque Émilien, le grand ennemi du nom, du règne et de la loi de Dieu, c'était l'islamisme. Cet ennemi terrible, Émilien et vos pères ont eu la gloire de s'enrôler contre lui, de lui résister, de le combattre, et ils y ont noblement sacrifié leur vie. Aujourd'hui l'ennemi capital du nom, du règne et de la loi de Dieu revêt une autre forme et s'appelle d'un autre nom. Sa tendance est la même, et sa devise est toujours celle de la populace déicide : "Nolumus hunc regnare super nos" (3) Nous ne voulons pas que le Christ règne sur nous. Notre devoir, à nous qui reconnaissons Jésus-Christ pour notre roi, à nous qui disons tous les jours à Dieu : "Que Votre Nom soit sanctifié, que Votre Règne arrive, que Votre Volonté soit faite sur la terre comme au ciel, notre devoir est d'opposer toute notre énergie aux envahissements de cette puissance du mal. Il ne s'agit pas, du moins encore à cette heure, de prendre les armes. La lutte est principalement une lutte de doctrines. Votre résistance, M. F., consistera donc à maintenir votre intelligence ferme contre la séduction de tous les principes faux et menteurs ; et, pour cela, vous formerez toujours votre conscience à l'école de votre foi, à l'école de l'Église, à l'école de vos pasteurs. J'arrive à des conseils pratiques, continuez-moi encore un instant votre attention.
(1) Matth.,IV 10, 11
(2) Rom., I, 14
(3) Luc, XIX, 14
(à suivre)