Les Oblats de Marie-Immaculée chez les Esquimeaux

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Abbé Zins
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INUK "Au dos de la terre ! "

par le R.P. ROGER BULIARD, O.M.I.



CHAPITRE PREMIER


DIEU OU... DÉMON ?



Bien se comporter pour les Esquimaux n'a rien à voir avec la conduite personnelle d'un chacun, l'honnêteté individuelle, la pratique intérieure de la vertu ou quelque ascétisme platonique.

Leur bonté n'est qu'une bonté sociale, celle qui se manifeste positivement par une aide au prochain, et négativement en s'abstenant de lui nuire ; tant et si bien qu'un dévoyé sexuel, un infanticide, une brute, un ivrogne peuvent jouir d'une excellente réputation, du moment qu'ils sont chasseurs fortunés et qu'ils pourvoient fidèlement à la subsistance d'autrui...

Autre climat, autres moeurs ; ceci consolera les ethnologues !
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Abbé Zins
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CHAPITRE PREMIER


DIEU OU... DÉMON ?



Croyant à un au-delà, ils ne veulent pas y parvenir à l'improviste, témoins ces débris de lances, ces arcs et fléchettes, ces couteaux et harpons, ces aiguilles et ustensiles de cuisine que l'on rencontre sur le haut des collines, parmi les amoncellements de roches, mêlés au restant des squelettes, des tibias et des fémurs.

Mais là encore, contradiction, que leur intelligence, ne pouvant comparer deux concepts, ne décelait pas : Comment alors pouvaient-ils croire qu'un bébé, recevant un nom, recevait aussi l'esprit du mort ? Une sorte de transmigration des âmes par le nom.

... Bohémiens de la Terre Stérile, avez-vous trouvé le repos ? Chasseurs des steppes arctiques, avez-vous enfin découvert le paradis d'abondance ? Ménagères besogneuses, l'huile ne manque-t-elle plus à vos lampes ?...

Qui sait si Attanek, le Chef, que vous n'avez pas prié parce que vous le saviez trop bon pour vous nuire, ne vous a pas néanmoins réservé un excellent accueil ?

Le Rédempteur, venu pour les pauvres et les pécheurs, vous aura-t-il refusé cette paix que vous n'aviez connue qu'en rêve, cette terre promise où ne règnent plus la fatigue, la famine, le gel, les ouragans, les poudreries, ni même la mort ?
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CHAPITRE II


COPPERMINE

DES LARMES ET DU SANG...



— Allez, enseignez toutes les nations... ), tel avait été l'ordre du Maître à ses disciples. A cette réalisation, Son Eglise depuis vingt siècles n'a jamais cessé de prodiguer son sang et ses efforts, passant le message du Christ à tous : aux Grecs, aux Romains, aux Barbares, à tour de rôle, et puis à chacun des continents, à mesure de leur découverte...

A tous, sauf à ce petit peuple perdu là-haut sur la calotte du globe, non pas oublié mais jusqu'à nos jours demeuré inaccessible.

C'est aux Oblats que fut dévolu l'honneur de poser ce dernier jalon pour le Christ et de planter enfin Sa croix au bout du monde...

— Allez, n'hésitez pas, n'y aurait-il là-bas qu'une seule famille esquimaude...

Là-haut à l'ombre du Pôle, telles furent les paroles du Souverain Pontife... Pierre avait parlé, les Oblats partirent.

C'est cette dernière aventure apostolique que je voudrais maintenant retracer : une histoire de labeur et de peine, de désappointements répétés et d'espoirs souvent frustrés, une histoire qui a commencé avec du sang et des larmes et depuis s'est continuée de même, une histoire qui est loin d'être terminée mais qui a déjà mérité d'être appelée par un primat canadien « le plus beau fleuron de la couronne des Oblats dans l'évangélisation du monde » ... ; et qui a attiré sur notre famille, du Saint Père lui-même, notre plus belle citation : « spécialistes des Missions difficiles... »
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CHAPITRE II


COPPERMINE

DES LARMES ET DU SANG...



Le pays en question, ses habitants, je vous les ai présentés : une contrée revêche à l'excès, le climat peut-être le plus dur du monde, un peuple sans coeur qui prie les démons, des hommes sans pitié, fiers, amoraux, un langage complètement inconnu, barbare, voilà ce qui attendait les nouveaux Croisés des Glaces Polaires.

Les premiers apôtres avaient reçu le don des langues. Cela nous a manqué énormément.

Ils avaient aussi reçu le don de guérir les malades comme d'opérer maints autres miracles. Cela aussi nous aurait été bien utile en face des sorciers...

Mais le Maître nous aima davantage sans doute, qui nous envoya comme des brebis parmi des loups...

Dès le début de ce siècle, la conquête des Indiens à la vraie religion était pratiquement achevée dans les vicariats du Nord-Ouest. Partout le long de la rivière Athabaska, comme sur les rives du fleuve Mackensie et des Grands Lacs, nos hôpitaux, nos écoles s'étaient taillé une place solide dans la forêt vierge.

Partout les clochers de nos églises chantaient dans le ciel. Mais toute cette floraison s'arrêtait net à la ligne des bois avec la végétation. Au delà, dans les Terres Stériles et sur l'Océan glacial, plus rien ! Pas même une croix.
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CHAPITRE II


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DES LARMES ET DU SANG...



Les Esquimaux avaient bien été atteints, mais jamais ils n'avaient pu être entamés...

Ceux de l'Ouest, les chasseurs de baleines, visiteurs fréquents du Delta, pratiquement à la porte, reçurent assez tôt la visite des Longues Robes Noires.

En 1860 en effet le Père Grollier s'était risqué jusque chez eux, malgré les objections de ses Indiens. Il y fut, contre toute prévision, bien accueilli.

Il fut même alors l'instrument du traité de réconciliation tendant à mettre un terme aux incessantes guérillas qui alors décimaient les deux camps ennemis des Indiens et des Esquimaux. Mais ce fut tout, hélas !..

Brisé, usé jusqu'à la corde, il s'écroula sur la ligne même du Cercle Polaire, à 38 ans et 2 mois, en murmurant faiblement : « Je meurs content, Seigneur, d'avoir vu ton Etendard planté au bout du monde... »

Il se trompait, car au delà du Cercle Polaire, au delà de la Terre ferme, il y avait les îles Polaires, et les Tunuarmeutain, les habitants du dos de la Terre...
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Le Père Petitot qui devait reprendre la croix de ses mains mourantes était, lui, non seule-ment un apôtre, mais un audacieux explorateur aussi bien qu'un savant...

Ses pas devaient le conduire bien plus loin encore, jusqu'à l'embouchure de l'Anderson, sur l'Océan Glacial.

Six ans durant il tint bon, vivant comme un Esquimau, mais, enfin découragé par l'inanité de sa vie, il finit par revenir chez ses Indiens... : — Là au moins mon sacerdoce, annonça-t-il, servirait à quelque chose.

Mais quelques mois plus tard, dévoré par son zèle et aussi par la crainte d'avoir peut-être abandonné trop tôt, il repartait sur la côte.

Pour rencontrer le même endurcissement, les mêmes tracasseries ; un vrai mur d'hostilité féroce...

Cette fois, il renonça à la lutte impossible...: « Quand je leur parlais, écrivit-il, ils m'écoutaient avec grand amusement et force moqueries. Mes paroles leur faisaient tout au plus l'effet de ces histoires comiques qui font rire nos enfants de France. Je pars le coeur brisé. Que Dieu veuille bien donner Sa grâce à ce peuple de voleurs, de cyniques et d'écumeurs de mer... »
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Ce n'est qu'en 1890 qu'un autre missionnaire put être envoyé faire un autre essai : le Père Lefèvre.

Son expédition dura deux ans. Abandonné alors à lui-même, ses provisions volées, lâché par son guide à 250 km de son pied-à-terre, il battit en retraite.

Il ne lui restait en tout et pour tout que 6 poissons et une poignée de viande sèche. Comment s'en tira-t-il vivant ? Dieu seul pourrait le dire. Ce fut par miracle qu'il put se traîner jusqu'à sa mission...

« Ces gens sont inapprivoisables », avait dit le Père Petitot... « inconvertissables », ajouta le Père Lefèvre.

Tant et si bien que faisant son rapport à son Chapitre Général, Mgr Breynat devait concéder douloureusement :

« — Nous sommes bien entrés en contact avec 4 ou 500 Esquimaux de la Côte ouest de l'Océan Glacial. Nous avons dû abandonner parce qu'ils ne donnaient aucun signe de conversion.»
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« Nous avons dû abandonner... » Et pourtant, en 1911, l'offensive était reprise, mais sur un autre front cette fois...

A l'Est et droit au Nord chez les Esquimaux du Cuivre. Là, semblait-il, il y avait de l'espoir. Ne venait-on pas d'apprendre que l'explorateur Stefanson était bel et bien arrivé à Coppermine, que les gens là-bas s'étaient montrés hospitaliers et qu'il avait passé l'hiver avec eux.

Bien plus, un trappeur, M. Hornby, signalait du Grand Lac d'Ours qu'un autre navigateur, catholique celui-là, y appelait les missionnaires. C'était aussi son opinion et son désir. Il s'engageait même, lui protestant, à les guider, garder et aider.

Pour Mgr Breynat, cet appel fut comme l'appel de Dieu, l'appel des âmes, un signe certain, venant tout droit de la Providence, qui allait là, sans nul doute, consoler ses missionnaires des échecs de l'Ouest... « Dieu le veut, en avant donc ! ... »

Le 4 juillet 1911 le premier missionnaire est choisi : ce sera le P. Rouvière, un solide Cévenol, et de plus un vétéran des missions indiennes. Le 6 juillet, il est à Norman.

Le 10 il entassait dans son canot ses bagages : carabine, filets, tente, et sa meilleure hache pour bâtir. Une heure plus tard il se lançait sur la rivière conduisant au lac d'Ours, traversait celui-ci en 11 jours et plantait sa tente sur sa rive Nord.

Trop tard, hélas. Il arrivait trop tard ; les Esquimaux avaient levé le camp pour s'enfoncer dans les steppes, à la poursuite des caribous. Qu'à cela ne tienne, il les rattrapera.
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Et le voilà reparti, remontant la rivière Dease comme il peut, souvent obligé de faire des « portages », de porter son canot sur son dos car il y a de nombreux rapides, où l'eau est trop basse.

Quand finalement la rivière devient impossible, il laisse son canot et s'en va par terre, chargé comme une bête de somme...

Dévoré par les moustiques, trempé, éreinté, il errait depuis trois jours dans la désolation des Terres Stériles quand un matin, en relevant son long corps décharné de la mousse humide de la toundra, il réalisa qu'on était le 15 août.

« — Fête de l'Assomption, écrit-il ; ce jour-là, la Sainte Vierge se doit de sourire à son missionnaire... » Elle ne le déçut point.

Ecrasé par le soleil, il allait s'affaler sur le sommet d'une colline quand : « soudain, j'aperçus au loin trois silhouettes... Caribous ? Hommes ?... je ne sais... Je marche vers eux.

C'étaient des Esquimaux ! Eux aussi l'avaient vu. L'un d'eux s'approcha en levant les bras, inclinant sa tète à droite et puis penchant son corps vers la terre.

Arrivé tout près, il se retourna vers ses compagnons en criant : « — Krablunaoyok, c'est un Grand-Sourcils.» Et s'approchant du Père, il lui tendit sa main.

Les chasseurs emmenèrent ensuite le missionnaire dans leur camp derrière l'autre colline, où il fut accueilli par tous «... avec tous les égards dus à un visiteur distingué ».

Pas grand chose apparemment, car, continuant son récit, le Père écrit que « jamais chez les Indiens, il n'avait vu un tel assortiment de saletés ou expérimenté d'odeurs aussi nauséabondes...»

Quant au repas qui suivit il raconte « qu'on aurait cru voir, non des hommes, mais plutôt de ces pourceaux dont l'Enfant Prodigue enviait la pâture ».
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Ce premier contact, plutôt encourageant, ne devait durer que quelques semaines.

L'automne revenu, les Esquimaux repartirent vers leur campement d'hiver sur la Côte et le missionnaire regagna le Lac d'Ours.

Il y passa l'hiver vaille que vaille, étudiant la langue, chassant, pêchant, priant, rêvant.

Au printemps, hébété par ces neuf mois de rongeante solitude, il décida d'aller voir ses confrères à Norman.

C'est là que son évêque vint le surprendre. Le surprendre doublement puisqu'il lui amenait un compagnon en la personne du P. Le Roux, Breton, jeune, et aussi vif d'intelligence que robuste de constitution.

Et c'est donc avec celui-ci que le 16 juillet le P. Rouvière repartit à la recherche de ses nouvelles connaissances. Cette fois, ne voulant pas rater les Esquimaux, ils allèrent tout droit au rendez-vous de l'année précédente ; le lac Immaernek (depuis lac Rouvière) où les attendait d'ailleurs la cabane déjà construite par le Père.

De là, chaque jour, ils interrogent vallons et collines, guettant leurs gens. Enfin les Esquimaux apparaissent c toujours très bons, très bienveillants pour nous...»

Et le Père ajoute : « Dans quelques années, s'ils persévèrent, nous aurons de vrais auxiliaires parmi eux, aussi bons, sinon meilleurs, que nos indiens...»
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