Est-ce vrai ?
Est-ce vrai ?
Sur ce lien
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Un double cri se fît entendre : « Ma Mère! " — « Mon Fils! " Et, l'âme brisée de douleur, Marie s'évanouit (?) entre les bras de saint Jean.
C'est dans le livre de De Gethsémani au Golgotha, que je complète.
Y a t-il des sources de ce fait ou est-ce une pieuse pensée de l'auteur.
Merci
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Un double cri se fît entendre : « Ma Mère! " — « Mon Fils! " Et, l'âme brisée de douleur, Marie s'évanouit (?) entre les bras de saint Jean.
C'est dans le livre de De Gethsémani au Golgotha, que je complète.
Y a t-il des sources de ce fait ou est-ce une pieuse pensée de l'auteur.
Merci
Re: Est-ce vrai ?
Il y a là une part de vrai ; une part de présentation romancée, à savoir celle-ci : Un double cri se fît entendre.gabrielle a écrit :Sur ce lien
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Un double cri se fît entendre : « Ma Mère! " — « Mon Fils! " Et, l'âme brisée de douleur, Marie s'évanouit (?) entre les bras de saint Jean.
C'est dans le livre de De Gethsémani au Golgotha, que je complète.
Y a t-il des sources de ce fait ou est-ce une pieuse pensée de l'auteur.
Merci
Quant à la part de vrai, la voici.
La rue longeant un des côtés de l'esplanade du temple où se trouvait la forteresse Antonia et le palais du gouverneur romain en ses visites et séjours à Jérusalem (la capitale romaine de Palestine étant située au bord de la Méditerranée : à Césarée maritime), lieu de la 1ère station du Chemin de Croix, descend effectivement de la porte Sidi Myriam ou de Saint Etienne (car le Proto-Martyr a été entraîné par elle vers le torrent du Cédron, lieu de sa lapidation) vers la rue venant de la Porte de Damas traversant la vieille ville en sa longueur. Et, à l'angle de ces deux rues, se trouve la chapelle du spasme de Marie marquant la 4e station du Chemin de Croix. Lors du passage de Notre Divin Sauveur et Rédempteur, Notre Dame a eu comme un malaise de douleur intense que rappelle cette antique chapelle.
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Si vis pacem
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Re: Est-ce vrai ?
Sur le retable d'Isenheim (XVI° siècle) nous voyons saint Jean soutenir la mère de Notre Seigneur - qui est maintenant la sienne - tombée en pamoison. Ce détail nous permet ainsi de ressentir plus profondément le lien nouveau qui les unit. Émile Mâle, cependant, nous apprend que le plus ancien exemple de l'évanouissement de la Vierge se voit sur un des panneaux de la chaire du Baptistère de Pise. Nicola Pisano l'acheva en 1260.
Et l'historien de l'art de poursuivre :
Émile Mâle - [i]L'art religieux de la fin du Moyen-Âge en France[/i]. Paris, 1925, p. 22 a écrit :
L'art italien du XIV° siècle s'est trop intimement mêlé à l'art français pour que nous n'en cherchions pas les origines. D'où vient cet art passionné, si différent de notre grand art du XIII° siècle ? Sous quelles influences est-il né ? Si grands que soient Giotto, Duccio et Simone, ils ont eu des maîtres. Ces maîtres, quels sont-ils ? On peut répondre aujourd'hui que ce sont les artistes byzantins.
L'Italie a reçu pendant des siècles les leçons de l'Orient. Au XII° et au XIII° siècle, l'art italien nous apparaît tout pénétré d'influences byzantines; l'iconographie italienne est alors étroitement apparentée à l'iconographie orientale. C'est aux artistes byzantins que les peintres et même les sculpteurs italiens doivent quelques-unes des nouveautés qui nous ont frappés dans les scènes de la Passion. Mettons brièvement cette vérité hors de doute.
La scène principale de la Passion, la Crucifixion, telle que la représentent les Italiens est presque toute byzantine. En Orient, les manuscrits illustrés de l'Evangile nous montrent de bonne heure le centurion, au moment où Jésus expire, portant témoignage au milieu du groupe des Juifs. Au XI° siècle, cet épisode figure dans la mosaïque byzantine de Saint-Marc de Venise.
De bonne heure, aussi, les Byzantins, rompant avec l'ancienne symétrie, placèrent, à la droite du Christ expirant, la Vierge, saint Jean et les saintes Femmes. Ils ne représentent pas, il est vrai, comme Nicola Pisano, la Vierge tombant évanouie entre les bras de ses compagnes, mais ils nous montrent déjà une des saintes Femmes soutenant la main ou le bras de la Vierge. Souvent des anges volent près de la croix et expriment leur douleur par leurs gestes.
Ainsi tous les traits qui nous ont frappés dans la Crucifixion italienne du XIII° siècle apparaissent, un ou deux siècles plus tôt, dans l'art byzantin.
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Si vis pacem
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Re: Est-ce vrai ?
Émile Mâle - [i]L'art religieux de la fin du Moyen-Âge en France[/i]. Paris, 1925, p. 26 a écrit :
Ce sont donc les Orientaux qui ont transmis à l'Italie, dès le XIII° siècle, quelques-uns des thèmes de cette iconographie nouvelle. L'Orient a devancé l'Occident et l'a devancé de plusieurs siècles. L'Orient a compris beaucoup plus tôt que l'Occident la réalité douloureuse de la Passion du Sauveur. De bonne heure, les docteurs de l'Église grecque méditèrent sur les plaies du Christ et sur les souffrances de la Vierge au pied de la croix. Ces fines natures helléniques étaient faites pour tout sentir. On est étrangement surpris quand on découvre dans les Sermons de Georges de Nicomédie, écrits au IX° siècle, tout un ordre de sentiments qui n'apparaîtra en Occident que cinq cents ans plus tard. Il exprime les angoisses de la Vierge sur le Calvaire avec la puissance de nos mystiques de la fin du moyen âge. « Quand les hommes, dit-il, crurent que le Christ était mort, quand la foule se dispersa, quand les soldats se retirèrent pour leur repas, alors la Vierge put s'approcher de la croix, baiser les pieds de son Fils et les cicatrices des clous, recueillir le sang qui coulait en ruisseau, le porter sur ses yeux et sur son cœur... Ah ! s'écria-t-elle, puissent ces clous être enfoncés dans mes membres, puissé-je sentir toutes ses tortures dans mon corps » La Descente de croix n'est pas moins émouvante : « Considère, dit-il, la Mère debout, s’efforçant de se rendre utile. Elle recevait les clous au fur et à mesure qu'on les arrachait, elle baisait les membres détachés, elle s'efforçait de les recevoir dans son sein... Quand ils eurent étendu le corps sacré sur la terre, elle se précipita sur lui et l'arrosa de ses larmes brûlantes". »
Les Sermons de Georges de Nicomédie ne sont pas des œuvres d'exception; un siècle après, les mêmes sentiments reparaissent avec autant de force chez Siméon Métaphraste. Il écrit une lamentation de la Vierge tenant le corps de son Fils sur ses genoux : « O tête, s'écrie-t-elle, tête déchirée par ces épines que je sens dans mon cœur... Te voilà maintenant, mon Fils, entre ces bras qui t'ont porté jadis avec tant de joie. Alors je préparais tes langes, maintenant je prépare ton linceul. Enfant, tu as dormi sur mon sein; mort, tu y dors maintenant. »
Ainsi, dès le IX° et le X° siècle, les écrivains grecs avaient trouvé des accents que nous n'entendrons que longtemps après en Occident; ils avaient imaginé des scènes douloureuses que les artistes orientaux réalisèrent presque aussitôt.
L'Italie, toute pénétrée d'influences byzantines, dut connaître de bonne heure ces créations de l'Orient; mais elle ne les comprit vraiment que le jour où saint François d'Assise lui ouvrit les yeux; alors elle s'attendrit, elle aussi, sur la Passion du Sauveur. La sympathie lui fit sentir ce qu'elle avait copié longtemps sans émotion, C est au temps de Cimabue, de Giotto. de Duccio qu elle fit siennes les belles créations des artistes orientaux; c'est alors qu'elle les fit vivre d'une vie nouvelle.
Elle y ajouta plusieurs traits pathétiques ou pittoresques qu'on chercherait vainement chez les Byzantins; mais les artistes italiens ne les inventèrent pas. Ils les trouvèrent dans un livre célèbre, où revivait quelque chose de l'esprit de saint François d'Assise, les Méditations sur la vie de Jésus-Christ qu'on attribuait à saint Bonaventure, mais qui sont d'un franciscain inconnu du XIII° siècle. Peu de livres ont eu sur l'art une influence plus profonde.
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Si vis pacem
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Re: Est-ce vrai ?
Émile Mâle - [i]L'art religieux de la fin du Moyen-Âge en France[/i]. Paris, 1925, p. 28 a écrit :
Les Méditations sur la vie de Jésus-Christ diffèrent profondément de tout ce que l'Évangile avait inspiré jusque-là en Occident. Les autres livres s'adressaient à l'intelligence, celui-là parle au cœur. Nous y trouvons encore, assurément, plus de scolastique que nous n'en voudrions : n'oublions pas toutefois que les plus longues dissertations ascétiques ont été ajoutées après coup, au XIV° et au XV° siècle. L'auteur écrit pour une femme, une religieuse de Sainte-Claire, et il sait bien qu'elle ne lui demande pas autre chose que d'être émue. Il lui présente donc une suite de tableaux colorés de la vie de Jésus-Christ, où l'imagination complète à chaque instant l'histoire. Souvent on croirait lire un nouvel évangile apocryphe. L'auteur des Méditations sait des choses que tout le monde ignore. Il sait, par exemple, que le petit saint Jean-Baptiste aimait tellement la Vierge qu'il ne voulait pas quitter ses bras. Il sait que, le jour où Jésus et ses parents partirent d'Egypte pour revenir à Nazareth, les prud'hommes du pays leur firent la conduite jusqu'au delà des portes de la ville. « et l'un d'eux, qui était riche, appela l'Enfant pour lui donner quelques deniers, et l'Enfant par amour de la pauvreté tendit la main et remercia ».
Il recherche les petits détails minutieux qui peuvent intéresser une femme: il parle des choses du ménage; il descend jusqu'à la puérilité. Il se demande quelle sorte de repas les anges purent bien servir à Jésus-Christ, après les quarante jours de jeûne dans le désert, et voici ce qu'il imagine : « Les anges, dit-il, se rendirent chez la Vierge et reçurent d'elle un petit ragoût qu'elle avait préparé pour Joseph et pour elle. Elle leur donna aussi du pain, une nappe et tout ce qui était nécessaire. Il est probable qu'elle lui envoya encore quelque poisson, si elle put en trouver. Revenus près du Seigneur, les anges disposèrent toutes ces choses à terre et firent solennellement la bénédiction du repas. » — Tout n'est pas de ce ton. Il y a dans les scènes de la Passion, notamment, des traits pathétiques qui sont d'un grand artiste.
C'était un véritable artiste, en effet, étroitement apparenté par l'imagination à ces peintres siennois qui allaient bientôt couvrir de leurs fresques les murs des églises de la Toscane, Saint François d'Assise était un poète, l'auteur des Méditations est un peintre : profondément artistes tous les deux et vrais fils de l'Italie. On songe en lisant les Méditations aux fresques qui décoraient déjà peut-être les cloîtres lumineux de ces couvents qu'il nomme en passant et où il a sans doute vécu : Colle, Poggi Bonzi.
Artiste, il l'était au point qu'il s'est inspiré parfois des œuvres d'art. Des tableaux byzantins semblent lui avoir suggéré quelques traits de ses descriptions, mais il doit bien davantage à sa vive imagination, à sa sensibilité délicate.
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Si vis pacem
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Re: Est-ce vrai ?
Ici, c'est donc une des saintes femmes, en l’occurrence sainte Marie-Madeleine, que l'on voit soutenir la Sainte Vierge. Saint Jean quant à lui, s'interpose :Émile Mâle - [i]L'art religieux de la fin du Moyen-Âge en France[/i]. Paris, 1925, p. 31 a écrit : Au pied de la croix, les Byzantins nous avaient montré la Vierge soutenue par les saintes Femmes, mais surmontant sa douleur et restant debout; l'auteur des Méditations nous la montre tombant dans les bras de Madeleine. Il faut citer tout le passage : « Voici que des hommes d'armes viennent en grand nombre de la ville au Calvaire. Ils étaient envoyés pour rompre les jambes à ceux qui étaient crucifiés. Alors, Marie et ceux qui l'accompagnent regardent et voient ces hommes qui s'approchent. Ils ne savent ce dont il peut s'agir; leur douleur se renouvelle, leur crainte et leur effroi s'accroissent. Or, ces hommes arrivent avec fureur et grand bruit, et, voyant que les voleurs sont encore vivants, ils leur brisent les jambes, les achèvent, les jettent à la hâte dans une fosse. Ils reviennent alors vers Jésus. Marie, tremblante de voir traiter son Fils de la même manière, le cœur brisé, eut recours à son seul moyen de défense, son humilité : « O frères, dit-elle, je vous en prie, au nom de Dieu, ne me torturez pas davantage en la personne de mon Fils, car je suis sa Mère désolée... » Mais l'un d'eux, nommé Longin, alors impie et superbe, plus tard converti et martyr, méprisant ses supplications, leva sa lance et ouvrit une large blessure dans le flanc du Seigneur. Il en sortit du sang et de l'eau. Alors sa Mère, à moitié morte, tomba entre les bras de Madeleine. »
[i]Méditations sur la vie de Jésus-Christ[/i] a écrit : mais Jean, poussé par sa douleur, reprenant courage, s'élève contre eux et leur dit : Hommes infâmes, pourquoi commettre cette impiété ? Ne voyez-vous pas qu'il est mort ? Vous voulez donc aussi faire mourir sa Mère de douleur ? Retirez-vous, car c'est nous qui l'ensevelirons. Alors il plut à Dieu qu'ils s'en allassent.
Re: Est-ce vrai ?
Merci beaucoup à vous deux. Très instructif.
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