Deux prodiges du ciel, propres à nous inspirer la crainte de la mort et du purgatoire.
Tous les esprits étaient frappés de crainte il se faisait aussi beaucoup de prodiges et de merveilles. (Act, II, 43.)
Le Père Ferdinand de Castille rapporte deux grands prodiges opérés par le Seigneur dans le couvent de Saint-Dominique, à Zamora, ville du royaume de Léon en Espagne; l'un, pour nous rappeler que l'heure de notre mort nous est inconnue, l'autre, pour nous faire comprendre la rigueur des peines du purgatoire.
On fut témoin dans ce monastère d'une chose inouïe jusqu'alors : la cloche du couvent sonnait souvent d'elle-même sans que personne la touchât. C'était un signe certain que sous peu de jours un religieux devait mourir. Aussi lorsqu'on entendait ce son lugubre, bien que personne ne fût malade dans le couvent, chacun craignant pour lui-même, se préparait par la prière, la pénitence et les sacrements, au passage de l'éternité.
Quand l'un d'entre eux avait payé sa dette à la nature, alors le calme renaissait; néanmoins tous prêtaient une oreille attentive à cette cloche qui était pour eux la voix dont il est parlé dans Isaïe, XXXVIII, « Mets ordre à ta maison car tu vas mourir, et ta vie touche à son terme. »
Le second prodige s'applique mieux à notre sujet.
Il y avait dans ce même couvent de Saint-Dominique, un religieux d'une rare vertu, uni de sainte amitié avec un frère de Saint-François, fervent serviteur de Dieu. Pour se porter mutuellement à la perfection, ils s'entretenaient souvent ensemble des choses spirituelles.
Un jour, qu'ils parlaient de la mort à l'occasion de la cloche miraculeuse, ils se promirent l'un a l'autre que le premier qui mourrait apparaîtrait au survivant, s'il plaisait a Dieu, pour lui faire connaître son sort dans l'autre vie, afin que s'il était retenu dans le lieu de l'expiation, il pût recevoir de son ami des suffrages pour sa délivrance.
Ce fut le frère Mineur qui mourut le premier, et, selon sa promesse, il apparut au frère Dominicain, à l'heure où l'obéissance lui ordonnait de préparer le réfectoire pour le repas de la communauté. Après l'avoir salué affectueusement, il lui apprit qu'il était sauvé; mais qu'il lui restait beaucoup à souffrir pour l'expiation de fautes légères dans l'observance de la sainte règle.