Citation de saint Augustin controuvée ?

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Abenader
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Citation de saint Augustin controuvée ?

#1 Message par Abenader » ven. 27 oct. 2017 14:53

Bonjour à tous.

Il y a, ce me semble, un problème avec cette citation de saint Augustin, trouvée dans le Missel de Dom Gaspard Lefebvre:
Dom Gaspar Lefebvre, Missel Quotidien et Vesperal, Paris, 1937, page 930 a écrit :
Enfin Jésus termine sa vie par le sacrifice du Golgotha bientôt suivi par le triomphe de sa résurrection. Et l’Église, à la fin des temps, comme son Divin Chef sur la croix, paraîtra vaincue, mais ce sera elle qui remportera la victoire. "Le corps du Christ qui est l’Église, dit Saint Augustin, à l’instar du corps humain, fut d’abord jeune, et voilà qu’à la fin du monde il aura une apparence de caducité".
Cette citation serait tirée du commentaire du Psaume 26.

Cependant, il semble qu'il n'y ait aucune considération de ce genre dans le commentaire de saint Augustin du Psaume 26... En revanche, dans son commentaire du Psaume 36, il dit ceci, dans une forme approchante, mais dont la fin est l'exact contraire de ce que lui prête Dom Lefebvre:
Saint Agustin, comm. Ps. 36 a écrit :
Le corps du Christ, qui est l’Église, comme un homme, a d'abord été jeune, et voici qu'à la fin du temps il est dans une vieillesse fertile, parce qu'il est dit: "Ils seront multipliés dans une vieillesse fertile" (psaume 91).

Corpus autem Christi, quod est Ecclesia, tamquam unus quidam homo, primo iunior fuit, et ecce iam in fine saeculi est in senecta pingui; quoniam de illa dictum est: Adhuc multiplicabitur in senecta pingui.
On passe donc d'une "apparence de caducité" à une "vieillesse fertile", ce qui change complètement le sens de la citation...

J'ai cherché la traduction de pinguis: gras, riche, fertile, qui a de l'embonpoint, lourd, épais, mais également dans le bien-être, confortable, donc rien qui s'apparente à caduc ou caducité.

Comment résoudre ce problème ?

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Abbé Zins
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Re: Citation de saint Augustin controuvée ?

#2 Message par Abbé Zins » ven. 27 oct. 2017 21:58

Abenader a écrit :
ven. 27 oct. 2017 14:53
Bonjour à tous.

Il y a, ce me semble, un problème avec cette citation de saint Augustin, trouvée dans le Missel de Dom Gaspard Lefebvre:
Dom Gaspar Lefebvre, Missel Quotidien et Vesperal, Paris, 1937, page 930 a écrit :
Enfin Jésus termine sa vie par le sacrifice du Golgotha bientôt suivi par le triomphe de sa résurrection. Et l’Église, à la fin des temps, comme son Divin Chef sur la croix, paraîtra vaincue, mais ce sera elle qui remportera la victoire. "Le corps du Christ qui est l’Église, dit Saint Augustin, à l’instar du corps humain, fut d’abord jeune, et voilà qu’à la fin du monde il aura une apparence de caducité".
Cette citation serait tirée du commentaire du Psaume 26.

Cependant, il semble qu'il n'y ait aucune considération de ce genre dans le commentaire de saint Augustin du Psaume 26... En revanche, dans son commentaire du Psaume 36, il dit ceci, dans une forme approchante, mais dont la fin est l'exact contraire de ce que lui prête Dom Lefebvre:
Saint Agustin, comm. Ps. 36 a écrit :
Le corps du Christ, qui est l’Église, comme un homme, a d'abord été jeune, et voici qu'à la fin du temps il est dans une vieillesse fertile, parce qu'il est dit: "Ils seront multipliés dans une vieillesse fertile" (psaume 91).

Corpus autem Christi, quod est Ecclesia, tamquam unus quidam homo, primo iunior fuit, et ecce iam in fine saeculi est in senecta pingui; quoniam de illa dictum est: Adhuc multiplicabitur in senecta pingui.
On passe donc d'une "apparence de caducité" à une "vieillesse fertile", ce qui change complètement le sens de la citation...

J'ai cherché la traduction de pinguis: gras, riche, fertile, qui a de l'embonpoint, lourd, épais, mais également dans le bien-être, confortable, donc rien qui s'apparente à caduc ou caducité.

Comment résoudre ce problème ?


Intéressante question, et judicieuse vérification attentive !

Car l'ensemble du passage de Dom Lefebvre qui finit par cette citation a été cité dans le n° 23 de la revue Sub Tuum Praesidium (et va l'être bientôt à nouveau en cette tribune), à un moment où les commentaires de Saint Augustin sur les Psaumes n'étaient pas encore en ma possession. D'où le fait qu'ils ne soient pas cités dans les premiers Livres de Consummatum Est, même si le fond était cité pour une bonne part dans les commentaires de Saint Bruno qui suivent d'assez près ceux de Saint Augustin. D'où aussi le fait qu'il ne m'ait pas alors été possible d'aller en voir l'original latin, et plus encore le contexte.

Il me semble avoir cherché ensuite à le faire, mais sans trouver au Psaume 26, et pour cause. Ce genre d'erreurs de références arrivent malheureusement assez souvent ! Combien de temps aurais-je passé à retrouver les références exactes ou plus précises (quand citation du chapitre mais pas du verset, par exemple) !? lors de la composition de la collection Consummatum Est. Et souvent, l'erreur est une simple inversion de copiste : par exemple, 26 au lieu de 62, une inversion de X ou V dans les nombres notés à la manière latine. Ici, l'erreur semble donc bien être un 2 mis à la place d'un 3, d'où 26 au lieu de 36 !

Reste à chercher à expliquer la traduction faite par Dom Lefebvre !?


La phrase latine citée par Abenader : Corpus autem Christi, quod est Ecclesia, tamquam unus quidam homo, primo iunior fuit, et ecce iam in fine saeculi est in senecta pingui, se trouve au milieu du n. 4 du sermon 3 de Saint Augustin sur le Psaume 36. Toutefois, la 1ère phrase de ce n. 4 est plus brève et plus générale, moins précise et susceptible de tendre vers le sens de la traduction de Dom Lefebvre. La voici : Dominus enim ipse in corpore suo, quod est Ecclesia, iunior fuit primis temporibus, et ecce iam senuit. Dom Lefebvre aurait à la rigueur pu se contenter de cette phrase qui cadrait mieux avec l'ensemble de son exposé. Peut-être a-t-il voulu avoir un exposé plus précis en citant la deuxième phrase plus complète et précise, tout en gardant le sens plus large de la première cadrant mieux avec l'exposé qu'il avait en son esprit ? A moins qu'il n'ait eu à sa disposition qu'une autre édition et version de ce commentaire de Saint Augustin !!??

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