Objection à l'abbé Zins concernant les "publiques affirmations hérétiques"

chartreux
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Objection à l'abbé Zins concernant les "publiques affirmations hérétiques"

Message par chartreux »

Abbé Zins a écrit : le délit externe de publiques affirmations hérétiques
J'ai vu cette affirmation contestée par des personnes de bords différents (défenseurs de la secte conciliaire ou de la FSSPX). L'objection est la suivante : de publiques affirmations hérétiques ne suffisent pas à établir le délit d'hérésie, il faut établir la connaissance de cause. Cf.
S Alphonse de Liguori, Theologia Moralis, lib.3, n.19, rép. 3. a écrit : N'est pas hérétique, qui est prêt à se soumettre au jugement de l'Église, ou qui ignore que la vraie Église du Christ tient le contraire, même s'il maintient obstinément son opinion par ignorance coupable ou même crasse.
Il semblerait donc que l'affirmation ci-dessus de l'abbé Zins soit inexacte par excès de raccourci ou de simplification ?
Toutes précisions bienvenues.
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Abbé Zins
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Re: Objection à l'abbé Zins concernant les "publiques affirmations hérétiques"

Message par Abbé Zins »

chartreux a écrit : jeu. 16 nov. 2017 15:17
Abbé Zins a écrit : le délit externe de publiques affirmations hérétiques
J'ai vu cette affirmation contestée par des personnes de bords différents (défenseurs de la secte conciliaire ou de la FSSPX). L'objection est la suivante : de publiques affirmations hérétiques ne suffisent pas à établir le délit d'hérésie, il faut établir la connaissance de cause. Cf.
S Alphonse de Liguori, Theologia Moralis, lib.3, n.19, rép. 3. a écrit : N'est pas hérétique, qui est prêt à se soumettre au jugement de l'Église, ou qui ignore que la vraie Église du Christ tient le contraire, même s'il maintient obstinément son opinion par ignorance coupable ou même crasse.
Il semblerait donc que l'affirmation ci-dessus de l'abbé Zins soit inexacte par excès de raccourci ou de simplification ?
Toutes précisions bienvenues.


Il conviendrait 1° de citer le contexte dans lequel se trouve ce petit bout de phrase ! Car il est connu qu'une phrase tirée de son contexte peut servir à déformer la pensée de son auteur. N'y a-t-il pas là, précisément, excès de raccourci !?

Il faut remarquer 2° qu'ici l'objection passe de délit externe de publiques affirmations hérétiques à délit d'hérésie. Ce qui ne fait qu'accentuer l'impression de déformation de la pensée de l'auteur du petit bout de phrase cité en dehors de son contexte, et sans aucune référence pour s'y rapporter.
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Re: Objection à l'abbé Zins concernant les "publiques affirmations hérétiques"

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Abbé Zins a écrit : jeu. 16 nov. 2017 19:10 Il conviendrait 1° de citer le contexte dans lequel se trouve ce petit bout de phrase ! Car il est connu qu'une phrase tirée de son contexte peut servir à déformer la pensée de son auteur. N'y a-t-il pas là, précisément, excès de raccourci !?
La paragraphe complet, qui est dans le message numéro 22 du fil "Réfutation du Petit "Caté-Schisme" d'Avrillé" (sur le présent forum,ici) était le suivant :
En outre, l’ignorance de la loi et a fortiori des dogmes n’est point présumée (canon 16), mais au contraire devant le délit externe de publiques affirmations hérétiques la culpabilité est présumée jusqu’à preuve éventuelle du contraire (canon 2200), l’excommunication portée d’avance est encourue au moins au for externe (canon 2314) et la perte de l’office encourue ipso facto (canon 188,4).
Je n'avais gardé de ce paragraphe que le petit bout qui m'intéressait par ce qu'il me semblait être précisément le point contesté par certains.
Abbé Zins a écrit : jeu. 16 nov. 2017 19:10 Il faut remarquer 2° qu'ici l'objection passe de délit externe de publiques affirmations hérétiques à délit d'hérésie. Ce qui ne fait qu'accentuer l'impression de déformation de la pensée de l'auteur du petit bout de phrase cité en dehors de son contexte, et sans aucune référence pour s'y rapporter.

Il y a donc là deux délits différents ? Je dois avouer que jusque-là j'avais toujours cru
qu'ils n'étaient qu'un seul et même délit.
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Abbé Zins
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Re: Objection à l'abbé Zins concernant les "publiques affirmations hérétiques"

Message par Abbé Zins »

chartreux a écrit : jeu. 16 nov. 2017 21:43
Abbé Zins a écrit : jeu. 16 nov. 2017 19:10 Il conviendrait 1° de citer le contexte dans lequel se trouve ce petit bout de phrase ! Car il est connu qu'une phrase tirée de son contexte peut servir à déformer la pensée de son auteur. N'y a-t-il pas là, précisément, excès de raccourci !?
La paragraphe complet, qui est dans le message numéro 22 du fil "Réfutation du Petit "Caté-Schisme" d'Avrillé" (sur le présent forum,ici) était le suivant :
En outre, l’ignorance de la loi et a fortiori des dogmes n’est point présumée (canon 16), mais au contraire devant le délit externe de publiques affirmations hérétiques la culpabilité est présumée jusqu’à preuve éventuelle du contraire (canon 2200), l’excommunication portée d’avance est encourue au moins au for externe (canon 2314) et la perte de l’office encourue ipso facto (canon 188,4).
Je n'avais gardé de ce paragraphe que le petit bout qui m'intéressait par ce qu'il me semblait être précisément le point contesté par certains.


Notons d’abord que le contexte même seulement direct éclaire déjà fortement ce qu’il y a lieu de distinguer.

Ce qui le suit aussitôt :
Du reste, Wojtyla-JP 2 a manifesté clairement savoir à quoi il s’opposait et ce qu’il rejetait, quand il a sorti entre autres cette énormité : « (L'Eglise) a rompu désormais avec la célèbre formule « Hors de l'Eglise, point de salut »
le souligne encore davantage.


Mais la suite est encore plus explicite :
Dominicus a écrit : « Et tant que l'on n'en a pas une preuve certaine, il est plus prudent de s'abstenir de juger.» . Or le canon 2200 statue, au contraire, que ce n’est pas la culpabilité interne qui doit être prouvée en cas de délits externes, mais éventuellement une part d’innocence interne malgré le grave délit externe. En attendant, dans les cas de peines portées d’avance, comme c’est le cas pour les hérésies externes, la ou les peines sont encourues au moins au for externe.


chartreux a écrit : jeu. 16 nov. 2017 21:43
Abbé Zins a écrit : jeu. 16 nov. 2017 19:10 Il faut remarquer 2° qu'ici l'objection passe de délit externe de publiques affirmations hérétiques à délit d'hérésie. Ce qui ne fait qu'accentuer l'impression de déformation de la pensée de l'auteur du petit bout de phrase cité en dehors de son contexte, et sans aucune référence pour s'y rapporter.

Il y a donc là deux délits différents ? Je dois avouer que jusque-là j'avais toujours cru qu'ils n'étaient qu'un seul et même délit.


La précision de langage : délit externe de publiques affirmations hérétiques, permet de distinguer ce qui doit l’être, à savoir le délit externe du délit interne ; et, par voie de conséquence, la censure ou peine encourue au for externe, de celle encourue (ou éventuellement non encourue) au for interne. Voyez ici.


Tandis que les objectants dont vous vous faites ici l’écho, sont ordinairement portés à penser ou du moins à écrire qu’il n’y aurait de délit externe, et donc aussi de censure encourue au for externe, que s’il y a également un délit interne.

Etat d’esprit qui est facilité par l’actuelle législation civile issue de la Révolution, statuant que même en cas de délit externe public, même pris et constaté de façon flagrante, l’innocence serait présumée.

D’où le répété langage journalistique, parlant de présumés assassins pour des tueurs pris en flagrant délit, ayant déjà des dizaines de morts ou de blessés à leurs pieds ; tout en étant par contre facilement portés à faire passer en procès les agents de sécurité, accusés de riposte disproportionnée.

Mais les mêmes lois et voix couvrent néanmoins sans sourciller la sanction pour délit externe avéré du moindre dépassement de vitesse flashé, même si le dépassement a lieu pour n’avoir pas vu un panneau de zone de réduction de vitesse caché par un camion que l’on doublait à son niveau.

De même que certains, portés à tenter d’excuser de diverses manières des pseudos autorités multipliant les déclarations hétérodoxes, sont par contre très promptes à traiter de sectaires ceux qui dénoncent ces intrus.


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Re: Objection à l'abbé Zins concernant les "publiques affirmations hérétiques"

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Abbé Zins a écrit : ven. 17 nov. 2017 9:42
Etat d’esprit qui est facilité par l’actuelle législation civile issue de la Révolution, statuant que même en cas de délit externe public, même pris et constaté de façon flagrante, l’innocence serait présumée.

M. Arnaud-Aaron Upinsky signale une dérive analogue de la législation actuelle avec son délit de diffamation là ou auparavant on ne parlait que de calomnie . Cette perverse législation, qui minimise le rôle de la vérité (l'expression "exception de vérité" consacrée dans le langage juridique d'aujourd'hui est très révélatrice), empêche tout ce qui serait utile et salutaire dans la liberté d'expression, qui dès lors ne sert plus que le blasphème et la calomnie.
Abbé Zins a écrit : ven. 17 nov. 2017 9:42
La précision de langage : délit externe de publiques affirmations hérétiques, permet de distinguer ce qui doit l’être, à savoir le délit externe du délit interne ; et, par voie de conséquence, la censure ou peine encourue au for externe, de celle encourue (ou éventuellement non encourue) au for interne.
Oui mais c'est un autre genre de distinction que j'avais en tête : je voulais savoir si canoniquement, les publiques affirmations hérétiques et l' hérésie sont considérés deux délits différents, le second étant une aggravation du premier ?
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Abbé Zins
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Re: Objection à l'abbé Zins concernant les "publiques affirmations hérétiques"

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chartreux a écrit : ven. 17 nov. 2017 11:37
Abbé Zins a écrit : ven. 17 nov. 2017 9:42

La précision de langage : délit externe de publiques affirmations hérétiques, permet de distinguer ce qui doit l’être, à savoir le délit externe du délit interne ; et, par voie de conséquence, la censure ou peine encourue au for externe, de celle encourue (ou éventuellement non encourue) au for interne.


Oui mais c'est un autre genre de distinction que j'avais en tête : je voulais savoir si canoniquement, les publiques affirmations hérétiques et l' hérésie sont considérés deux délits différents, le second étant une aggravation du premier ?


La définition canonique de l’hérésie est la suivante :
« Après avoir reçu le Baptême, si quelqu'un, tout en conservant le nom de Chrétien, nie ou met en doute pertinacement quelqu'une des vérités qu'il faut croire de foi divine et catholique, il est hérétique.» (C. 1325,2)

Par ailleurs il est défini :
« On doit croire de foi divine et catholique toutes les vérités qui sont contenues dans la Parole de Dieu consignée dans l'Ecriture ou la Tradition et qui sont proposées par l'Eglise, soit par un jugement solennel soit par son magistère ordinaire et universel, à croire en tant que divinement révélées.» (C. 1323,2 ; Vat. I, Const. de Fide)

Prenons un exemple simple : Quand l’Eglise condamne une erreur opposée à la Foi en ces termes : Si quelqu’un dit X, qu’il soit anathème ; quand quelqu’un dit X, il tombe sous cet anathème au moins au for externe ; et, s’il le fait en connaissance de cause (ce qui est présumé), aussi au for interne.

Il y a d’une part un délit externe en la profession extérieure de l’hérésie condamnée ou d’une assertion opposée à une vérité de Foi ; d’autre part, un délit interne, en s’opposant sciemment à un point de Foi.

De même qu’en d’autres genres de péchés, il y a l’acte peccamineux à l’extérieur et de mauvaises dispositions plus ou moins graves, conscientes et intenses à l’intérieur.

Normalement, l’acte extérieur ou la parole émise correspond à l’état et à l’acte intérieur qu’il extériorise.

L’Eglise ne considère pas a priori des adultes normaux comme des irresponsables ne sachant pas ce qu’ils font et disent.

Et en cas de délit externe, la mauvaise intention ou volonté délibérée de violer la loi est présumée (canon 2200) jusqu’à preuve éventuelle du contraire ; quand le délit externe est en outre frappé d’avance d’une censure ou peine latae sententiae, celle-ci est encourue ipso facto au moins au for externe (Canons 2217 et 2242).


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