Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

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chartreux
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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#91 Message par chartreux » ven. 14 déc. 2018 6:58

SWS traduit par le chartreux a écrit : Section 15. Progrès graduel de la transmission de la Révélation. Dépôt apostolique, tradition ecclésiastique, règle de foi.

I. Les détenteurs d'office de l'apostolat enseignant forment une chaîne ininterrompue qui remonte à Dieu, et par conséquent la doctrine qu'ils annoncent à un moment donné est une continuation et un développement de la doctrine originalement révélée, et est investi du même caractère divin. Jésus-Christ, le premier Envoyé de Son Père, a annoncé ce qu'Il a entendu du Père ; les Apôtres, premiers envoyés du Christ, ont prêché ce qu'ils ont entendu du Christ et de l'Esprit-Saint ; et les successeurs des Apôtres, héritiers de la mission apostolique, ont à leur tour enseigné, et enseignent encore aujourd'hui, la doctrine reçue des Apôtres, et ainsi la Révélation a été transmise de génération en génération sans interruption.

La transmission et l'enseignement de la Révélation sont en fait un seul et même acte vu sous deux aspects différents. Chaque fois que la Parole de Dieu est annoncée, elle est également transmise, et elle ne peut être transmise sans être annoncée d'une forme ou d'une autre. Ainsi, la transmission et la publication ne sont pas deux actes de nature distincte, ce qui serait le cas si la Révélation était donnée uniquement sous forme d'un document écrit, ou uniquement sous forme de preuves historiques. Le Concile de Trente nous apprend que les traditions, "dictées par l'Esprit-Saint, sont venues jusqu'à nous par les Apôtres, par une chaîne ininterrompue, de main à main en quelque sorte", et parle des "traditions préservées par la succession continuelle dans l'Église Catholique" (section 4). La transmission est l'oeuvre de personnes vivantes et autorisées, qui font passer la Révélation aux successeurs légitimes de leurs offices. Nous devons cependant distinguer entre l'authenticité et l'autorité de l'acte de transmission. Quand, par exemple, un concile rend obligatoire la croyance à un certain dogme, cet acte est double : il témoigne de la présence du dogme dans le dépôt apostolique, et impose avec eutorité la foi en ce dogme. Le témoignage authentique est le fait de l'Église entière, qui, soit en enseignant soit en professant, témoigne de certaines vérités, tandis que le pouvoir d'obliger la croyance n'appartient qu'à la partie gouvernante de l'Église et à son Chef. Le mot de "tradition" n'exprime cependant aucune notion de "foi obligatoire", il nomme seulement la "foi transmise par des témoins autorisés". Nous n'utiliserons donc ce terme que dans ce dernier sens, bien qu'en réalité la transmission et l'imposition vont ensemble d'ordinaire.
(à suivre)

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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#92 Message par chartreux » sam. 15 déc. 2018 9:23

SWS traduit par le chartreux a écrit : II. On peut distinguer trois phases, plus ou moins séparées dans le temps, mais cependant semblables dans leur nature, dans le développement et le progrès graduel de la doctrine révélée : (1) Les Apôtres confient le dépôt de la Révélation à l'Église, avec obligation de continuer sa promulgation ; (2) La transmission de la Révélation dans et par l'Église ; et (3) le maintien de la croyance par la règle de la foi, imposée par les chefs de l'apostolat.

1. Les apôtres étaient les détenteurs originels de la Révélation chrétienne, en même temps que ses premiers messagers. Ils transmirent à leurs successeurs à la fois les vérités qu'ils possédaient, et les pouvoirs qui correspondaient à leur mission. Cette première étape est appelée tradition apostolique, ou encore dépôt apostolique, cette dernière expression étant tirée de 1 Tim. 6:20, "O Timothée, garde le dépôt" ( depositum, παραθήκήν ). Toute connaissance postérieure de la Révélation procède du dépôt apostolique, qui est appelé pour cette raison source de la foi.

Le dépôt apostolique a été transmis de deux manières : par oral et par écrit. Le Nouveau Testament, bien qu'il ait été composé par les Apôtres et leur disciples, n'est pas une simple reproduction de l'enseignement apostolique. Il a été écrit sur ordre de Dieu par des hommes inspirés, et est donc une partie authentique de la Révélation tout comme l'Ancien Testament. Les deux Testaments ont été transmis à l'Église de manière autorisée par l'apostolat, comme nous allons bientôt le voir. Le dépôt apostolique comprend donc l'Ancien Testament, le Nouveau, et l'enseignement oral des apôtres. Par un processus d'éloignement et de divergence de sens entre deux termes originellement synonymes, le terme de "dépôt" est restreint aujourd'hui au dépôt écrit, et le terme de "tradition" à l'enseignement oral.

2. C'est le rôle de l'Église de garder et de transmettre l'intégralité du dépôt, écrit et oral, et de le traiter comme l'auraient fait les Apôtres de leur vivant. Cette action de l'Église est appelée tradition active ; les doctrines elles-mêmes sont appelées tradition objective. Le terme de "tradition ecclésiastique" est parfois utilisé en un sens restreint pour les vérités non-écrites de la Révélation, et est dans la même position par rapport à l'Écriture Sainte que l'enseignement oral des apôtres. Avec le temps, cette tradition aussi a été mise par écrit, et devenue maintenant tradition écrite elle est maintenant dans la même position par rapport à la tradition active que l'Écriture Sainte.

3. Mais l'Église a encore un autre rôle. Les héritiers de la règle des Apôtres ont le droit et le devoir de prescrire, de promulguer, et de maintenir en tous temps, au nom de l'Église entière, les enseignements de l'Apôtre et de l'Église des temps passés ; de l'imposer comme une loi doctrinale engageant tout le monde ; et de prendre des décisions faisant autorité sur les points qui sont obscurs, controversés ou niés. Sous ce rapport l'Église agit comme régulatrice de la foi, et ces lois doctrinales, combinées avec l'acte officiel qui les impose, sont appelées règle de la foi. Tous les membres de l'Église sont tenus de soumettre leur jugements en matière de foi à cette règle, et doivent pratiquer "l'obéissance en matière de foi" pour montrer qu'ils sont des membres vivants de l'Unique Royaume de la Vérité divine.

Ainsi, nous voyons que la gestion divine qui maintient et impose la vérité chrétienne dans l'Église possède à un degré éminent tous les supports at garanties dont la société civile use pour la préservation et l'interprétation des documents légaux. Dans une institution comme dans l'autre il y a des documents de diverses sortes, des témoins publics et privés, et des juges de rangs différents. Mais dans l'Église, les juges sont en même temps témoins, administrateurs, et législateurs. Dans la théorie protestante il n'y a que les documents écrits et rien d'autre.
(à suivre)

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#93 Message par chartreux » lun. 17 déc. 2018 13:56

SWS traduit par le chartreux a écrit : Chapitre 3. Le dépôt apostolique révélé.

La doctrine concernant les sources de la Révélation a été formellement définie par le concile de Trente (session 4) et le concile du Vatican (session 3, chap. 2). À Trente l'objectif principal était d'affirmer, contre les premiers protestants, l'égalité de valeur entre les traditions orales et écrites. En ce qui concerne l'Écriture Sainte, dont l'aspect polémique était fort exageré par les Protestants, le concile n'a eu qu'à préciser son étendue et à fixer un texte authentique. Le concile du Vatican en revanche a eu à affirmer le caractère divin de l'Écriture, ce qui n'était pas contesté à l'époque du concile précédent. Les deux conciles on déclaré que le dépôt écrit n'est qu'une des sources du savoir théologique, et que ce dépôt doit être compris et expliqué suivant l'esprit et la tradition de l'Église.
(à suivre)

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#94 Message par chartreux » lun. 17 déc. 2018 14:01

SWS traduit par le chartreux a écrit : Section 16. L'Écriture Sainte est la parole écrite de Dieu.

I. Les livres canoniques et sacrés, autrement dit la collection définitive des documents authentiques de la Révélation préservés et promulgués par l'Église, ont récemment été considérés par des écrivains à tendance rationaliste et protestante, comme étant canoniques uniquement par ce que l'Église les avait déclarés tels. Il importe de redire que telle n'est pas la vision catholique des choses. Les livres de l'Écriture Sainte sont canoniques et sacrés par ce qu'ils sont la parole écrite de Dieu, qu'ils ont Dieu pour Auteur, les personnes humaines auxquelles ils sont attribués n'étant que des instruments dociles de l'Esprit-Saint, qui a illuminé leur esprit et mis leur volonté en mouvement, et leur a en quelque sorte dicté le texte comme quelqu'un dictant à son secrétaire.

1. Le concile de Trente a déclaré que l'intégralité des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament doivent être tenus pour sacrés et canoniques, dans toutes leurs parties. Le concile du Vatican ajoute à cela que "L'Église tient ces livres pour sacrés et canoniques, non pas parce qu'après avoir été composés par un savoir-faire purement humain, ils auraient été rétroactivement approuvés par Elle ; non pas simplement par ce qu'Ils contiennent la Révélation sans erreur ; mais par ce que, ayant été écrits sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, ils ont Dieu pour auteur, qui les a légués à l'Église". Avant même le concile de Trente, le concile de Florence disait déja, "[La Sainte Église Romaine tient] qu'Un seul et même Dieu est l'auteur de l'Ancien et du Nouveau Testament, car les saints hommes des deux Testaments ont parlé par l'inspiration du même Esprit-Saint" (Decret. pro Jacobitis). Le concile de Trente affirme également l'origine divine des Écritures lorsqu'il dit que "le saint synode reçoit et vénère d'une même dévotion et d'une même réverence tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, car le même Dieu est l'auteur des deux."
(à suivre)

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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#95 Message par chartreux » mar. 18 déc. 2018 12:43

SWS traduit par le chartreux a écrit : 2. Cette doctrine définie par les deux conciles est déja enseignée dans la Sainte Écriture même. Le Christ et les Apôtres, lorsqu'ils citent l'Ancien Testament, donnent clairement à entendre que Dieu en est l'auteur : "il fallait que s'accomplît ce que le Saint-Esprit a prédit dans l'Ecriture, par la bouche (διὰ στόματος) de David" (Actes 1:16), "David lui-même a dit par le Saint-Esprit" (Marc 12:36, Matth. 22:43). Parfois l'on lit "Dieu a dit" au lieu de "l'Écriture dit", quand l'auteur sacré parle à la première personne (Héb, passim). S. Paul dit clairement que toute l'Écriture est "divinement inspirée(πᾶσα γραφὴ θεόπνευστος)" (2 Tim. 3:16). S. Pierre parle aussi des prophètes comme instruments de l'Esprit-Saint : "aucune prophétie de l’Ecriture ne s’explique par une interprétation particulière. Car ce n’est pas par une volonté humaine que la prophétie a été autrefois apportée ; mais c’est inspirés par l’Esprit-Saint, (ὑπὸ Πνεύματος ἁγίου φερόμενοι) que les saints hommes de Dieu ont parlé." (2 Pierre 1:20-21) Il est vrai que ce dernier texte s'applique avant tout aux prophéties au sens propre (prévisions d'événements futurs), mais vaut aussi pour l'ensemble de l'enseignement d'un Prophète, car il parle au nom et sous l'influence de Dieu (cf. I Rois 10:6, Mich. 3:8).

3. Dès les temps les plus anciens, les Pères de l'Église ont enseigné l'origine divine de l'Écriture.

(a) "Les Écritures divines", "les oracles divins", "les Écritures de Dieu", sont les expressions habituellement utilisés par eux pour exprimer leur foi à l'inspiration. "L'apôtre doit être mû par cet Esprit qui a composé toute l'Écriture" (Tertullien, De Or., 22). Gélase (ou plutôt Damase, d'après Thiel) dit que les Écritures ont été composées "par l'action de Dieu". S. Augustin : "Dieu ayant d'abord prlé par les prophètes, puis de Lui-même puis par les Apôtres, a composé ces Écritures dites canoniques" (De civit. Dei, 10.3). Origène aussi dit que "les Écritures ont été écrites par l'Esprit-Saint" (Praef de Princ, no 4,8). Théodoret dans Praef in Ps. dit qu'il importe peu de connaître l'auteur humain des Psaumes, puisque l'on sait que'ils ont été écrit sous l'influence active de l'Esprit-Saint (ἐκ τῆς τοῦ Πνεύματος ἁγίου ἐνεργείας). C'est pour cela que le cinquième concile écuménique (deuxième de Constantinople) dit carrément que l'Esprit-Saint est l'Auteur de l'Écriture Sainte, et que Théodore de Mopsueste rejette le livre de Job "par rage contre son auteur, l'Esprit-Saint". Les Pères apellenent souvent l'Écriture "une épître de Dieu". "Qu'est l'Écriture sinon une sorte de lettre du Dieu tout-puissant à cette créature ?" "Le Seigneur du Ciel t'a envoyé Ses lettres pour que tu vives ... Étudie donc, je t'en supplie, et médite quotidiennement sur les paroles de ton Créateur" (Grég M. livre 4, ép. 31). Les Écritures sont appelées aussi parole de Dieu : "Étudiez l'Écriture, qui est composée des vraies paroles de l'Esprit-Saint" (τὰς ἀληθεις ῥήσεις Πνεύματος τοῦ ἁγίου) (Clém. Rom. ad Cor., 1, no 45) "Les Écritures ont été prononcées par le Verbe et Son Esprit" (S. Irenée, Adv. Haeres, livre 2, chapitre 28, no 2). D'où la manière suivante de les citer "Le Saint-Esprit dit dans les Psaumes" (S Cyprien, De Zelo, 8). "Ce n'est pas sans raison que tant de personnes estimables ont cru que quand les écrivains sacrés ont écrit ces livres, Dieu leur parlait ou parlait par eux" (S Augustin, De Civit. Dei, 18,41).
(à suivre)

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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#96 Message par chartreux » mer. 19 déc. 2018 10:59

SWS traduit par le chartreux a écrit : (b) Les pères ont déterminé aussi la relation entre l'Auteur divin de l'Écriture et le scribe humain. Ce dernier est en quelque sorte le secrétaire ou la plume utilisée par Dieu - des analogies qui sont développées dans des passages célebres. "[Le Christ], en vertu de la nature humaine qu'Il a assumée, est la Tête de tous ses disciples, qui sont en quelque sorte les membres de Son corps. Ainsi, quand ces derniers ont écrit ce qu'Il a manifesté et dit, nous ne devons absolument pas dire que ce n'était pas Lui qui écrivait, car ses membres n'ont fait qu'éxecuter l'ordre reçu de la Tête. Tout ce qu'Il voulait que nous lisions concernant ses paroles et ses oeuvres, Il leur a ordonné à eux ses mains, de mettre par écrit. Quiconque comprend correctement cette union et ce ministère de membres accomplissant leur rôle en une harmonie parfaite, recevra le récit évangélique comme s'il avait lu la main du Seigneur en train de l'écrire, la main même de son corps même" (Augustin, De Cons. Evang., 1,1, c.35). "Il est vain de demander qui a écrit ce livre, car il est attribué à l'Esprit-Saint, à juste titre. Il a donc dicté ce livre à l'écrivain humain ; c'est Lui le véritable écrivain, qui a inspiré l'oeuvre et qui a utilisé la voix de l'écrivain [humain] pour nous transmettre ses oeuvres pour que nous les imitions. Quand nous recevons une lettre d'un grand homme, et quand nous savons de qui elle vient et quelle est son importance, il serait futile pour nous de demander avec quelle plume il a écrit cette lettre. Ainsi, quand nous apprenons quelque chose et savons que l'Esprit-Saint en est l'origine, toute demande concernant l'auteur humain est comme une demande concernant la plume." (Greg. M. In Job, praef). Et S. Justin compare l'écrivain humain à une lyre avec laquelle Dieu joue par l'action du Saint-Esprit (Cohort. ad Graecos, n.8).

(c) De cette dépendance du scribe humain de l'Esprit-Saint, les Pères déduisent la vérité absolue et la sagesse de toute l'Écriture jusqu'aux plus petits détails. "Nous qui faisons valoir la parfaite vérité de l'Esprit-Saint jusqu'aux lignes et lettres les plus petites du texte, ne concédons ni n'osons concéder que les mêmes les plus petites choses sont affirmées par les écrivains sacrés sans raison (ἡμεις δὲ οἳ καί μέχρι τῆς τυχούσης κεραίας καὶ γραμμῆς τοῦ Πνεύματος τὴν ἀκρίβειαν ἕλκοντες)"(S. Grégoire de Nazianze, Orat., 2, 105). Et ce passage de S. Augustin est très digne de remarque : "J'admets devant votre charité que c'est seulement ces livres de l'Écriture appelés aujourd'hui canoniques, que j'ai appris à vénerer et à leur attribuer un tel honneur, à croire très-fermement qu'aucun de leurs auteurs n'a fait la moindre erreur, et que si je recontre quoi que ce soit dans ces livres qui semble opposé à la vérité, je ne doute pas que soit le codex est incorrect, soit le traducteur a erré, soit ma compréhension est en défaut" (Ép ad Hieron., 82, al. 19, no 3).
(à suivre)

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#97 Message par chartreux » jeu. 20 déc. 2018 11:04

SWS traduit par le chartreux a écrit : II. L'Église catholique enseigne expressément que Dieu est l'auteur de l'Écriture Sainte en un sens physique. Pour que Dieu puisse être l'auteur de l'Écriture Sainte en un sens physique, et que l'Écriture puisse être vraiment sa Parole sortant de Lui, il ne suffit pas que les livres sacrés aient été écrits sous l'assistance purement négative et externe de Dieu qui empêche l'erreur de s'immiscier ; il faut aussi une influence divine qui soit positive et intérieure sur le scribe humain, influence exprimée par le terme d'inspiration. Nous venons de dire qu'une assistance simplement négative, telle que celle qui soutient l'apostolat enseignant, ne suffit pas ; mais d'un autre côté, une dictée au sens propre de bouche à oreille n'est pas nécessaire. Les écrivains sacrés n'en font pas mention ; ils déclarent même qu'ils font usage de leur habilité humaine ; et la diversité de style des différents écrivains est clairement opposée à une telle hypothèse. Il est évident que, quand le scribe écrit quelque chose qu'il ne savait pas précedemment, il faut bien que Dieu lui ait parlé de quelque façon ; cependant, l'inspiration n'est que "l'action de Dieu sur un écrivain humain, par laquelle Dieu le meut et le rend capable de servir comme instrument de communication par écrit des pensées divines." L'inspiration naît donc quand Dieu forme l'intention d'écrire certaines vérités par des agents humains. Alors Dieu donne à l'écrivain humain la volonté d'écrire ces vérités, et en même temps suggère à son esprit la bonne compréhension et l'expression fidèle de ces vérités. Certains théologiens réduisent cette assistance à une simple surveillance ; mais l'insistance des Pères sur le caractère instrumental de l'écrivain, et l'expression ὑπὸ τοῦ Πνεύματος ἁγίου φερόμενοι va clairement contre cette opinion (cf. S Thomas 2a 2ae, q. 174. art. 2). La diversité de style entre les différents livres s'explique par la règle générale que quand Dieu utilise des instruments naturels pour un but surnaturel, Il ne détruit point leurs pouvoirs naturels, mais les adapte.
(à suivre)

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#98 Message par chartreux » ven. 21 déc. 2018 5:59

SWS traduit par le chartreux a écrit : III. 1. Bien que la Bible ne soit pas un ouvrage de pure histoire ni de pure littérature, elle traite cependant d'histoire et est de la littérature au sens le plus élevé du mot. Il y a à la fois de l'humain et du divin en elle. Comprendre jusqu'où elle est humaine et jusqu'où elle est divine, voilà la grande tâche à accomplir. L'union des deux éléments ressemble un peu à celle de l'âme et du corps. De même que l'âme est présent dans chaque partie du corps, de même aussi l'action de l'Esprit-Saint est présent dans chaque partie de l'Écriture. Mais les Pères continuent en disant que bien que l'âme est présente entière dans toutes les parties du corps, elle n'exerce pas tous ses pouvoirs partout, mais certains pouvoirs en certaines parties et d'autres pouvoirs en d'autres parties. Il ne faut donc pas restreindre l'inspiration à certaines parties de l'Écriture. (Nefas omnino fuerit inpirationem ad aliquas tantum S. Scripturae partes coangustare, Léon XIII, Encylcique Prov. Deus.). D'un autre côté, l'action de l'Esprit-Saint n'est pas nécéssairement uniforme dans toute l'Écriture.

2. Quand il est dit que Dieu est l'Auteur des livres sacrés, nous ne devons pas comprendre cela comme quand il est dit qu'Homère est l'auteur de l'Iliade. Cela exclurait tout auteur humain. Cette formule est apparue originellement contre les manichéens, qui soutenaient que le Démon était l'auteur de l'Ancien Testament.

3. L'Église n'a jamais tranché la question de l'identité du ou des auteurs humains d'aucun des livres de la Bible. Il peut exister une présomption très forte, par exemple que Moïse a écrit le Pentateuque, ou que l'intégralité du livre d'Isaïe a été composé par le prophète du même nom ; mais il n'y a jamais eu aucune définition en ce sens.

4. Nous ne pouvons admettre que l'Auteur divin de l'Écriture ait erré (Nefas omnino fuerit…concedere sacrum ipsum auctorem errasse, Léon XIII, ibid). Il peut cependant utiliser un récit non-historique pour enseigner un principe dogmatique ou bien pour illustrer une leçon de morale. Il doit comme toujours s'adapter au contexte de ceux à qui Il s'adresse. Sinon Il ne serait pas compris. Comme le dit S. Jerôme (In Jerem. Proph. 28) "Multa in Scripturis Sanctis dicuntur secundum opinionem illius temporis quo gesta referuntur, et non juxta quod rei veritas continebat." Et S. Thomas "Et comme Moïse se mettait au niveau du peuple inculte, il s’en tint à ce qui apparaît aux sens" (Summa I, q.70, a.1, sol. 3) : (cf. Lagrange, La méthode historique, surtout à propos de l’A. T., p.112).

5. Concernant le canon catholique de l'Écriture, cf. Franzelin, De Script., section 2, et Loisy, Histoire du canon de l'Ancien Testament, Histoire du canon du Nouveau Testament.
(à suivre)

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#99 Message par chartreux » sam. 22 déc. 2018 9:17

SWS traduit par le chartreux a écrit : Section 17. L'Écriture Sainte comme source de savoir théologique.

I. L'Écriture Sainte, étant l'oeuvre de Dieu Lui-même, surpasse de loin en valeur et en excellence tout récit humain de la révélation. L'Ancien Testament est inspiré par l'Esprit-Saint, "qui a parlé par les prophètes", tout autant que le Nouveau. Les deux sont d'une égale excellence, et forment ensemble une même source de savoir théologique. L'Ancien Testament n'est pas qu'une simple histoire de la Révélation. Sur certains points de foi et de morale il contient un exposé plus complet que le Nouveau Testament ; il est en quelque sorte le corps dont le Nouveau Testament est l'âme ; les deux s'interpénètrent et se complètent.

II. Il y a deux sens fondamentalement distincts dans l'Écriture Sainte : le sens littéral, apporté par les mots, et le sens spirituel, apporté par les idées exprimées par les mots, et c'est pourquoi il est aussi appelé sens typique. Le premier sens est le sens voulu par l'auteur humain, et correspond à la lettre du texte. Le sens spirituel se fonde sur l'omniscience du Saint-Esprit, qui a inspiré l'auteur humain. Des phrases, et même de simple mots écrits sous inspiration divine possèdent, en certaines circonstances, un sens ajouté à celui qu'ils possèdent déja par l'apport de l'auteur humain. Un fait historique, une institution, un précepte, peut apparaître isolé dans l'esprit de l'écrivain, tandis que dans l'esprit de Dieu il apparaît lié à d'autres faits et d'autes vérités, comme un archétype, une confirmation ou une illustration. C'est sur ces relations que se fondent le sens spirituel de l'Écriture. Nous déduisons notre connaissance de ces relations des idées exprimées par les mots, et des mots eux-mêmes. Ainsi, le sens spirituel est médiat pour nous, mais immédiat au Saint-Esprit.
(à suivre)

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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#100 Message par chartreux » lun. 24 déc. 2018 7:52

SWS traduit par le chartreux a écrit : Du fait de ces différents sens de l'Écriture Sainte, un même texte peut être susceptible de plusieurs interprétations. Toutes, cependant, doivent se fonder sur le sens littéral. Un même texte peut avoir plusieurs sens spirituels, mais n'a d'ordinaire qu'un seul sens littéral. Bien des applications d'un texte sacré communément adoptées par l'Église peuvent être considérées comme relevant du sens médiat et spirituel, c'est-à-dire prévu par le Saint-Esprit, sens qui dans des écrits purement humains paraîtrait forcé et artificiel. Des exemples connus sont l'interprétation de Prov. 8 et Siracide 24 comme se référant à la bienheureuse vierge Marie.

Il y a plusieurs manières de démontrer que l'Esprit-Saint a l'intention d'exprimer telle doctrine à tel endroit de l'Écriture, que ce soit par le sens littéral, le sens logiquement déduit du sens littéral, ou le sens purement spirituel. Le sens littéral fournit le type le plus évident de preuve. Quand la manière de parler est figurée cependant, il faut d'abord éclaircir le sens de la figure avant d'en tirer des arguments. Le sens inféré est égal en force démonstrative au sens littéral, mais lui est inférieur en dignité car il est seulement voulu et non pas exprimé directement par le Saint-Esprit. Le sens spirituel ne constitue un argument convaincant que lorsque la relation entre l'archétype et la chose typifiée est soit affirmée directement dans le sens littéral, soit y est contenue comme conséquence évidente. Le sens spirituel acquiert indirectement une force démonstrative ajoutée lorsqu'il est soutenu par des explications venant de l'Écriture même ou bien transmises par la tradition apostolique. Il arrive fréquemment que ces explications ne suffisent pas à déterminer le sens spirituel avec certitude, et ne nous fournissent que des sens probables. Parfois, en combinant plusieurs explications différentes on peut obtenir un argument très convaincant. Cf. l'essai de Nicolas Wiseman sur les Miracles du Nouveau Testament, où des arguments en faveur de certaines doctrines catholiques sont déduites de la signification typologique de miracles divers.
(à suivre)

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