Christophe Rico, article sus-cité, p.5-6 a écrit :
Dans les premiers textes épiques, le mot
parthenos désignait simplement la « jeune fille non mariée », abstraction faite de sa virginité. Chez Homère, en effet, le mot peut s’appliquer à une fille mère. Cet emploi se maintient à l’époque classique.
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Au cours de l’histoire de la langue grecque, ce mot va d’ailleurs connaître une spécialisation sémantique progressive. Dès la période classique, parthenos référait habituellement à une jeune fille vierge.
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D’Eschyle à Plutarque en passant par Pindare ,
parthenia va désigner, de façon univoque, la virginité.
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Quant au verbe diapartheneuô, il signifie littéralement « faire perdre à une jeune fille sa condition de parthenos », c’est-à-dire la « déflorer » (Hérodote 4, 168. Le mot se retrouve dans la Septante (Ez 23,3.8)).
A l’époque hellénistique, l’évolution semble presque achevée, au point que le terme de parthenos ne réfère plus qu’exceptionnellement à une jeune fille mère. Un écrivain aussi prolifique que Plutarque ne semble en offrir qu’une seule occurrence. Quant à l’œuvre immense de Philon, elle ne recense aucun exemple d’une telle acception . Le mot parthenos y devient au contraire l’emblème de la pureté.
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Singulier parmi les emplois hellénistiques, le passage de Gn 34,1-3 semble bien représenter l’une des toutes dernières occurrences du mot
parthenos excluant formellement l’idée de virginité. A cet égard, le commentaire qu’en fera Philon, environ deux siècles plus tard, paraît instructif :
Philon a écrit :
(...) N’est-il pas dit, avec souci d’exactitude : "il proféra des paroles conformes à la pensée de la vierge (parthenou)", afin de montrer, ou peu s’en faut, qu’il a fait le contraire de ce qu’il disait ? Car Dina est le jugement incorruptible (adekastos), la justice qui siège auprès de Dieu, éternellement vierge (aeiparthenos), puisque Dina s’interprète dans les deux sens : jugement ou justice.
Confronté, dans le texte de la Septante, à un emploi de
parthenos contraire au sens qu’il prêtait lui-même à ce mot (« fille non vierge » face à « femme vierge »), Philon résout la difficulté en soumettant le passage de la Genèse à une interprétation allégorique.