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Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 16:33
par Abbé Zins
Abbé V.M. Zins
à TOURS
Saint Hilarion Mardi 21 octobre 1986
à M. Georges Salet
Monsieur,
Daignez me permettre de commencer par vous remercier de votre aimable accueil en votre demeure.
Vous avez daigné m'y écouter patiemment et humblement, m'exposer votre raisonnement et vos convictions simplement et loyalement, sans air de supériorité et sans chercher à esquiver habilement les difficultés.
Permettez-moi aussi de vous féliciter pour le sérieux de votre application à l'étude, qui transparaît bien dans votre n° 61 "de Rome et d'ailleurs", ainsi que dans votre numéro spécial de janvier 1986.
Cet effort intellectuel et la grande concentration d'esprit que nécessitent les questions si importantes que vous y abordez, sont d'autant plus admirables en vous, du fait de votre âge avancé, en lequel les infirmités et surtout l'état de fatigue habituel rendent d'autant plus méritoires les grands labeurs intellectuels.
En cela du reste, le P. Guérard est également remarquable, puisque l'on m'a dit qu'il a 88 ans ! Il est bien dommage qu'il fasse tant d'efforts pour divulguer ses inventions personnelles tordues.
Mais ce dont je tiens le plus à vous féliciter, c'est que vous prenez le taureau par les cornes, vous ne cherchez pas, comme tant d'autres, à esquiver les difficultés par d'habiles entourloupettes, mais vous les attaquez de front.
Cependant, il me semble que vous attachez plus d'importance, et par là plus d'autorité, à la rigueur de votre méthode scientifique de raisonnement qu'aux textes d'autorité.
Quand ceux-ci vont, ou semblent aller, dans votre sens (ex. "Pastor Aeternus"), vous les exploitez à fond, en analysant chaque terme. Mais quand ils s'y opposent, vous les remettez en cause et les placez de fait sous votre raisonnement (ex. pour les textes de "Dei Filius", de Léon XIII, et de saint Robert Bellarmin, comme nous le verrons plus loin).
Or s'il est valable, dans les autres sciences humaines, de faire passer la rigueur d'une démonstration scientifique avant l'autorité de tel ou tel savant auteur, cela est fort dangereux en théologie, où l'argument d'autorité est le plus fort.
Dans sa Somme Théologique, saint Thomas d'Aquin le cite toujours en premier dans ses réponses, et ne fait ensuite que l'expliciter ou corroborer.
La raison en est que la science théologique est fondée sur la Révélation, sur l'autorité de Dieu se révélant par l'intermédiaire de son Eglise ("Mon Dieu je crois toutes les vérités que vous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Eglise"), et que son objet est Dieu Lui-même, dont la connaissance dépasse le plus souvent notre entendement.
Ceci dit, votre n° 61 et votre n° spécial font comprendre votre raisonnement, et la manière dont vous pouvez être convaincu de bonne foi.
Soulignons d'abord nos points d'accord, afin de mieux percevoir ensuite quel est celui des deux qui dévie.
Devant "Dignitatis humanae", enseignant publiquement une hérésie explicitement et infailliblement condamnée par Pie IX, notre juste réaction commune est d'en déduire que ce schéma de Vatican II n'est pas infaillible, et cela forcément parce que l'une au moins des conditions de l'infaillibilité n'a pas été remplie.
Ici finit notre accord, et commence notre divergence.
(A suivre)
Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 16:39
par Abbé Zins
(Suite L 24/10/1986)
Analysons d'abord votre démarche, qui est la plus ancienne des deux, et la plus rapprochée dans le temps de Vatican II.
Devant cette contradiction évidente, vous cherchez la faille. Vous étudiez alors de près le texte de Vatican I sur l'infaillibilité pontificale, dans lequel vous cherchez à établir quelle est la condition qui n'a pas été remplie.
Le fait de ne rien trouver dans les premiers éléments de la définition dogmatique, vous apparaît ne laisser qu'une seule possibilité : il est question à la fin de la définition d'une notion d'obligation : c'est cela seul qui a pu manquer !
Jean XXIII et Paul VI n'ont-ils pas déclarés à maintes reprises qu'ils pourraient continuer à condamner, mais qu'ils ne veulent plus le faire, pour user plutôt de miséricorde ?
Afin de bien clarifier votre intuition, vous distinguez ensuite 4 conditions, dont la notion d'obligation se trouve être la quatrième.
A l'époque, vous n'imaginez même pas que ce puisse être la première condition qui fasse défaut : "Le Pontife Romain remplissant sa charge de pasteur et docteur de tous les Chrétiens", "en vertu de sa suprême autorité apostolique".
Si près du concile, et devant le consensus universel reconnaissant Paul VI pour pape, c'était chose pratiquement impossible, psychologiquement parlant, et du reste à peine imaginable, et à rejeter a priori.
Les termes conciliaires ne vous laissent alors aucun doute à ce sujet. En effet, la finale du schéma conciliaire dit expressément : "Moi, Paul, Évêque de l'Eglise Catholique" ; et encore : "Nous, par le pouvoir apostolique que Nous avons reçu du Christ, un avec les Vénérables Pères, Nous l'approuvons dans l'Esprit-Saint, Nous le décrétons et le statuons, et Nous ordonnons de promulguer ce qui a été ainsi statué synodalement".
Il s'agit donc bien (apparemment) d'un concile oecuménique promulgué dans l'Esprit-Saint par le pape. La première condition semble remplie incontestablement.
La troisième, selon votre explication, l'est aussi sans difficulté : "une doctrine sur la foi et les moeurs". Restent la 2e. et la 4e. !
Pour la 2e. que vous posez, vous avez l'honnêteté de ne pas chicaner sur le verbe "définir", et même de montrer que le prendre dans le sens tenu au départ par le plus grand nombre des traditionalistes, revient à l'absurde, à une pétition de principe, une lapalissade, disons à un cercle vicieux, puisque l'on définirait la notion d'infaillibilité par le terme de définir infailliblement.
Reste donc celle que vous tenez pour la 4e. ! Et c'est là que vous croyez découvrir comme condition à l'infaillibilité d'un texte pontifical la volonté explicite d'obliger. Puisqu'une telle volonté explicite ne se trouve pas dans "Dignitatis humanae", c'est là que se situe la faille qui fait que ce schéma conciliaire n'est pas infaillible.
(A suivre)
Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 16:49
par Abbé Zins
(Suite L 24/10/1986)
Or, avant de réfuter votre raisonnement, permettez-moi de vous appliquez ici une de vos remarques fort pertinentes : commençons "pour l'instant de dire que lorsque d'un texte, fut-il conciliaire, on tire des conclusions aberrantes, on apporte la preuve qu'on l'a mal compris" (N° 61 ,p.12).
Remarque qui peut vous être appliquée tant pour votre analyse du texte de Vatican I que pour celle du pseudo-schéma de Vatican II.
En effet, votre analyse du premier texte appliquée au second, en revient à affirmer implicitement une horreur, et de soi, une grave impiété ; à savoir qu'un vrai pape peut, en s'adressant à toute l'Eglise à travers un concile oecuménique et en matière de foi et de moeurs, de par son autorité apostolique reçue du Christ, approuver dans l'Esprit-Saint, décréter, statuer et ordonner de promulguer une hérésie explicitement condamnée, en affirmant par ailleurs qu'elle est conforme à la révélation divine, et que l'Eglise l'a reçue du Christ et des Apôtres et l'a, au cours des temps, gardée et transmise.
Pour affirmer une telle horreur, il faut certes repousser ce passage fort clair de Léon XIII :
"Toutes les fois, donc, que la parole de ce Magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l'ensemble de la doctrine révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait être faux, il s'ensuivrait, ce qui est absurde, que Dieu lui-même serait l'auteur de l'erreur des hommes : Seigneur, si nous sommes dans l'erreur, c'est vous-même qui nous avez trompés." (Encyclique "Satis cognitum”, du 29/6/1896)
Mais, dites-vous, d'une manière étonnante : "En replaçant ce texte dans son contexte, il est manifeste que Léon XIII n'a pas voulu traiter des conditions de l'infaillibilité du Magistère bien précisées quelques années plus tôt par le Concile du Vatican" (N° 61, p. 17).
Alors que Léon XIII dit peu après : "Les Pères du Concile du Vatican n'ont donc rien édicté de nouveau, mais ils n'ont fait que se conformer à l'institution divine, à l'antique et constante doctrine de l'Eglise et à la nature même de la foi, quand ils ont formulé ce décret : "On doit croire.." etc.".
Mais il est vrai que d'une manière cette fois époustouflante, vous ne craignez pas de relever audacieusement trois anomalies dans ce texte qui "n'est pas un canon" ; ce qui n'eut pas été possible "du fait de son imprécision" (N° 61, p.16).
Il est donc étonnant que saint Pie X en ait fait le Canon du Code de droit canonique, définissant précisément l'objet du magistère ecclésiastique (Can. 1323,1), et que Léon XIII le cite comme "conforme à l'institution divine, à l'antique et constante doctrine de l'Eglise et à la nature même de la foi" !?...
Sans vous essouffler d'une telle audace, vous dites encore qu'il vient dans la Constitution dogmatique "Dei Filius" comme un cheveu sur la soupe : "ce passage apparaît brusquement dans les textes principaux" (dont il ne fait donc pas partie d'après vous !, contrairement à ce que nous venons de montrer) "comme un "bloc erratique" qui est là sans que l'on sache pourquoi" (N° 61, p. 16) !
Vous auriez dû écrire : sans que j'ai compris pourquoi ! Ce qui confirme ce que vous disiez, et que nous avons déjà cité : "lorsque d'un texte, fut-il conciliaire, on tire des conclusions aberrantes, on apporte la preuve qu'on l'a mal compris.” (N° 61, p. 12).
(A suivre)
Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 16:58
par Abbé Zins
(Suite L 24/10/1986)
C'est avec la même étonnante audace, que vous avez écrit tout récemment : "A une époque où l'on n'avait pas pris conscience aussi bien qu'aujourd'hui que le Pape n'est pas le Vicaire de l'Eglise mais directement celui du Christ, des théologiens ont pensé différemment" (N° 72, p. 12).
Ceci mis noir sur blanc, juste sous le titre de paragraphe : "Saint Bellarmin et saint Alphonse de Liguori" ! Ces deux saints docteurs de l'Eglise auraient-ils été teintés de régalisme et de l'hérésie conciliariste, qu'ils ont pourtant si fortement combattus !?...
Mais là ne s'arrête pas l'impiété objective envers ces deux saints Docteurs : "Bellarmin et Alphonse de Liguori n'ont pas évité la contradiction" (p. 13) ! ...
Et plus loin, vous allez jusqu'à parler du "vice du raisonnement" qui est le leur !
Et vous les "excusez", en les accusant en plus d'une inattention en une matière si grave : "Ils considéraient donc la question du pape hérétique comme sans intérêt pratique et c'est probablement la raison pour laquelle ils n'ont pas porté attention à la contradiction qui entache leur thèse" (N° 72, p. 14).
Et quelle est cette prétendue contradiction, sinon une nouvelle incompréhension de votre part.
Comme si saint Robert revenait subrepticement à la thèse du "deponendus est", après avoir démontré sur plusieurs pages qu'elle n'est pas conforme à la doctrine catholique.
Là aussi, la déclaration dont il parle n'est ni une cause de la déposition déjà faite ipso facto ni une condition nécessaire pour qu'elle soit telle, MAIS UNE CONSÉQUENCE, utile certes au bien commun des fidèles !
De même pour les condamnations des contrevenants aux définitions infaillibles : elles ne sont ni la cause de l'infaillibilité ni une condition nécessaire pour que ces définitions soient infaillibles, mais elles en sont la conséquence logique, qu'il est fort utile au bien commun des fidèles d'exprimer explicitement.
D'où le début des formules de condamnations employées à la suite d'un dogme défini par Pie IX : "C'est pourquoi", et par Pie XII : "Par conséquent" (v. votre N° spécial, p.78).
Daignez pardonner l'ardeur et la franchise de ma jeunesse, elles correspondent à l'ardeur et à la franchise de la foi, et de mon amour de la Vérité.
Vos audaces étonnantes, résultant semble-t-il de votre confiance plus grande en votre raisonnement que dans l'argument d'autorité, m'ont fait maintes fois bondir et souffrir intérieurement.
De tout coeur, je souhaite que mon indignation vous fasse prendre conscience de la gravité de vos affirmations surprenantes et objectivement impies !
(A suivre)
Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 17:00
par Abbé Zins
(Suite L 24/10/1986)
Montrons, à présent, la mauvaise interprétation que vous donnez à ces divers textes.
Considérons d'abord le lien profond entre la définition dogmatique de l'infaillibilité et le passage de la constitution dogmatique "Dei Filius" que vous trouvez secondaire à l'opposé de Léon XIII, et imprécis à l'opposé de saint Pie X qui l'a canonisé (Can.1323,1) ; et de plus, venant là comme un cheveu sur la soupe, alors qu'il complète si parfaitement la définition dogmatique.
En prenant la traduction même que vous donnez de " tenendam definivit" en liaison avec les 3e. et 4e. conditions que vous soulignez : "quand le Pontife Romain... définit la doctrine sur la foi et les moeurs qui doit être tenue par l'Eglise universelle", une question se pose aussitôt :
Mais quelle est la doctrine sur la foi et les moeurs qui doit être tenue par l'Eglise universelle ?
Question à laquelle la constitution apostolique "Dei Filius" donne cette réponse on ne peut plus précise :
"De foi divine et catholique doivent être crues toutes les vérités, contenues dans la parole de Dieu soit écrite soit transmise par la Tradition, et qui sont proposées par l'Eglise, soit par un jugement solennel soit par son magistère ordinaire universel, à croire en tant que ("tanquam") divinement révélées".
D'où le fait de la suite de la définition, dont vous escamotez l'explication : "jouit par l'assistance divine... de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fut pourvue son Eglise, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les moeurs".
D'où l'explication très claire de Léon XIII de ce qu'il appelle, lui, un décret :
"Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l'ensemble de la doctrine révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai" !
Encore une fois, cette obligation, cette force obligatoire, n'est pas une cause de l'infaillibilité, mais elle en est une conséquence, de même que l'irréformabilité.
S'il en était autrement, c'est l'obligation faite par le Pape qui fonderait l'infaillibilité, alors que le fondement de l'infaillibilité est l'autorité de Dieu qui se révèle ; c'est l'obligation faite par le Pape qui serait la cause de l'infaillibilité, au lieu d'en être la conséquence.
Ceci, comme vous le dites, "selon les règles de la logique qui interdisent de confondre l'effet et la cause” (N° spécial, p. 70) !
Le Pape n'est pas infaillible parce qu'il oblige, mais il oblige, soit explicitement soit implicitement, parce qu'il est infaillible.
La garantie de son infaillibilité ne vient pas du fait qu'il oblige, qui n'en est que la conséquence et la manifestation a posteriori, mais du fait qu'il déclare avec autorité que telle ou telle vérité fait partie du dépôt révélé.
S'il en était autrement, il pourrait enseigner infailliblement, par inspiration du Saint–Esprit, autre chose que ce qui a été révélé.
Or cela est explicitement rejeté dans le chapitre même de la constitution apostolique "Pastor Aeternus", dans lequel la définition dogmatique est énoncée peu après :
"Car le Saint-Esprit n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu'ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c.à.d. le dépôt de la foi.".
Tel est en effet l'objet propre du magistère ecclésiastique, comme le précise le, décret de "Dei Filius" précité, et le fait que le canon 1323,1 qui le reprend, est placé dans le Code sous cette rubrique.
C'est du reste ce qui est encore précisé dans le même chapitre de "Pastor Aeternus", juste avant le passage que nous venons de citer : "Les Pontifes Romains... ont défini qu'on devait tenir ce qu'ils reconnaissaient, avec l'aide de Dieu, comme conforme aux saintes Lettres et aux traditions apostoliques. Car le Saint-Esprit..." etc.
(A suivre)
Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 17:14
par Abbé Zins
(Suite L 24/10/1986)
D'où ce que dit également Dublanchy dans son article du D.T.C. sur l'infaillibilité pontificale, en un passage que vous citez (N° spécial, p. 74), mais pas dans sa teneur exacte que voici :
"La définition dont il s'agit ici, est un jugement doctrinal explicite et final, porté par le pape relativement à la foi et aux moeurs, de telle manière que les fidèles puissent être certains que telle doctrine est jugée par le pape appartenir à la révélation, ou avoir avec elle une connexion certaine" (Col.1700).
Autrement dit, que cette vérité fait partie du dépôt explicitement ou implicitement, ou est révélée par des miracles : comme la sainteté de tel serviteur de Dieu. Ces miracles sont une des conditions nécessaires pour une canonisation, ainsi que l'a explicité Benoît XIV.
Et cela se rattache aussi à la Révélation, par laquelle nous savons que Dieu n'opère des miracles que pour attester la sainteté et la vérité (Jn. 9,31). Le Pape est infaillible en canonisant un saint, et pourtant il ne dit pas que celui qui dit qu'il n'est pas saint soit anathème, bien que cela découle.
L'obligation faite par le Pape n'est donc pas une cause mais une conséquence de l'infaillibilité ; elle ne la fonde pas, mais en découle.
D'où ce que précise encore Dublanchy, dans un autre passage que vous n'avez pas cité :
"Quant aux signes auxquels on peut reconnaître les définitions pontificales infaillibles, d'après la remarque précédemment faite (à savoir : "Puisque, selon l'enseignement du Concile du Vatican, le pape possède cette infaillibilité dont Jésus-Christ a voulu munir son Eglise "in definienda doctrina de fide et moribus" "), on doit appliquer les signes qui étaient communément donnés par les anciens théologiens pour reconnaître les définitions infaillibles du magistère de l’Eglise considéré d’une manière générale.
Il suffit que le pape manifeste formellement sa volonté de réprouver ou de condamner une erreur comme directement opposée à la foi, OU de déclarer une doctrine comme strictement obligatoire pour tous les fidèles, soit en l'imposant sous peine d'anathème, SOIT en la proposant comme vérité de foi, OU comme ne pouvant être rejetée sans porter atteinte à la foi. Bien que, pour signifier cette volonté, aucune expression ne soit, en principe rigoureusement requise, il y a des expressions qui sont, d'après l'appréciation universelle, des signes certains d'une définition proprement dite." (DTC, Col. 1702-1703).
Il vous faudrait donc, même selon votre point de vue, à moins de pratiquer deux poids et deux mesures, appliquer à ce que vous appelez e) (N° spécial, p. 65), ce que vous dites pour a) et c) : "La mention explicite que le pape agit pour remplir les devoirs de sa charge est généralement superflue, car rien n'est plus facile que de constater si le pape a ou non satisfait à cette obligation" (p. 67), et même en théorie pour e) : "Ce n'était pas en toute rigueur nécessaire. Il suffit que l'on puisse démontrer de façon certaine que telle était bien la volonté du pape" (p. 68).
(A suivre)
Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 17:27
par Abbé Zins
(Suite L 24/10/1986)
Mais d'autre part, ce que vous coupez en quatre, ne l'est qu'en trois conditions dans le D.T.C. .
Car vous coupez arbitrairement "définit", du reste de la phrase : "la doctrine qui doit être tenue par toute l'Eglise". Laquelle, on l'a vu, est ce que l'Eglise propose à croire en tant que révélé.
Il n'y a donc pas de 4e. condition d'obliger, comme si cela causait l'infaillibilité, mais il n'y a que la 3e après les deux premières :
1̊) "quand le pape, remplissant sa charge de pasteur et docteur de tous les Chrétiens", 2̊) en matière de foi et de moeurs, 3̊) "définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, la doctrine qui doit être tenue par l'Eglise universelle" : à savoir, celle proposée comme divinement révélée. L'obligation, encore une fois, n'étant pas une cause mais une conséquence de l'infaillibilité.
"Dignitatis humanae" remplissant ces trois conditions, devrait donc être infaillible et impliquer l'adhésion de foi. Il ne saurait en être autrement, pour un schéma d'un concile oecuménique, rappelant que tel point fait partie du dépôt et approuvé dans l'Esprit-Saint et décrété par le Pape, SI la première condition n'était remplie qu'en apparence.
En effet, comme le point en question, non seulement ne fait pas partie du dépôt de la Révélation, mais encore a été infailliblement déclaré par Pie IX s'y opposer, comme de plus il s'agit bien d'une matière se rapportant à la foi, reste que la définition dogmatique de "Pastor Aeternus" nous oblige à croire que, contre toute apparence, celui qui a promulgué "Dignitatis humanae" n'était pas pape, soit qu'il ne l'ait plus été alors, soit plutôt qui ne l'ait jamais vraiment été. D'où la question de foi "qu'en font" les "sédévacantistes" !
(A suivre)
Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 17:30
par Abbé Zins
(Suite et fin de la L 24/10/1986)
Notons, pour finir cette lettre bien longue, que "la pratique constante de l'Eglise" invoquée par le N° 61, p. 17-18, y est curieusement évoquée.
Si, par exemple, le Saint Concile de Trente, ne parle pas expressément de vérité révélée dans les passages soulignés, il ne cesse de démontrer, à longueur de constitutions, qu'il n'avance rien qui ne soit que conforme à la Tradition et aux Saintes Ecritures : qui sont précisément les deux sources du Dépôt révélé !
C'est ce que rappelle encore le fameux décret, pas si imprécis que cela : "toutes les vérités qui sont contenues dans la Parole de Dieu écrite ou transmise par la Tradition."
Du moment qu'elles appartiennent vraiment à l'Ecriture ou à la Tradition, soit explicitement soit implicitement, ces vérités sont forcément révélées.
Du moment qu'elles sont révélées, elles impliquent forcément l'adhésion de foi, l'obligation de croire.
Charge est au Pape de déclarer si elles appartiennent vraiment à l'Ecriture et à la Tradition en cas de controverse, ou si telle proposition qu'on prétend en tirer leur est tout à fait étrangère, voire opposée.
Lorsqu'il a tranché ainsi, les deux autres conditions de la définition dogmatique étant elles aussi remplies, il a posé un acte infaillible, d'où découle nécessairement l'obligation de croire, même si celle-ci n'est pas explicitement précisée.
Si l'obligation est explicitée, elle est un signe qui renforce la certitude, mais ne la fonde pas : elle en est une manifestation a posteriori, une conséquence logique, mais nullement une cause ni une condition.
(Précisons que nous avons parlé du cas de controverse qui manifeste mieux cette vérité, mais de telles déclarations pontificales sont a fortiori infaillibles, lorsqu'elles rappellent des vérités incontestées).
En attendant votre réponse, et vos avis sur mes autres études, je prie Dieu de faire triompher la Vérité en nos intelligences et la Charité en nos coeurs.
Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 18:05
par Abbé Zins
Georges SALET
à VERSAILLES
1er Décembre 1986
Monsieur l’Abbé,
J’ai bien reçu votre lettre du 26 octobre 1986 qui a eu toute mon attention. Comme elle est exceptionnellement courtoise et que vous essayez d’aller au fond des choses, je compte vous répondre de façon détaillée.
J’avais commencé cette réponse mais j’ai eu un mois de Novembre très chargé où j’ai du (sic) me débattre contre différents et assez graves ennuis et, de plus, rédiger tout le N° 73 que vous avez du recevoir.
Mais je vais reprendre ma réponse incessamment. Ayez donc encore un peu de patience mais je vous répondrai, et d’une manière approfondie.
Veuillez donc excusez ce retard et croire, M. l’Abbé, à mon meilleur souvenir et respectueux sentiments.
Re: Controverse Georges Salet - Abbé V.M. Zins (8/1986 - 5/1
Publié : mer. 28 oct. 2015 18:08
par Abbé Zins
Sub Tuum Praesidium à Tours
En la fête de l’Epiphanie
Mardi 6 janvier 1987
A Monsieur Georges Salet
Ciel serein ne craint pas l’orage,
Tandis qu’il attend ;
Des explications sans nuages,
D’un homme savant.
Voyez qu’il sait rester sage,
Et moult patient ;
Et ce, malgré son bien jeune âge,
Au coeur si ardent.
Car il sait que c’est apanage,
D’esprit clairvoyant ;
Que de s’exprimer sans ambages,
En prenant son temps.
Il saura bien rendre hommage,
Au raisonnement,
Y appliquer avec courage,
Son entendement.
En attendant, comme c’est d’usage,
Pour le Nouvel An ;
Il vous offre, avec les Rois Mages,
Ses voeux, comme présent.