Re: Biographies des dames Romaines
Publié : mer. 04 juil. 2018 15:03
(à suivre)Il y avait deux ans déjà que Paule se livrait, comme nous venons de le dire, avec ses saintes amies, à la pratique de ces généreuses vertus, et donnait à la société patricienne ces beaux exemples d'édification, quand tout à coup se répandit dans Rome une nouvelle qui vint jeter dans le petit cénacle de l'Aventin, et dans tout le groupe des généreuses femmes entrées dans le même mouvement, la joie la plus vive. L'Occident allait avoir son grand concile comme l'Orient avait eu les siens. Le pape Damase avait convoqué tous les évêques catholiques à Rome pour l'an 382, et on attendait d'Orient des évêques vénérables dont la renommée publiait les vertus.
Paule et ses amies n'oublièrent pas de mettre à profit les trois mois que les saints évêques restèrent à Rome. Elles ne pouvaient se lasser de les voir et de les entendre ; Paule surtout, qui avait le bonheur de posséder dans son palais Epiphane, pressait chaque jour le vénérable évêque de ses questions pieusement curieuses. Elle voulait tout savoir de l'admirable vie des Pères du désert. Epiphane et Paulin racontaient en détail toutes les merveilles qu'ils avaient vues. Ces récits jetaient Paule dans le ravissement. Ce fut dans ces entretiens quotidiens avec Paulin et saint Epiphane qu'elle sentit naître dans son âme la première inspiration du dessein qu'elle devait exécuter un jour. En entendant parler des Antoine et des Hilarion, des prodiges de la Thébaïde, et de ces femmes et de ces vierges qui rivalisaient sur les bords du Nil d'austérités avec les solitaires, le dégoût de Rome et du monde, déjà si profond en elle, grandit dans une telle proportion, et l'attrait vers une vie supérieure encore à celle qu'elle menait, cette vie que les Pères du désert s'étaient créée et dont l'idéal venait de lui apparaître de si près, la saisit si vivement, qu'il y avait des moments où, perdant le souvenir de sa maison, de ses biens, de ses enfants, de sa famille, elle aurait voulu sur-le-champ, s'il eût été possible, s'en aller pour jamais dans la solitude des Antoine et des Paul.
Paule et Marcelle et leurs saintes amies désirèrent vivement se mettre en rapport avec le compagnon des deux évêques orientaux resté à Rome, saint Jérôme, et profiter, en même temps que le Pape, des lumières de ce moine austère et docte qui portait, pour ainsi dire, le désert sur son visage, et en qui elles pressentaient un appui nécessaire pour leur genre de vie déjà si combattu, et un maître incomparable dans la science et dans la vie chrétiennes. Jérôme se décida à faire des lectures et des explications des saints livres à l'Aventin. Il eut bientôt reconnu quels disciples il avait dans ces femmes si cultivées. « Ce que je voyais en elles », écrivait-il plus tard, « d'esprit, de pénétration, en même temps que de ravissante pureté et de vertu, je ne saurai le dire ». Comprenant donc ce qu'il pourrait faire avec des âmes ainsi disposées, et jusqu'où elles pouvaient aller avec un guide qui saurait les conduire, il résolut de ne pas manquer à une pareille œuvre ; et rien n'est plus touchant que la familiarité pleine de confiance et de respect, l'amitié illustre et pure, qui se forma entre elles et lui ; leur étonnante ardeur, leur admirable docilité à suivre la direction de ce grand maître, et l'active sollicitude, les soins dévoués de l'austère moine, pour leur révéler les trésors des Livres saints et les soutenir dans leur vie héroïque.