Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)
Publié : sam. 20 juin 2020 21:44
Du reste, ce qu'elle avait prédit, ce qu'elle avait demandé arriva. Ce jour même de Pâques et le lendemain ses douleurs redoublèrent d'intensité. On s'apercevait bien que les tortures, par moments, allaient jusqu'à un effrayant paroxysme, mais tant de fois on avait eu ce douloureux spectacle ! Et puis il y avait en elle un tel reflet de sérénité et de bonheur, que personne ne soupçonna un instant l'imminence du danger.
On arriva ainsi au mardi. La foule accourait toujours. Dès le matin, la chambre se trouvait pleine. « Mon père, dit la vierge à son confesseur, et vous, poursuivit-elle en s'adressant aux autres assistants, vous tous que j'ai toujours vus si empressés à m'obliger, accordez-moi une grâce. Je désire vivement rester seule aujourd'hui; montrez-moi que vous êtes pour moi des amis fidèles en vous rendant à ma prière. Vous pourrez d'ailleurs être sans inquiétude; je garderai près de moi mon petit neveu Baudouin; en cas de nécessité, il ira vous avertir. » On ne vit là rien d'extraordinaire.On s'imagina que la sainte ne voulait, comme tant d'autres fois, que suivre l'attrait qui lui faisait chercher la solitude, afin de mieux prier. Tout le monde se retira. Mais en réalité,c'était l'heure qui était venue, c'était le terrible et dernier combat qui allait commencer, ce combat de l'agonie que l'héroïque crucifiée avait résolu de soutenir en restant seule, bien sûre que le céleste Époux ne lui manquerait pas et la soutiendrait.
Quand donc tout le monde fut sorti, elle se mit à réciter les dernières prières; elle fit elle-même la recommandation de son âme. Mais à peine achevait-elle, que déjà elle entrait en agonie. Et ce fut une longue, une épouvantable agonie Depuis sept heures du matin jusqu'à quatre heures de l'après-midi, ce pauvre corps fut comme broyé par des tortures qui n'ont pas de nom. D'effrayants spasmes se succédaient; vingt fois en un instant des vomissements d'une incroyable violence recommençaient; les secousses étaient telles, que le fiel même s'échappait, souillant la bouche et les lèvres de l'incomparable martyre.
Enfin une dernière et plus affreuse crise survint. Se sentant étouffée, elle s'écria sur sa croix : « Ah ! mon cher enfant, si mon père savait combien je souffre !» De son côté, le pauvre enfant se lamentait. « Ma tante ! ma tante, disait-il en pleurant, en courant autour du lit; ma pauvre tante ! Est-ce votre confesseur que vous voulez ? Faut-il que j'aille le chercher ? Ma bien-aimée tante, oh ! parlez-moi, répondez-moi donc ! » Mais la Bienheureuse ne parlait plus. Déjà elle se débattait dans les convulsions de la mort. Épouvanté, hors de lui, l'enfant s'élance, court à l'église où on célébrait un service funèbre auquel assistait la ville presque entière. Il appelle le prêtre, il appelle les pieuses femmes, amies de sa tante. On accourt, on se précipite vers le lit de la vierge. Tout le monde lui parle. « Lidwine, disait l'un, que sentez vous ? qu'éprouvez-vous? - Lidwine , ajoutait un autre, voulez-vous recevoir le sacrement de l'Extrême Onction ?- Mais elle est morte ! s'écriait celui-ci avec terreur ! - Non, non, reprenait celui-là, elle n'est ni morte, ni plus malade qu'auparavant; vous voyez bien qu'elle est en extase. Regardez donc ! Comme elle est calme et sereine ! quel air de félicité contemplative !»