SWS, Livre II, I, C5, §83 traduit par le chartreux a écrit :
II. 2. Les raisons intrinsèques de la libre élection de Dieu et la solution des difficultés résulteront des explications suivantes.
(a) Dieu possède une parfaite liberté de choix pour décider s'il appellera ou n'appellera pas à l'existence des êtres hors de Lui. La raison en est que Dieu connaît les êtres qui existent hors de Lui comme n'étant ni nécessaires en soi, ni nécessaires à sa perfection ; ils ne peuvent servir qu'à glorifier au dehors sa perfection. Dieu n'en a pas besoin non plus, parce que sa gloire intérieure lui suffit. Il doit sans doute, dès qu'Il se décide à créer, avoir en vue sa gloire comme quelque chose qui lui convient de la part des êtres créés ou à créer, et Il est aussi déterminé à créer par l'amour de sa propre gloire, c'est-à-dire de sa bonté, de sa beauté et de sa dignité suprême. Mais s'Il ne veut pas créer, Il n'a pas besoin de revendiquer sa gloire au dehors. Or l'amour de Soi ne le détermine à créer qu'autant qu'Il lui parait convenable qu'Il soit glorifié et sa gloire communiquée au dehors, qu'Il peut se complaire dans cette glorification extérieure en vertu de l'amour et de l'estime qu'Il a pour Lui-même. Il peut s'y complaire, mais Il n'y est pas obligé, parce qu'Il peut exercer autrement son amour et Son estime de Lui-même. Il peut faire valoir sa gloire absolue sans rien produire au dehors, en se glorifiant Lui-même comme le seul bien qui lui est absolument nécessaire ; d'autant plus que, selon le dogme de la Trinité, Dieu trouve en Lui-même un exercice vraiment infini de sa fécondité et de sa bonté communicative.
(b) Dieu est encore libre de créer un monde plus ou moins parfait, et la libre résolution qu'il prend de le faire ne tend pas nécessairement vers le plus parfait des mondes possibles. Chaque monde réellement existant, par cela seul qu'il est fini, peut être conçu plus parfait, et Dieu, dont la sagesse, la puissance et la bonté infinies dépassent tout objet fini, doit pouvoir en produire un plus grand et un plus parfait. Tout ce qu'on peut dire se réduit à ceci : supposé en ce qui concerne le monde, un but précis et une idée d'ensemble précise, la perfection morale de Dieu exige qu'Il réalise ce but et cette idée de la manière la plus convenable ; elle exige que Dieu, but suprême et dernier du monde, poursuive sa propre gloire. Dieu n'est donc pas libre, mais il est tenu par sa sagesse et sa bonté, d'ordonner pour le mieux le particulier en vue du tout, et le tout en vue de son but final.
(c) Dieu est libre dans le choix des êtres particuliers sur lesquels et par lesquels Il veut réaliser le plan du monde ; puis dans le choix de la place que chaque être doit occuper dans l'ensemble, et enfin dans la distribution qu'Il leur fera de ses dons. Cela est vrai surtout des êtres de la même espèce, !es hommes par exemple, qui n'ont aucun avantage les uns sur les autres avant la résolution de la liberté divine ; ils sont les uns à l'égard des autres comme l'argile devant le potier, selon la spirituelle comparaison de L'Écriture. Dieu, en dispensant à tous ce qui revient à leur nature, peut donner à l'un de plus grands biens et en plus grande profusion qu'à l'autre.
Jér. 18:3-7 a écrit :
3 Et je descendis à la maison du potier, et voici, il travaillait sur sa roue. 4 Et le vase qu’il faisait de ses mains avec l’argile fut manqué (se brisa dans ses mains) et il se mit à en faire un autre vase, comme il plut à ses yeux de le faire. 5 Et la parole du Seigneur me fut adressée en ces termes : 6 Ne pourrai-je pas agir envers vous comme ce potier (a fait à son argile), maison d’Israël ? dit le Seigneur ; car comme l’argile est dans la main du potier, ainsi vous êtes dans ma main, maison d’Israël. 7 Soudain je parlerai contre un peuple et contre un royaume, pour l’arracher, et pour le détruire, et pour le perdre
Cf. aussi Sira. 33:10, et suiv. ; Rom 9:20 et suiv.