Biographie Mgr Thuc ?

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Abbé Zins
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

Message par Abbé Zins »


En contraste avec cette déclaration de Thuc concernant son frère aîné, Ngô-dinh-Khôi :

« enseveli "vivant avec son fils unique" pour avoir refusé de collaborer avec les communistes athées »,

il est bon de citer le témoignage du Maréchal de Lattre de Tassigny, montrant une attitude bien différente de ses deux frères cadets, Diem et Thuc, en lequel transparaît en outre la personnalité opportuniste de Thuc.

Note du Haut-Commissaire d’Indochine, le Maréchal de Lattre de Tassigny, remise au Pape Pie XII lors de sa réception avec son épouse par le Pape, le 17 octobre 1951 :

Maréchal de Lattre de Tassigny a écrit :

« Des conseils pourraient encore être donnés aux dirigeants politiques catholiques. Les Catholiques ont une estime particulière pour M. Ngo Dihn Diem. C’est donc cette personnalité qu’il faudrait toucher, ainsi que son frère, Mgr Ngo Dihn Thuc, Evêque de Vihn-Long.

Cette famille influente, mue par un nationalisme aveugle, n’a jamais ouvertement condamné le Viethmin. Elle apporte aux rebelles, par son opposition aux autorités légales, une aide indirecte. Elle encourage à tout le moins l’attentisme.

Il est paradoxal que des catholiques sincères fassent ainsi le jeu de communisme.

Ils seraient donc extrêmement désirable que le Vatican lui fasse ressortir qu’en travaillant pour le Viethmin, elle travaille pour le communisme.

Cette attitude n’a aujourd’hui aucune justification, puisque la France a réalisé l’indépendance du Vietnam.

Si la famille des Ngo se ralliait franchement et officiellement à la solution actuelle, les conséquences suivantes se produiraient.
1° Le Catholicisme referait son unité, au moins dans la zone libre.
2° Cette force pourrait concourir au rétablissement de la paix.
3° Un dirigeant catholique pourrait être appelé à de très importantes fonctions gouvernementales.»

(Note, citée par Claude Paillat, dans “Dossiers secrets de l’Indochine”, Ed. Presses de la Cité, 1964, p. 311s)



Ce que confirme Mme de Lattre, dans le tome 2 de son livre : “Jean de Lattre, mon mari”, Ed. Presses de la Cité, 1972, en relatant la teneur de leur audience par le Pape Pie XII :

Mme de Lattre a écrit :
« Après avoir assuré le T-S Père de son respectueux et filial attachement, mon mari expose la situation religieuse dans l’Indochine. Il demande la désignation d’un Délégué Apostolique, qui pourrait être le RP Dooley.

Jean présente le nationalisme un peu particulier des catholiques vietnamiens qui n’ont pas tous encore, il s’en faut, pris nettement position face au communisme.

Je sais qu’en parlant ainsi Jean fait surtout allusion à Ngo Dihn Diem, fort estimé des catholiques vietnamiens, ainsi qu’à son frère, Mgr Ngo Dihn Thuc, Evêque de Vihn-Long, qui mus par un nationalisme aveugle, n’ont jamais ouvertement condamné le Viethmin.

Si les catholiques apportaient leur concours dans la lutte pour l’indépendance et la liberté du Vietnam, ils combattraient pour leur propre existence.

L’approbation est sans réserve. (Elle cite le Pape Pie XII :)

M. le général, vous avez raison. Vous faites une oeuvre de défense de la civilisation et de la Chrétienté contre le marxisme. Nous vous aiderons autant que nous le pourrons. Voulez-vous un nonce ?
- Pas tout de suite.
- Alors, comme vous me le demandez, Nous désignerons un Délégué Apostolique.
- Pouvez-vous, T-S Père, faire le plus tôt possible ce que vous voudrez bien juger utile. D’ici un mois ?
- Je vous le promets.»

(Op. cit. p. 360)

Mme de Lattre évoque plus loin les bons résultats qui en ont découlé.

Mme de Lattre a écrit :« Une grande nouvelle, que Jean espérait depuis son voyage à Rome, était parvenue pendant notre voyage à Nihm-Bihn. Celle de la nomination de Mgr Dooley comme Délégué Apostolique, avec le rang d’Archevêque.

Le grand événement politique de cette période fut le dîner épiscopal organisé le 7 novembre, à la fin du congrès. Il se déroula dans un climat extraordinaire. J’avais Mgr Dooley à ma droite. Il semblait reconnu par tous comme le chef indiscutable de la hiérarchie ecclésiastique en Indochine. Nous avions invité tous les évêques français, espagnols et vietnamiens, ainsi que les supérieurs des ordres religieux.

De bons évêques français à barbe blanche me disaient : - Tout a changé ! depuis que le Haut-Commissaire a été à Rome. Jamais nous n’aurions espérés cela. “Ils” sont tous dans l’obéissance. Depuis trois jours, on n’a parlé que de religion, pas du tout de politique.»

(p. 374)

Et Mme de Lattre conclut ainsi : « Le plus dur », jusque là dans le sens opposé, « Mgr Thuc, était tout épanoui.» (p. 376).

On est loin des durs “anti-communistes”. Cela sent plutôt l’opportunisme à plein nez.

« Le plus dur » ; et, tout d’un coup, le plus épanoui.

Ayant jusque là encouragé des jeunes à rejoindre le viethmin communiste, malgré la condamnation sans appel faite par le Pape Pie XI, en son Encyclique Divini Redemptoris, publiée le 19 mars 1937 :

Pape Pie XI a écrit :
« Le communisme est intrinsèquement pervers,

et l’on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui

de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne.»
Si vis pacem
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

Message par Si vis pacem »

 
Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Ma sœur aînée, Ngô-thi-Giao, mariée à Monsieur Trûong-dînh-Tung, était une femme d'un caractère très gai, aimant la plaisanterie, les taquineries innocentes. Cet extérieur cachait une profonde charité. C'est pourquoi Dieu l'a faite mère de quatre religieuses, trois sœurs de la Charité de St-Paul et une Amante-missionnaire de la Croix. Ces quatre religieuses étaient de vraies religieuses, estimées des Évêques missionnaires qui les avaient comme collaboratrices, femmes énergiques et héroïques bravant les fatigues et la mort pour obéir aux Évêques. Mgr Seitz, évêque de Kontum pourrait porter témoignage de l'éloge que je viens de faire à l'encontre de deux de mes nièces qui l'ont efficacement appuyé dans le siège de Kontum par les Rouges. La cadette de mes nièces religieuses mourut en odeur de sainteté en France et repose avec ses sœurs en religion dans la crypte leur appartenant au Grand-cimetière de Nice.

Ma sœur mourut de la tuberculose contractée en soignant mon beau-frère souffrant de cette maladie. C'est certainement grâce à elle que son mari mourut en bon chrétien. Dieu seul connaît ses actes de charité, qu'elle cachait soigneusement, actes de charité qui lui coûtaient cher parce qu'elle était veuve et qu'elle n'était pas riche avec de nombreuses bouches à nourrir.
 
 
Si vis pacem
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Entre moi et mon frère Ngô-dinh-Diêm, le futur Président de la République du Sud-Vietnam, était intercalé un petit frère mort en bas-âge. Il était peut-être celui que je connaissais le mieux quoique pas très intimement à cause de mon état de séminariste et de ses charges de mandarin.

Mon frère Diem était unique comme chrétien et comme autodidacte. N'étant pas son confesseur, je ne pouvais pas porter un jugement sur sa sainteté appuyé sur la confession sacramentelle, mais, du dehors, je n'ai jamais aperçu dans sa conduite quelque chose contraire à la loi de Dieu. Certes, il avait ses petits défauts, de petits travers ; il avait beaucoup d'efforts à faire pour dompter ses colères, lui qui accomplissait ses devoirs d'état à l'instar du plus austère moine, à la vue de la négligence des fonctionnaires sous ses ordres. La vertu qui éclatait chez lui c'était la chasteté, jamais un mot, un regard déplacé, jamais ses yeux ne tombaient sur un roman douteux. Il se contentait des livres de la Bonne Presse. Son temps libre était consacré à s’instruire. Autodidacte, il n'avait eu des études régulières que pendant quelques années chez les Frères des Écoles Chrétiennes, études couronnées par le diplôme complémentaire acquis avec "maxima cum laude" et félicitations du Jury, à l'âge de seize ans et tremblant de fièvre pendant l'examen.

Il possédait les caractères chinois et pouvait correspondre par l'écriture chinoise avec les Chinois et les Japonais. Il exagérait, peut-être, quand il désirait se faire comprendre, quoiqu'il connût toutes les nuances de la langue française. Excès de zèle. Excès pour la perfection. Son grand lit de camp était environné d'une palissade de livres de tous genres mais toujours sérieux. Encore petit écolier, il avait une chandelle à côté de son lit, lui-même se levait de bon matin, allumait sa chandelle et, dans la nuit, commençait à étudier ses leçons, à faire ses devoirs. Il était toujours le premier et premier en tous genres. Il fallait un homme pour ramener à la maison sa moisson de couronnes de lauriers et ses gros livres de prix, après chaque fin d'année scolaire.

Je ne l'ai jamais vu perdre son temps. Quand il devint haut-mandarin, avec un traitement meilleur, ses passe-temps furent la photographie et la chasse, mais jamais ces innocentes distractions n'empiétèrent sur ses heures de travail pour le peuple et l'État.

Séminariste, je rentrais chez moi pour les deux mois d'été et me trouvais en famille, avec papa, maman, mes frères et petites sœurs. Mon frère aîné était petit-mandarin hors de Hué, ma sœur aînée ne mangeait pas avec nous mais dans la cuisine où elle nous préparait les repas.
 
 
Si vis pacem
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Pendant ses vacances, mon frère Diêm, alors qu'il n'était pas encore mandarin, s'amusait à obliger mes deux petites sœurs et mes deux petits frères "à jouer à la guerre". D’abord, il leur dessinait sur les lèvres des moustaches avec un bouchon de liège calciné et les fusils étaient faits du noyau central des grandes feuilles de bananiers. C'était d'un comique ! mais Diêm faisait tout sérieusement et conduisait cette armée, composée de deux petits soldats et de deux petites soldates, en martelant le sol de leurs pieds nus : Un-deux, Un-deux. Gare au soldat distrait, un coup de sabre sur le derrière le rappelait à l'ordre. Tantôt Diêm occupait ses frères et sœurs à faire un petit jardin.

Le soir, après le souper, nous étions réunis, tous les enfants agenouillés sur une estrade, à chantonner nos prières du soir. Diêm se promenait autour de l'estrade et gare à celui ou celle qui était distrait ou dodelinait la tête, accablé par le sommeil. Les prières finies, les garçons couchaient sur l'estrade, les filles allait coucher avec leur grande sœur dans la maison du milieu. Car notre habitation se composait de trois bâtiments principaux, la bâtiment du milieu, maison vietnamienne où couchaient les femmes. L'aile droite était une maison à étage, occupé en bas par notre père et en haut par Diêm et par moi. L'aile gauche comportait le grenier à riz et la cuisine où couchaient les domestiques. Plus loin, se trouvait la porcherie et à la suite les meules de foin. Nous avions un très grand jardin planté d'aréquiers, de figuiers, de caramboliers, de pruniers. Grâce à ce très grand jardin, nous n'allions pas nous amuser dans la rue ou chez les autres. Nous ne sortions que pour la messe quotidienne et pour aller à l'école, les filles pour se rendre au marché.

Ce que je viens de raconter sur mon frère Diêm pourrait induire le lecteur à croire que mon frère était toujours sérieux. Loin de là, Diêm était parmi nous celui qui était le plus sensible au travail des autres. Il était aussi très habile à imiter la démarche, la voix des gens, ce qui excitait le rire. Notre mère, si charitable, ne pouvait s'empêcher de rire, ou plutôt de sourire, quand Diêm, un bâton à la main, tout courbé, marchait et singeait son parrain, le médecin Thuyen, et imitait sa manière de parler. Il était alors d'un comique achevé. En cela, il était un authentique vietnamien qui, comme le Français, est né moqueur, mais innocent moqueur, habile à observer les travers des autres et à les imiter.
 
 
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
L'enfant qui suivit Diêm était ma petite soeur Hiêp. C'était la plus douce de la famille. La plus dévouée, la plus patiente aussi ; elle était belle comme une madone. Tout le monde l'aimait. C'est elle qui déchargeait notre mère en s'occupant des derniers-nés, Cân et Luyên. Elle les portait, leur donnait la becquée, les berçait dans le berceau en osier qui avait servi à tous les petits Ngô-dinh. Ce berceau était suspendu par une longue corde au plafond en bois de la maison du milieu. Du berceau, l'enfant pouvait apercevoir une grande image représentant le Père Éternel, clouée sur la cloison qui délimitait la petite chambre de notre mère, petite chambre qui avait vu la naissance de tous les petits Ngô. Là se trouvait aussi l'armoire contenant des confitures de toutes sortes, faites par Maman, ainsi que le vin fait avec des mûres sauvages, fruits que tous les ans nous offraient les gens de notre village natal au Quâng-Binh, province au bord de Hué dont cette ville est séparée par la province de Quang-tri.
 
 
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Ici, je dois m’arrêter un moment pour expliquer une tradition sui-generis du Vietnam. Mes frères et sœurs, comme moi-même, tous sommes nés à Hué - qui est la capitale mystique de l'Annam et le chef-lieu de la petite province de Thûa-Thiên, mais nous sommes tous citoyens du village de Dai-phong où avaient vécu nos ancêtres venus du Nord, c'est-à-dire du Thanh-hûa et du Tonkin. A Dai-phong se trouvent leurs tombeaux. A la grande Maison communale, se trouvaient les registres contenant le nom de tous les mâles inscrits du village. A la Maison communale, qui est aussi le temple, se trouvent les tablettes des génies protecteurs du village, Protecteurs que l'Empereur octroyait à chaque village. Ces Protecteurs, analogues aux Saints, protecteurs des villes en pays de chrétienté, sont choisis parmi les héros vietnamiens, généraux ou grands Lettrés, grands mandarins. A la Maison commune, se réunissait le Conseil du village. Cette maison de Dai-phong était connue par ses colonnes énormes et très hautes.

Naguère, avant que le Centre Vietnam fut bien peuplé, des pionniers sous la conduite d'un leader quittaient leur village d'origine pour essaimer ailleurs où se trouvaient espace et terres fertiles. Arrivés à l'endroit qui présentait ces avantages, on faisait le partage de la terre, partage égal au nombre de pionniers. Le leader recevait une part plus ample pour compenser ses dépenses et son initiative. Chaque pionnier partageait son lot entre ses fils et ainsi de suite jusqu'à ce que les lots ne suffisant plus à nourrir leurs propriétaires, alors, comme font les abeilles, un essaim se détachait de la ruche-mère et allait ailleurs fonder un autre village. Tout ceci explique les relations entre les villageois et les originaires du village habitant ailleurs. A l'instar de notre père qui quitta Dai-phong pour se fixer à Hué mais conservait toujours son lot de rizière à Dai-phong.

Il en consacrait les revenus pour soutenir l'école catholique du village et pour l'entretien des tombeaux de nos ancêtres. Notre village se trouve dans le territoire qu'on appelait Les deux Sous- préfectures ― en vietnamien : Hai huyên ― célèbres pour la fertilité de ses rizières. La province de Quang-Binh était renommée pour avoir fourni à la Patrie de grands citoyens, grâce à la profondeur de ses fleuves et la hauteur de ses montagnes.
 
 
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Cette parenthèse sur une originalité du système communal vietnamien fermée, je reviens sur les membres de ma famille.

Après ma sœur, la douce Hiêp, venait son opposée, ma sœur Hoang. Opposée au point de vue caractère, mais s'aimant beaucoup. De petite taille, mais bien proportionnée, d'une vive intelligence – très pratique, c'est la seule, parmi nous, à se constituer une belle fortune. Elle eut, comme mari, un garçon appartenant à une famille de notables de notre paroisse, la même d'où est sorti le mari de Hiêp. Il s'appelait Lê. Il était entrepreneur, comme son père. Énergique, il gagnait de l'argent mais mourut relativement jeune de tuberculose, laissant ma sœur Hoang avec une petite fille, mariée plus tard, à M. Trân-trung-Dung, licencié en Droit, l'un des ministres de mon frère Diêm.

Ma sœur Hoang, à l'étonnement de tous, devint aussi "entrepreneur" et réussit. Elle mourut après avoir vu sa fille mariée et mère d'une petite fille. J'ai assisté à ses derniers instants. Elle fut courageuse jusqu'à la fin.
 
 
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Mon frère Cân' est le seul, parmi mes frères, à ne posséder aucune peau d'âne. Cela était dû à sa santé bien branlante, dès l'enfance.

Mais il représentait l'élément paysan parmi nous, presque tous intellectuels et mandarins. Le paysan vietnamien était, comme le paysan français, madré, pratique, terre à terre. Cân' parlait leur langage et savait se faire comprendre d'eux. Ce fut Cân' qui organisa le parti politique puissant qui appuya la politique de mes frères Diêm et Nhu. Il réussit à réunir des fonds considérables, nécessaires pour toute organisation politique, par le commerce de la cannelle. Cân', Sans aucun mandat politique, ne parlant pas couramment le français, réussit à devenir le gouverneur occulte du Centre Vietnam.

Il n'est jamais sorti du pays. Il venait, rarement, à Saigon. Il ne connaît pas le Tonkin, mais il possédait des bateaux et maniait des millions de piastres. C'était une puissance. Les gouverneurs officiels du Centre-Vietnam le consultaient sur l'administration du pays.

Sa fin fut tragique mais héroïque, en digne descendant des Ngô.
 
 
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Après l'assassinat de mes frères Diêm et Nhu par les soudards payés par les Américains, Cân' disparut de la circulation. Il fut découvert par un stratagème du consul américain à Hué ― un catholique ― Sachant que Can' était très ami des Pères Rédemptoristes canadiens de Hué ― Cân' avait donné des millions aux Pères Rédemptoristes pour la construction de leur belle église de Hué ―, ce consul prit contact avec le Père Supérieur du couvent et lui dit :

- Je ne sais pas pourquoi M. Cân' se cache. Nous n'avons rien contre lui. Si vous connaissez sa cachette, dites-lui qu'un avion américain sera à sa disposition pour se rendre à Rome rejoindre son frère l'Archevêque.

Le Père Supérieur consulta ses confrères et prit contact avec Cân'. Cân' consentit et exigea du Consul américain un document en trois langues : français, anglais et vietnamien, assurant aux P.P. Rédemptoristes et à mon frère que le Gouvernement américain amènerait mon frère à Rome pour me rejoindre. Mais, le jour convenu, un avion américain descendit à l'aéroport de Phû-Bâi, près de Hué, prit mon frère à bord, piqua sur Saïgon et atterrit à l'aéroport Tân-son-Khûlt à Saïgon pour remettre mon frère aux généraux rebelles, assassins de mes frères. Voilà la sale politique américaine, le vrai visage de la CIA ― per fas et nefas.

On mit mon frère au cachot, gardé dans une cage jour et nuit. On lui fit un procès politique. On le condamna à être fusillé. Tout cela a pu être fait par une permission de la Providence de Dieu. Cân', il faut le dire, était ― au point de vue religieux ― le moins catholique parmi nous. Il remplissait son devoir pascal, ne s'endormait qu'après avoir dit son chapelet, assistait tous les dimanches et fêtes à la Sainte Messe, était charitable, mais il n'était pas fervent et se limitait à la seule Communion pascale. Dieu toléra le guet-apens dressé contre lui par les Américains et permit le procès inique contre lui afin qu'il put mourir en chrétien.
Dans sa cage, pendant plus d'un mois, il reçut la Sainte Communion tous les jours, assisté par un rédemptoriste vietnamien, filleul de mon frère Diêm. Il mourut, courageusement, le Rosaire dans une main et de l'autre main indiquant son cœur aux soldats du peloton d'exécution en criant : « Visez ici ! Vive le Vietnam ! ». S'il a vécu chrétien peu fervent, il mourut en vrai catholique et vietnamien sans peur.
 
 
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

Message par Si vis pacem »

 
Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Notre frère cadet Luyên est celui qui eut une éducation soignée et complète, grâce au dévouement de mes frères Khôi et Diêm. Après les études primaires chez les frères à Hué, il fut envoyé en France à 12 ans. Il entra en 6e au collège de Juilly, chez les PP. Oratoriens. Luyên était très intelligent, toujours le premier de sa classe. De la 6e, il sauta en 4e puis en 2e. Il obtint son baccalauréat et réussit à entrer à l’École Centrale des Ingénieurs à Paris et en sortit ingénieur. Il rentra au Vietnam, fut directeur du cadastre, d'abord au Vietnam puis au Cambodge qui était, alors, sous protectorat français.

Quand mon frère Diêm fut nommé Gouverneur du Sud-Vietnam, Luyên conduisit la Délégation vietnamienne du Sud à Genève, en Suisse, pour discuter sur la destinée du Vietnam. Le Vietnam du Sud, isolé, ne put éviter la séparation d'avec le Nord-Vietnam qui, outre le Tonkin, engloba les provinces du Centre jusqu'à la rivière de Cua-Tung.

Le Vietnam du Sud, dirigé par Luyên, refusa de souscrire aux accords de Genève, mais ne put faire autrement que de subir cet échec. Diêm mit toute son énergie à préparer la revanche par la formation d'une armée forte, une administration modèle, l'union du Vietnam du Sud, en balayant toutes les armées privées, car, quand Diêm, obtempérant aux instances de l'Empereur Baodai, remis sur le trône par la France, s'installa à Saïgon, cette ville-nouvelle capitale avec ses environs immédiats, était le fief de Baŷ Viên, un bandit. La province de Tâyninh était le fief des Caodaïstes, celle de Soetrang le fief des Hoahaô.
 
 
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