Re: LÉGENDES DES CROISADES
Publié : mar. 06 sept. 2016 17:18
A suivre...Une des premières troupes qui se réunit en forme d'armée, et qui s'éleva bientôt au nombre de cent mille combattants, partit des bords de la Meuse. Elle était composée d'hommes de toutes nations. N'ayant point de chef, elle choisit Pierre l'Ermite, qui, se faisant illusion aux souvenirs des guerres auxquelles il avait pris part autrefois, ou plutôt croyant que le zèle suffisait à tout, eut la faiblesse de consentir à être un faible général, après avoir été un brave guerrier et un heureux apôtre.
Il ne changea ni de vêtement ni de monture. Lors qu'il se vit à la tête de cette multitude trop nombreuse, il la divisa en deux corps. La première colonne marcha sous les ordres d'un capitaine habile et vaillant, que tous les chroniqueurs nomment Gauthier sans avoir, apparemment parce qu'il ne possédait pas de domaines. Ce chef, qui avait une innombrable quantité de fantassins et huit chevaux seulement, passa le Rhin le 8 mars 1096. La seconde colonne resta soumise au commandement de Pierre et suivit l'autre à quelques jours de distance.
Ces deux bandes tumultueuses traversèrent heureusement l'Allemagne. Mais chez les Hongrois et chez les Bulgares inhospitaliers, les croisés, contraints de recourir à la violence pour arracher des vivres, se virent si cruellement maltraités, que des cent mille hommes qui avaient passé le Rhin, le quart à peine arriva à Constantinople, où l'empereur Alexis Comnène, par égard pour le prédicateur de la croisade, qu'il combla de prévenances, leur fournit des vivres et des vaisseaux. D'autres malheurs les attendaient au delà du Bosphore.
L'armée que conduisait Pierre l'Ermite n'était pas la seule qui se fût engagée imprudemment. Un prêtre allemand, Gotschalk, ayant secondé Pierre en prêchant la guerre sainte dans son pays, partit sur les pas des premiers croisés, à la tête de vingt mille hommes, qui se firent massacrer aussi en Hongrie. Une autre armée de croisés, Français, Flamands et Italiens, presque aussi nombreuse que celle de l'Ermite, partit encore des bords de la Meuse, commandée par deux hommes que l'on ne connaît que sous les noms d'Emicon et Volkmar. Ceux-là, plus grossiers encore, marchaient au hasard, ignorant jusqu'à la route qu'ils devaient tenir, et dirigés, à ce que l'on assure, par une chèvre et une oie, à qui ils supposaient quelque chose de divin. Dans tous les lieux où ils passaient, ils commençaient la guerre contre les infidèles par le massacre des juifs, et se montraient sourds à la voix des évêques qui s'opposaient de tout leur pouvoir à de telles barbaries. Presque tous ces croisés périrent avant d'atteindre l'Asie.