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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : mar. 02 déc. 2025 9:15
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
Section 246. Nature des sacrements.
I. Tout comme il a plu à Dieu d'ordonner que les hommes l'adorent par certains actes extérieurs qu'on appelle sacrifices, de même il a plu à son divin Fils de commander que la grâce soit appliquée à nos âmes par des actes extérieurs qu'on appelle sacrements. Le même principe est à l'œuvre dans les deux cas. L'homme est composé d'un corps et d'une âme ; les deux appartiennent à Dieu ; les deux coopèrent, que ce soit dans la vertu ou dans le péché ; il est donc logique que les deux participent à l'adoration de Dieu, et qu'ils soient unis dans la sanctification (cf. S. Thomas, IIIa, q. 61, art. 1).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : mer. 03 déc. 2025 8:54
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
Il est important de toujours garder à l'esprit que le sacrement est un acte, et un acte extérieur ; c'est quelque chose que l'on fait, pas quelque chose que l'on fabrique. Les sacrements sont certes souvent appelés des choses (
res) ; mais comme le terme d'acte est plus précis que le terme de chose, il est préférable dans ce contexte :
S. Thomas, IIIa, q. 60, art. 6, ad. 2 a écrit :
Sub rebus autem comprehenduntur etiam ipsi actus sensibiles, puta ablutio, inunctio et alia hujusmodi, quia in his est eadem ratio significandi et in rebus
Cf. aussi Billot, p. 27.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : jeu. 04 déc. 2025 8:48
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
De plus, l'homme a une vie surnaturelle en plus de sa vie naturelle, et ses actes surnaturels présentent une analogie avec ceux qui sont naturels. Il naît, est nourri et meurt, à la fois naturellement et surnaturellement. Notre Seigneur, quand il a institué les sacrements, a pris certains actes de notre vie quotidienne, qui par eux-mêmes ne produisent qu'un effet naturel, et les a élevés au niveau surnaturel, en les rendant capables de produire des effets surnaturels, quand ils sont accomplis avec certains signes supplémentaires.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : ven. 05 déc. 2025 8:55
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
II. Les termes de "matière" et de "forme" ne commencent à être appliqués aux sacrements qu'à partir du début du XIIIᵉ siècle. Les Pères parlent bien fréquemment de la forme d'un sacrement (par ex. S. Augustin, lib. i, De Peccat. Merit., et Remiss., c. 34), mais ils entendent par là tout le rite extérieur par opposition à la grâce intérieure. Même des auteurs aussi tardifs que S. Victor (mort en 1141), S. Bernard (mort en 1153), et le Lombard (mort en 1164 ; il écrit cependant à un endroit : Sacramentum est invisibilis gratis visibilis forma) n'emploient jamais ces expressions ; on ne les trouve pas non plus dans les décrets du quatrième concile du Latran (1215).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : sam. 06 déc. 2025 9:49
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
Mais dès que la métaphysique aristotélicienne s'est répandue dans les écoles chrétiennes, il était tout naturel que la grande distinction entre matière et forme s'appliquât à des choses qui relevaient éminemment de la théologie : les sacrements. La distinction semblait d'ailleurs toute trouvée. La célèbre citation de S. Augustin était comme une anticipation de la nouvelle terminologie :
Tract. lxxx in Joan., n. 3 a écrit :
Quid est aqua nisi aqua? Accedit verbum ad elementum et fit sacramentum
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : lun. 08 déc. 2025 8:07
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
Il n'est donc pas étonnant que les deux termes aient été immédiatement acceptés par les deux écoles rivales des scotistes et des thomistes, et qu'ils aient été utilisés au concile de Constance (Contra Wicl. et Hus.), Florence (Decr. pro Armenis), et Trente (sess. 14 ch. 2 et 3 ; De Extr. Unct., ch. 1).
Au concile de Florence, Eugène IV rédigea pour les délégués arméniens une définition de la doctrine et de la discipline de l'Église romaine. Le texte contenait le symbole de Nicée, les définitions du concile de Chalcédoine, et le troisième concile de Constantinople, le décret prenant acte de l'acceptation du concile de Chalcédoine et la lettre de S. Léon ; venaient ensuite une instruction sur les sacrements, le symbole de S. Athanase, le décret d'union avec les Grecs, et le décret sur les fêtes. Il suffit de parcourir cette instruction des yeux pour se rendre compte que le Pape n'avait pas l'intention de produire une définition dogmatique sur le sujet, mais uniquement de rapporter l'enseignement et la pratique commune de l'Église d'Occident. (Cf. l'Enchiridion de Denzinger, au lxxiii. B ; et Franzelin, De Traditione, p. 120).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : mer. 10 déc. 2025 7:54
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
Le concile de Trente ne parle pas de matière ou de forme dans les décrets généraux sur les sacrements. Le seul endroit où ces mots sont utilisés se trouve dans la quatorzième session, où l'on dit que l'absolution est la forme de la pénitence, et que les actes de pénitence sont quasi materia ; le baptême et la pénitence sont aussi dits différer "en leur matière et forme, qui constituent l'essence d'un sacrement" (ch. 2), et de l'extrême-onction, il est dit que l'huile bénie par l'évêque est la matière, et les paroles la forme. Dans les canons, le mot de "forme" n'apparaît nulle part, tandis que le mot de "matière" apparaît une seule fois, dans l'expression quasi materia.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : jeu. 11 déc. 2025 8:33
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
Les choses se compliquèrent cependant, quand on commença à appliquer cette distinction forme/matière à chaque sacrement en particulier. Nous exposerons les différentes opinions courantes le temps venu. Il nous suffira de dire ici que quand les scolastiques parlent de la matière et de la forme des sacrements, ils ne veulent nullement dire que les sacrements sont des choses matérielles ou corporelles. Ils veulent seulement dire que de même que les corps sont composés de deux éléments, l'un indéterminé et l'autre déterminant, dans les sacrements aussi on peut distinguer deux éléments, qu'on appelle alors matière et forme. Ce dernier mot ne risque pas trop de nous tromper, parce qu'il n'y a rien dans les sacrements qui ressemble à une forme au sens concret, une figure, un schéma. Le mot de "matière", en revanche, a l'inconvénient d'évoquer quelque chose de tangible ; et comme il y a effectivement des choses tangibles dans les sacrements, ce mot est parfois mal compris et donne lieu à un malentendu.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : ven. 12 déc. 2025 11:03
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
Les actes naturels (laver, oindre, etc.) sont la matière des sacrements, tandis que les signes distinctifs constituent la forme ; en d'autres termes, l'acte naturel est l'élément indéterminé, tandis que le signe distinctif est ce qui fait de l'acte un sacrement (S. Thomas IIIa, q. 64, art. 8). Les sacrements ne sont pas des signes naturels, mais d'un autre côté ce ne sont pas des signes purement arbitraires non plus. L'acte naturel présente une certaine analogie avec une grâce particulière, qui rend pertinent son choix pour devenir le canal de cette grâce, ainsi que le Christ l'a institué.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
Publié : sam. 13 déc. 2025 9:51
par chartreux
SWS, Livre VII, II, C1, §246 a écrit :
S. Augustin, [i]Ep.[/i] 98, n. 9 a écrit :
Si les sacrements ne ressemblaient en rien aux choses dont ils sont les sacrements, ce ne seraient pas des sacrements du tout
Hugues de S. Victor, [i]De Sacram.[/i], lib. i, 9ème partie, c. 2 a écrit :
[Les sacrements] représentent par ressemblance, et signifient par institution