Extraits de l'Histoire sainte de Dom Monléon

Doumé
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Doumé a écrit : jeu. 03 août 2023 8:43 GOLIATH
Le Christ cependant ne dissimule pas sa certitude de détruire l’empire du démon, comme David annonça qu’il tenait le Philistin : « Maintenant, affirme-t-il, le prince de ce monde sera jeté dehors ». Pour ce combat, il s’est d’abord revêtu des armes de Saül, c’est-à-dire de l’armure d’observances légales, s’astreignant lui-même à la circoncision et à tous les rites de la loi mosaïque, nous montrant par là avec quel respect nous devons nous soumettre aux moindres prescriptions de l’Église, même quand nous n’en comprenons pas l’utilité. Mais c’était là un joug trop rigide pour Celui qui est venu apprendre aux hommes à servir Dieu avec un cœur d’enfant.
Il prend cinq pierres, parce que ces divines paroles redisent continuellement cinq choses : les châtiments qui attendent les pécheurs, les récompenses promises à ceux qui sont fidèles, l’amour de Dieu pour les hommes, les exemples que nous devons imiter, et une exhortation constante à la prière. Dès que l’âme voit Goliath, ou l’orgueil s’approcher d’elle, qu’elle saisisse au hasard une de ces pierres, qu’elle l’envoie avec toute la force dont elle est capable, et la pensée impie sera réduite à néant.
En effet c’est bien la voix de David qui triompha de Goliath. Car, avant la pierre, la force de la prière avait vaincu le Barbare. David n’avait pas seulement armé sa fronde ; il avait commencé par dire : « Tu viens contre moi au nom de tes dieux. Moi, je marche contre toi au nom du Dieu des armées, que tu as insulté en ce jour », et c’est alors seulement qu’il lâcha sa pierre. C’est sa voix qui dirigea le projectile, qui jeta l’angoisse au cœur du Barbare, qui abattit l’audace de l’ennemi. Et pourquoi s’en étonner, puisque (la voix du juste) peut mettre en fuite même les démons ?…
Saül qui (dans la grotte) reconnaît la voix de David, qui s’attendrit et reconnaît ses fautes, est la figure des Juifs qui, en entendant la prédication de saint Pierre et des Apôtres, furent touchés de componction, confessèrent leurs péchés et reconnurent le Christ. David leur rend alors leur lance, parce que Jésus a rendu aux Juifs repentants la protection de Dieu ; mais il ne parle pas de leur restituer leur cruche d’eau, parce que jamais Dieu ne rendra aux Juifs leurs cérémonies légales, jamais leurs ablutions ni leurs sacrifices ne retrouveront quelque valeur salvatrice devant Lui.
(P.142-1002 Dom Monléon)
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Lors de l'épisode de la grotte, pourquoi David rejette-t-il ici la faute sur des tiers ?… C’est, dit saint Jean Chrysostome, parce qu’il veut donner au roi Saül la possibilité de revenir à de meilleurs sentiments. Souvent les pères en agissent ainsi avec leurs enfants. Viennent-ils à s’apercevoir que leur fils est perverti, qu’il a commis beaucoup de mauvaises actions ; quand bien même ils auraient la certitude que c’est son propre instinct, sa propre volonté qui l’a poussé au vice, cela ne les empêchera pas souvent de rejeter le tort sur d’autres, en disant : « Je sais que ce n’est pas ta faute ; d’autres t’ont séduit et gâté, c’est d’eux que vient tout le mal ». En effet, il est plus facile à celui qui s’entend tenir un tel langage de détourner ses yeux du vice, et de revenir à la vertu : parce qu’il aurait honte et rougirait de paraître indigne de l’opinion qu’on a de lui…

Lorsque David apprit la honteuse conduite d’Amnon vis à vis de sa soeur, il en ressentit une peine profonde. Cependant, il ne put se résoudre à le punir : c’était son fils aîné, l’héritier du trône ; il éprouvait pour lui une tendresse particulière. En cela il l’aima mal. Car l’Ecclésiastique dit : « Celui qui aime son, fils le corrige assidûment » 6. Et tout le monde connaît le proverbe : Qui bene amat, bene castigat. Amnon, d’après la Loi, méritait la mort. Cependant comme Thamar, sur le conseil d’Absalon, n’avait pas porté plainte, afin d’éviter un scandale qui aurait atteint la famille royale, on pouvait se contenter d’un châtiment moindre. Encore aurait-il fallu qu’il y en eût un, mais il semble bien, d’après l’Écriture, que David ne prit aucune sanction, et en cela il pécha gravement. Saint Éphrem dit qu’il n’osa pas reprendre son fils, parce qu’il avait été lui-même adultère.
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Que signifie en effet la fatigue en chemin de cet Égyptien esclave d’un Amalécite, sinon que souvent l’amateur du siècle présent, couvert de la noirceur de son péché, est tellement méprisé et délaissé de tout le monde, qu’il ne peut plus courir avec le monde, et que brisé par l’adversité, il s’abandonne ? Mais David le trouve : parce que le vrai David, notre Rédempteur, convertit parfois à son amour ceux qu’il trouve ainsi méprisés et délaissés par le monde.

David, en accordant la même récompense à ceux qui sont restés à garder les bagages qu’à ceux qui ont combattu, nous fait comprendre que ceux qui ne peuvent, dans l’Église, se livrer à un apostolat actif, aller en mission, affronter les conférences contradictoires, parce qu’ils n’en n’ont pas les moyens, ne seront pas pour autant frustrés de leur récompense. Pourvu qu’ils restent dans
l’obéissance ; pourvu qu’ils gardent fidèlement les bagages de l’Église, les vérités de la foi et les enseignements de sa doctrine, ils auront part eux aussi à la vie éternelle. C’est le même enseignement que celui des travailleurs de la vigne, dans l’Évangile. Il y a bien des demeures dans la maison de mon Père. Que chacun fasse ce qu’il peut, en fonction des dons qu’il a reçus, et il recevra le denier promis aux bons ouvriers. Ceux qui, faute d’intelligence, d’éloquence, de moyens, sont incapables de prendre part au labeur apostolique, ne seront pas frustrés de leur récompense, pourvu qu’ils demeurent dans l’obéissance, qu’ils aident les Apôtres dans la mesure où ils le peuvent, et qu’ils restent fidèles à la doctrine. (P.157-1017)
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Saül se prit de haine contre David, et fit tout ce qu’il put pour le perdre : ainsi, tombant sans cesse en de nouvelles fautes, perdant chaque jour du terrain, il roula jusqu’au fond de l’abîme où le démon avait résolu de l’entraîner.
Il faut donc veiller avec grand soin contre le mal dans ses premières approches. Quand le péché dont nous sommes tentés ne devrait attirer après lui aucune suite fâcheuse, nous devrions cependant le fuir de toutes nos forces ; mais tenant pour certain qu’un premier mal est bientôt suivi d’un autre et qu’il croit dans l’âme par des degrés insensibles, nous ne devons rien négliger pour
l’étouffer dès sa naissance… Ce que je vais vous dire vous surprendra : il me semble que nous devons moins veiller contre les grands crimes que contre les fautes qui nous paraissent légères et dont nous ne faisons aucun cas. L’horreur que nous inspirent les premiers nous protège contre eux, tandis que le peu de crainte des autres nous porte à l’apathie et à l’indifférence. Cette insensibilité même nous empêche de nous élever contre ces péchés pour les combattre et pour les vaincre. C’est ce qui fait qu’en très peu de temps, ils croissent par notre faute, et de petits, deviennent grands. Saül ne meurt que parce qu’il se laisse tomber lui-même sur son épée : le démon ne peut pas précipiter une âme dans la mort éternelle. Il faut qu’elle s’y jette elle-même par le désespoir. (P.160-1020)
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Au sens moral, on peut dire que ce sont les aveugles et les boiteux qui empêchent le Christ de s’établir dans les âmes : les aveugles, c’est-à-dire l’aveuglement de l’esprit ; et les boiteux, entendez la discordance qui règne entre les principes que l’on professe et la conduite que l’on a. Si nous souffrons de cette cécité ou de cette boiterie, demandons-lui d’abord de nous en guérir, et alors il nous fera entrer dans sa maison.

« Ne regarde pas le vin quand il brille, et que sa couleur étincelle dans le verre : il pénètre en te flattant, mais ensuite, il te mordra comme un serpent, et il répandra (en toi) ses venins comme le basilic » (PS. XXIII, 31)

Ce n’est pas que, quand les faibles et les imparfaits trouvent à redire aux actions des justes, ils doivent toujours taire ce qui les choque ; mais ils doivent le faire avec retenue et humilité ; car ce n’est qu’en marchant par ce chemin qu’une intention bonne conserve son innocence et sa simplicité.
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L’alliance conclue jadis entre Dieu et Israël ne s’est conservée pure que dans la descendance spirituelle d’Abraham, c’est-à-dire chez ceux qui ont conservé la foi et l’esprit de ce saint patriarche. C’est lui que représente ici Abinadab. Les bœufs qui traînent l’arche sont la figure des Apôtres. Mais pourquoi font-ils un écart en arrivant à l’aire de Nachor ? – Parce que Nachor, qui est un païen, représente la Gentilité. Or les Apôtres, en abordant celle-ci, se sont écartés de leurs observances : ils ne sanctifient plus le sabbat, n’immolent plus de victimes au Temple, ne pratiquent plus la circoncision.

Oza, qui personnifie les Juifs attachés à la lettre de la loi, voyant cela, s’inquiète et craint de voir l’alliance se briser, s’il laisse les choses aller ainsi. Il cherche donc à empêcher ces déviations : « Si vous ne vous faites pas circoncire, selon la loi de Moïse, dit-il, vous ne pouvez pas être sauvés » 13. Mais aussitôt, il est frappé de mort : comme le lui signifie saint Paul quand il déclare : « Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien », et vous en mourrez spirituellement ; car « vouloir conserver les observances (de la loi de Moïse) après la promulgation de l’Évangile, est un acte d’idolâtrie et donc un péché mortel, même pour les Juifs ».(P.196-1056)
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Ce que veut nous indiquer l’interdiction faite à David de bâtir le temple du Seigneur, c’est que les hommes encore engagés dans les luttes et les combats de la vie publique ne sont pas aptes à la construction des temples intérieurs, c’est-à dire à la direction des âmes. D’où l’obligation pour les prêtres de se mêler le moins possible de politique et d’affaires séculières. Et même, d’après saint Grégoire, ceux-là seuls ont vraiment qualité pour diriger les autres dans les voies spirituelles, qui ont triomphé en eux-mêmes des vices et des passions de la chair. (P.200)
« Vivant dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair. Car les armes de notre milice ne sont pas (des armes) charnelles : mais elles sont puissantes en Dieu pour renverser les forteresses, pour détruire les raisonnements (de la sagesse humaine), ainsi que toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu, et pour réduire en servitude toute intelligence sous l’obéissance du Christ ».
La divine Écriture dit : « Pour être justifié, déclare toi-même le premier ta faute » (Isaïe 43-26) Déclarez le péché pour détruire le péché. En cela, il n’est besoin ni de fatigue, ni de périodes oratoires, ni de dépenses d’argent, ni rien de pareil. Dites un mot, dites-le avec une loyale franchise : « J’ai péché ». Saül pécha, et repris par Samuel, il dit lui aussi : « J’ai péché ». Cependant il ne mérita point de se voir absous. Parce que, s’il confessa qu’il avait péché, il ne
rejeta pas la volonté de pécher.
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Absalon, dit saint Augustin, fit plus souffrir son père en mourant dans l’impiété que par sa rébellion. David voulait qu’il fût pris vivant, afin que celui qui avait été conduit par la malice fût guéri par la pénitence. Il persécuta son père en divisant son royaume, en prenant les armes, en faisant la guerre contre la loi de Dieu, contre la royauté légitime de David, mais il supplicia bien plus encore le cœur paternel en mourant dans cette impiété.

L’histoire des Gabaonites montre combien la justice de Dieu est rigoureuse et fidèle. Les Gabaonites étaient des gens méprisés, envers lesquels on croyait pouvoir tout se permettre. Mais Dieu ne fait point acception des personnes. Il retient en sa mémoire l’injure qui a été faite par Saül à ces hommes sans défense et, quarante ans après, il en exige réparation. Et, comme l’oppression des pauvres est, avec le meurtre des innocents et l’abomination de Sodome, l’un des péchés qui crient vengeance contre le ciel, il envoie une famine de trois ans à tout le peuple juif pour expier ce crime. Il y avait six cents ans, dit saint Jean Chrysostome, que le contrat avait été juré avec les Gabaonites, et cependant Dieu infligea ce terrible châtiment aux fils de celui qui l’avait violé. Qu’en sera-t-il de ceux qui violent sans vergogne les serments qu’ils ont prononcés eux-mêmes ? (P.277-1137)
Dieu permit que David succombât à la tentation de vaine gloire, qui lui fit désirer de connaître le nombre de ses sujets. Que cette tentation vînt du démon, nous n’en saurions douter, le Ier Livre des Paralipomènes le dit expressément 13. David ne pécha pas pour le fait matériel de recenser son peuple : c’était chose prévue par la Loi ; mais pour l’intention dans laquelle il le fit, qui fut sans aucun doute une pensée d’ambition et d’orgueil. L’Écriture veut nous rappeler une fois de plus, par ce trait, que l’homme ne voit que les apparences, tandis que Dieu lit dans les cœurs, et que c’est l’intention qui fait toute la valeur morale d’une action.

Un homme n’est jamais puni spirituellement pour la faute d’un autre ; mais dans l’ordre temporel, en vertu de la solidarité du genre humain, il arrive souvent que les hommes subissent les conséquences des péchés des autres : que les enfants expient ceux de leurs parents, les sujets ceux de leurs princes, etc.. (Cf. saint Thomas, IIa IIae, qu 108, a. 4, ad 1)
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Daniel sommé de se nourrir comme les païens à la cour du roi Nabuchodonosor :
« Mettez-nous à l’épreuve pendant dix jours, lui dit-il, ne nous donnez que des légumes à manger, et de l’eau à boire. Puis examinez nos visages, et celle des jeunes gens qui continueront à se nourrir des mets de la table royale. Et vous en agirez ensuite avec vos serviteurs selon ce que vous aurez constaté ».(P.22-1182)
Ce régime austère, bien loin de débiliter les enfants, leur fut au contraire très profitable : il fortifia leur corps et aiguisa leur intelligence. Dieu récompensa leur bonne volonté, et leur attachement à la Loi, en leur donnant une grande facilité pour apprendre, et en les rendant irréprochables dans leur conduite. Ils acquirent rapidement la connaissance de tous les livres et de toute la sagesse, c’est-à-dire qu’ils n’eurent aucune peine à s’assimiler la littérature, les arts et toute la science des Chaldéens, à laquelle il faut ajouter, si nous en croyons l’historien Josèphe, celle des Égyptiens
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Le songe de Nabuchodonosor
La statue qui apparaît en songe à Nabuchodonosor, tandis qu’il réfléchit dans la nuit, est la figure de la condition humaine, telle qu’elle se manifeste à l’homme, lorsqu’il médite dans le silence. Elle est grande, sublime, et son regard est terrible. Elle est grande par la dignité dont Dieu l’a revêtue, en la créant à son image ; elle se révèle sublime, si l’on pense que Dieu, pour l’arracher à l’enfer, pour l’attirer à Lui, pour en faire sa fille et son épouse, n’a pas craint de vouer son propre Fils à la mort la plus ignominieuse et la plus cruelle. Et le regard qu’elle fixe sur nous est terrible, quand elle nous rappelle le compte qui nous sera demandé un jour, et les reproches qu’elle-même nous
adressera alors, si nous n’avons pas su la maintenir dans le droit chemin, si nous l’avons laissé perdre. Elle nous apprend, cette statue, par sa constitution même, elle dont la tête est d’or, et dont les pieds sont de boue, à quelle fin misérable aboutissent trop souvent des existences qui ont commencé par de nobles aspirations et une authentique charité. Elle nous enseigne ainsi l’humilité et la prudence, elle nous apprend combien nous devons nous méfier de nous-mêmes. Avec quelle facilité en effet chez nous l’or se change en argent, l’argent en bronze, le bronze enfer, et le fer se mélange à la boue !(P.49-1209)
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