Re: SUR LA PRÉDESTINATION ET LE PETIT NOMBRE DES ÉLUS
Publié : ven. 15 oct. 2021 12:00
[Prédestination et liberté ] — Le point de la plus grande conséquence, en cette matière , regarde l'accord de la prédestination avec l'usage de notre liberté : c'est-à-dire que la connaissance soit certaine , infaillible et inébranlable, et que cette certitude ne blesse ni n'endommage en aucune manière la liberté de nos actions, ne nous impose aucune nécessité; que ce qu'il a arrêté et résolu de toute éternité s'accomplisse immanquablement, sans qu'il viole les droits de notre franc-arbitre, qui fait les choses aussi librement que s'il n'y avait ni prévision ni prédestination en Dieu. Cette difficulté, mal éclaircie , a fait naître des erreurs et des hérésies que l'Eglise a condamnées, et encore aujourd'hui elle cause des troubles et des inquiétudes dans l'esprit de plusieurs, et les porte à des extrémités fâcheuses.
La grande question agitée depuis si longtemps dans les écoles, sur le choix que Dieu fait des prédestinés pour la gloire , et qui partage les théologiens en deux opinions , est de savoir si cette prédestination à le gloire, est arrêtée de toute éternité indépendamment des mérites et des dispositions qu'y ont apportées avec le secours de la grâce ceux que Dieu a ainsi prédestinés et choisis ; ou bien si ce choix n'a été conclu qu'après avoir prévu leurs mérites. En deux mots, pour m'exprimer avec les théologiens mêmes, si le choix et la prédestination est avant ou après la prévision des mérites. Ce n'est pas au prédicateur à faire le théologien en chaire, ni à prendre parti dans cette question ; mais comme , dans l'opinion qui soutient que ce choix est fait indépendamment de nous et de nos mérites, il est difficile de parer aux conséquences qu'en peuvent tirer les réprouvés, qui par-là semblent être exclus du bonheur éternel avant de l'avoir mérité, parce que , n'étant pas choisis ni compris dans la nombre des élus, lequel est compté et déterminé, quelque distinction qua l'on apporte, ils ne peuvent s'empêcher de croire que Dieu n'a pas voulu sincèrement ni efficacement leur salut, c'est pourquoi il vaut mieux se ranger de l'autre parti, qui semble plus conforme à la bonté et à la justice de Dieu.
Dans ces deux opinions, qui ont chacune de grands docteurs et très- catholiques
qui les défendent, ils sont tous d'accord : 1°. Que, quelque
parti qu'on veuille prendre, la prédestination ne blesse nullement notre
liberté, parce que si on ne peut être sauvé sans la grâce qui est le moyen
de notre salut, et qui nous est toujours donnée gratuitement, il est tou-
jours en notre pouvoir d'y consentir ou de la rejeter ; 2°. Dans les deux opinions,
il est constant que Dieu ne sauvera jamais les adultes sans leurs mérites et sans
leurs bonnes œuvres ; et dire ou penser le contraire c'est s'éloigner des règles
de la foi; 3°. Que la manière de s'exprimer, avant ou après les mérites, ne les
exclut nullement, parce que, dans l'une de ces deux opinions, la volonté que
Dieu a de nous sauver suppose notre conversion, et dans l'autre elle la renferme.
Je veux dire que notre conversion a été ou le motif pour lequel Dieu veut nous
sauver, ou le moyen par lequel il veut nous sauver, et, par conséquent , que
dans l'un ou dans l'autre sentiment il est toujours de foi que Dieu ne nous sauvera jamais
sans notre coopération, et ensuite sans nos mérites. Ainsi, ni l'une ni l'autre opinion
ne favorise le relâchement.
A SUIVRE...