Les souffrances du purgatoire, si courtes qu'elles soient, paraissent très-longues.
Hélas ! que mon exil est long. ( Ps. CXIX, 5. )
Saint Augustin reprend sévèrement la témérité d'un chrétien qui disait que les peines passagères du purgatoire ne sont pas à redouter, et qu'il importait seulement d'échapper aux tourments éternels de l'enfer. « Peu m'importe, ajoutait-il, le temps que je passerai dans ce lieu, si à la fin j'entre dans le ciel. » Le saint lui répondit: « Que personne ne parle ainsi: car le feu du purgatoire est plus affreux que tous les supplices que nous pourrions souffrir ou même imaginer en ce monde. »
L'exemple suivant démontrera clairement combien ces peines indicibles paraissent prolongées.
Deux religieux (l'historien ne dit pas de quel monastère) s'appliquaient avec ardeur à tous les exercices de la perfection. La ressemblance de leurs vertus les avait si étroitement unis qu'on pouvait dire: Ils ont deux corps et une seule âme. Ils avaient fait entre eux une sainte ligue pour travailler à la gloire de Dieu; ils étaient convenus de se trouver les premiers au choeur pour la psalmodie, de s'appliquer au salut du prochain et de maintenir la stricte observance de leurs règles monastiques.
Mais au milieu d'une si belle vie, l'un d'eux tomba tout-à-coup dans une grave maladie qui mit ses jours en danger. Un ange du Seigneur lui apparut et lui annonça qu'il allait mourir, et qu'il expierait ses imperfections dans le purgatoire jusqu'à ce qu'on eût dit pour lui une messe de mort, après laquelle il s'envolerait glorieux à la céleste patrie.
Cette heureuse nouvelle le remplit de joie. Aussitôt appelant près de son lit le compagnon de ses vertus, il lui fait part de sa vision, de sa mort prochaine et de la courte expiation qui lui était réservée au purgatoire. Mais en même temps, il le conjura au nom de cette ardente charité qui les avait unis si longtemps, d'offrir le plus tôt possible le divin sacrifice d'où dépendaient sa délivrance et sa félicité . Le bon religieux le promit, et fut fidèle à sa parole, car le lendemain matin la mort étant survenue, à peine eut-il fermé les yeux de son cher défunt qu'il courut à la sacristie revêtir les ornements sacrés. Il célébra la messe avec une ferveur extraordinaire, demandant au Seigneur par cet holocauste non sanglant, la délivrance de cette sainte âme.