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Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : lun. 18 avr. 2016 17:19
par Monique
XVII MERVEILLE.


Les souffrances du purgatoire, si courtes qu'elles soient, paraissent très-longues.

Hélas ! que mon exil est long. ( Ps. CXIX, 5. )


Saint Augustin reprend sévèrement la témérité d'un chrétien qui disait que les peines passagères du purgatoire ne sont pas à redouter, et qu'il importait seulement d'échapper aux tourments éternels de l'enfer. « Peu m'importe, ajoutait-il, le temps que je passerai dans ce lieu, si à la fin j'entre dans le ciel. » Le saint lui répondit: « Que personne ne parle ainsi: car le feu du purgatoire est plus affreux que tous les supplices que nous pourrions souffrir ou même imaginer en ce monde. »

L'exemple suivant démontrera clairement combien ces peines indicibles paraissent prolongées.
Deux religieux (l'historien ne dit pas de quel monastère) s'appliquaient avec ardeur à tous les exercices de la perfection. La ressemblance de leurs vertus les avait si étroitement unis qu'on pouvait dire: Ils ont deux corps et une seule âme. Ils avaient fait entre eux une sainte ligue pour travailler à la gloire de Dieu; ils étaient convenus de se trouver les premiers au choeur pour la psalmodie, de s'appliquer au salut du prochain et de maintenir la stricte observance de leurs règles monastiques.

Mais au milieu d'une si belle vie, l'un d'eux tomba tout-à-coup dans une grave maladie qui mit ses jours en danger. Un ange du Seigneur lui apparut et lui annonça qu'il allait mourir, et qu'il expierait ses imperfections dans le purgatoire jusqu'à ce qu'on eût dit pour lui une messe de mort, après laquelle il s'envolerait glorieux à la céleste patrie.

Cette heureuse nouvelle le remplit de joie. Aussitôt appelant près de son lit le compagnon de ses vertus, il lui fait part de sa vision, de sa mort prochaine et de la courte expiation qui lui était réservée au purgatoire. Mais en même temps, il le conjura au nom de cette ardente charité qui les avait unis si longtemps, d'offrir le plus tôt possible le divin sacrifice d'où dépendaient sa délivrance et sa félicité . Le bon religieux le promit, et fut fidèle à sa parole, car le lendemain matin la mort étant survenue, à peine eut-il fermé les yeux de son cher défunt qu'il courut à la sacristie revêtir les ornements sacrés. Il célébra la messe avec une ferveur extraordinaire, demandant au Seigneur par cet holocauste non sanglant, la délivrance de cette sainte âme.

Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : mar. 19 avr. 2016 16:19
par Monique
La messe venait d'être terminée; à peine le saint religieux commençait-il son action de grâces qu'il vit apparaître son ami avec un visage joyeux; cependant on y entrevoyait un reste de chagrin:

« Mon frère, dit le défunt, où est donc votre fidélité? Vous mériteriez que Dieu n'eût pas plus compassion de vous, que vous n'en avez ou de moi .— Et pourquoi? demanda l'autre. — Parce que, répondit le défunt, vous n'avez pas accompli votre promesse d'offrir le saint sacrifice aussitôt après ma mort; vous m'avez laissé souffrir plus d'une année sans que ni vous ni aucun des frères, dit pour moi une seule messe qui aurait éteint ce feu vengeur. N'est-ce pas là un oubli cruel? — Quoi! répliqua le religieux stupéfait, j'ai tenu si exactement ma promesse que je quitte à l'instant les habits sacerdotaux. Comment pouvez-vous dire que j'ai différé plus d'une année lorsqu'il n'y a pas encore un jour que vous avez quitté la terre, et que les funérailles ne sont pas encore faites? Voulez-vous vous en convaincre? venez avec moi, votre cadavre n'est pas encore fermé dans le cercueil. »

Alors l'âme fit entendre un douloureux soupir. « Hélas ! dit-elle, qu'elles sont terribles ces souffrances qui font prendre quelques heures pour plusieurs années. Louée soit à jamais la divine Miséricorde qui met un terme à mes souffrances; merci pour votre charité, merci pour vos prières. Je m'envole au ciel où je supplierai le Dieu de bonté de vous rendre ce que vous avez fait pour moi, afin que nous soyons un jour réunis dans la gloire éternelle, comme nous l'avons été sur la terre dans l'exercice des vertus. »

L'historien conclut en citant ces paroles de saint Augustin: « La douleur qu'on éprouve dans les flammes du purgatoire, même dans l'instant fugitif que l'œil met à s'ouvrir et à se fermer, cette douleur est mille fois plus cruelle que celle qu'éprouva saint Laurent sur son gril enflammé. »
(V. Jos. Harolius, DE animabus, serm. 100.)

Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : mer. 20 avr. 2016 22:03
par Monique
XVIII MERVEILLE.


Les peines du purgatoire conformes aux fautes commises.

L'homme est tourmenté par où. il a péché. (Sap. XI, 17. )


Dans les révélations de sainte Brigitte, on lit d'admirables apparitions concernant le purgatoire, révélations qui sont d'autant plus dignes de foi qu'elles ont été discutées et approuvées par les plus sages docteurs; en sorte qu'on a écrit avec raison, autour de l'image de la sainte, ces belles paroles que l'Ecriture Sacrée applique à la jeune veuve Judith: « Tout ce que vous avez dit, est vrai, et il n'y a rien à reprendre dans vos paroles. »

Parmi ces nombreuses visions, j'en choisis seulement deux des plus instructives.
Sainte Brigitte assista au jugement et à la condamnation d'un soldat qui venait de mourir. L'âme fut présentée au Juge éternel; elle avait, à sa droite son ange gardien pour avocat, et à sa gauche le démon pour accusateur. Celui-ci se mit à l'accuser spécialement de trois crimes: le premier, d'avoir péché par les yeux en les arrêtant sur des objets défendus qui souillaient son imagination et remplissaient son cœur de désirs coupables; le second, d'avoir péché par la langue en prononçant des paroles obscènes, des blasphèmes et des malédictions; le troisième, d'avoir péché en actions par des larcins et par toutes sortes de désordre. L'ange prit sa défense et énuméra les bonnes œuvres qu'il avait faites: ses prières ferventes, ses abondantes aumônes, les jeûnes, les pénitences accomplies même au milieu du tumulte des camps.

Il ajouta spécialement qu'au moment de la mort il avait recouru avec une grande affection à la Mère des miséricordes, à la Reine du ciel, et qu'il en avait obtenu un vrai repentir. Après cette accusation et cette défense, le souverain Juge prononça que cette âme était exempte des peines éternelles, mais qu'il la condamnait à de longs tourments dans le purgatoire. « Cette âme, dit-il, doit être entièrement purifiée et elle subira un châtiment en rapport avec ses péchés. La peine des yeux sera de voir d'horribles objets; celle de la langue, d'être percée de pointes très-aiguës et desséchée par une soif intolérable; celle du toucher sera d'être plongé dans dos flammes ardentes. »

A ce moment la Mère de Dieu, l'avocate des pécheurs parut debout devant son divin Fils pour lui demander en grâce un adoucissement à tant de supplices. » Ce soldat dit cette Vierge miséricordieuse a. jeûné les veilles de mes fêtes récité souvent mon office et recouru à ma protection par de ferventes prières. Le Sauveur se rendit a la demande de sa Mère; il diminua les peines, et dit que pour satisfaire entièrement a sa justice, il faudrait que les vivants offrissent pour cette âme des prières, des aumônes et des pénitences.


Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : jeu. 21 avr. 2016 16:17
par Monique
Passons à la seconde vision. Un jour, sainte Brigitte était dans une haute contemplation, lorsque tout-à-coup elle fut mise hors d'elle-même à la vue des peines de l'autre vie. Parmi un grand nombre de personnes elle distingua une jeune fille de très-noble origine qui gémissait dans d'affreux tourments; elle se plaignait douloureusement de sa mère dont l'aveugle tendresse, pire que la haine, lui avait laissé une trop grande liberté, favorisant son envie do plaire, l'encourageant a dépenser pour de vaines parures, et avait ainsi excité son orgueil et sa vanité. En outre, elle l'avait conduite aux spectacles, aux festins, aux réunions mondaines et licencieuses.

En un mot, au lieu de mettre un frein aux folles passions de la jeunesse, cette mère coupable avait au contraire, entraîné sa fille dans la voie des désordres qui mènent à la perdition. « Il est vrai, ajoutait la malheureuse enfant, que ma mère me conseillait de temps en temps quelques bonnes oeuvres et certaines dévotions; mais comme d'autre part, elle consentait à mes dérèglements, ces actes de vertu se mêlaient aux habitudes du vice; c'étaient comme des aliments, sains d'eux-mêmes, mais auxquels on aurait mêlé du poison.

Néanmoins, je dois rendra grâces à l'infinie miséricorde du Rédempteur qui n'a pas permis la damnation que méritaient mes crimes-Avant de mourir, pénétrée d'un vif regret de ma coupable vie, je me suis confessée; et quoique le motif de ma condition fût la crainte de la mort, cependant au moment où j'entrais en agonie, je me ressouvins de la douloureuse passion du Sauveur , et cette pensée me fit faire un acte de contrition parfaite .» Je m'écriai donc plus de coeur que de bouche:« 0 mon Seigneur Jésus, je crois et je confesse que vous êtes mon Dieu. De grâce ! Fils de la Vierge Marie, par les mérites de votre douloureuse passion, ayez pitié de moi ! J'ai un vif repentir de mes offenses, et je les réparerai si vous me donnez la vie. En disant ces mots, j'expirai. Dieu m'a fait grâce des peines éternelles, mais je souffre dans le purgatoire les plus affreux tourments. »[/i]

Après ces paroles que Dieu fit entendre distinctement à la sainte pour servir d'instruction à tous, l'âme continua d'expliquer ce qu'elle endurait et fit connaître comment les peines correspondent aux fautes commises: « Maintenant, disait-elle, cette tête qui se plaisait aux vains ornements, qui ne pensait qu'à de folles dépenses, est dévorée de flammes à l'intérieur et à l'extérieur, et ces flammes sont si cuisantes, qu'il me semble que toutes les flèches enflammées du ciel viennent fondre sur moi. Ces bras et ces épaules que j'aimais tant à découvrir, sont étreints dans des chaînes de fer rougies au feu. Ces pieds ornés pour la danse, sont entourés de vipères qui les blessent et les dévorent. Tous ces membres chargés d'ornements précieux se trouvent maintenant plongés dans des tortures que leur font éprouver tour à tour les ardeurs d'un feu dévorant et le froid insupportable de la glace. » L'infortunée espérait avec raison que le récit de ses tourments exciterait la compassion de Brigitte et obtiendrait ses suffrages.

La sainte raconta cette vision à une cousine de la défunte, esclave, elle aussi, du luxe, delà vanité et de ta faiblesse de son cœur. Ce récit lui fit une telle impression que, déposant aussitôt tous ses vains ornements, elle renonça à tous les plaisirs du siècle pour commencer une vie chrétienne. Plus tard, elle dit adieu au monde, se réfugia dans un cloître austère, et ses jours s'écoulèrent tout entiers dans l'exercice du jeûne, des mortifications et de la prière, afin d'éviter pour elle-même les flammes du purgatoire, et d'obtenir aussi par ses suffrages, le bonheur céleste a l'âme de son infortunée parente.
(V. Révélations de sainte Brigitte, liv. VI, ch. 38 et 52.

Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : sam. 23 avr. 2016 15:43
par Monique
XIX MERVEILLE.


Le Ciel bénit ceux qui prient pour les âmes du purgatoire.

Bénis soyez-vous du Seigneur, vous qui avez exercé la miséricorde, (II Reg., II, 5.)


Avant de quitter sainte Brigitte, je vais rapporter une autre de ses admirables visions, qui montre clairement combien sont bénis du ciel ceux qui prient pour les morts.

Les bénédictions que le saint roi David demandait pour les habitants de Jabès : « Soyez bénis du Seigneur, vous qui avez usé de miséricorde envers votre maître Saûl et qui lui avez donné la sépulture, » les anges et les âmes souffrantes les demandent encore avec plus d'instance pour les bienfaiteurs des défunts.

Sainte Brigitte vit donc une autre fois ces sombres prisons où les âmes se purifient comme l'or dans le creuset; elle y entendit la voix sonore d'un ange qui disait parmi ses prières: « Béni soit celui qui, vivant sur la terre, secourt les âmes soufflantes par ses oraisons et ses bonnes œuvres, puisque l'infaillible justice de Dieu exige que les âmes soient purifiées, par les tourments du purgatoire ou délivrées par les suffrages de leurs amis. »

Enfin du fond de cet abîme de souffrances, d'autres supplications se firent entendre: « Que Dieu récompense ceux qui envoient du secours à des infortunés qui souffrent et qui ne peuvent rien eux-mêmes pour leur délivrance. » Puis une splendide clarté, suivie cependant d'un nuage, s'éleva de cette obscure prison pour faire comprendre que c'était l'aube d'un beau jour dont la lumière ne serait pas néanmoins aperçue par toutes les âmes, et on entendait un chœur de voix qui chantait: « 0 Dieu des miséricordes! que votre puissance infinie récompense au centuple ceux qui, par leurs bonnes œuvres, nous élèvent de ces ténèbres à la céleste lumière. »

Voilà la récompense de ceux qui aiment les âmes du purgatoire, voilà les avocats qu'ils s'attachent par les prières. Ces âmes bien-aimées de Dieu, envoyées par eux dans la félicité éternelle, n'oublient jamais ce qu'on a fait pour leur délivrance, et obtiennent toujours les grâces les plus abondantes.

Plaise à Dieu que ces visions dont la lecture a déjà produit tant de sentiments de piété et de ferveur, fassent naître dans l'âme de chacun de mes lecteurs, le plus vif désir d'assurer son salut en travaillant au soulagement des âmes du purgatoire.
( Révélations de sainte Brigitte, liv. IV, ch. 7 ; Théophile Raynaud, Hist Spirit., 2e partie; sect. 1. 7e point. )

Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : dim. 24 avr. 2016 22:58
par Monique
XX MERVEILLE.


Ingratitude des héritiers envers leurs bienfaiteurs.

Ils se sont montrés ingrats envers celui de qui ils tiennent la vie. (Esdr.)


Si Dieu doit juger sans miséricorde celui qui n'a pas eu de miséricorde envers les autres, quelle ne sera pas sa rigueur contre ces héritiers cupides qui portent un tort si grave à l'âme de leurs bienfaiteurs, en refusant d'acquitter leurs legs pieux? Un canon du IVe concile de Carthage, les appelle les meurtriers des malheureux. Le trait que nous allons citer montrera que leur ingratitude, leur impiété, leur injustice sont châtiées, et que ces héritages ne donnent à leurs possesseurs que fatigues et déboires.

A Milan, une propriété peu éloignée de la ville avait été ravagée par la grêle, pendant que les campagnes voisines étaient demeurées intactes et florissantes. On ne pouvait trop s'expliquer la cause d'un fait si extraordinaire, lorsque l'apparition d'une âme du purgatoire fit connaître que c'était un châtiment de la Justice divine sur des enfants ingrats qui n'avaient pas exécuté les legs pieux de leur père.

On raconte aussi que bien souvent les âmes des défunts ont fait entendre dans les maisons des bruits effrayants, qu'elles ont bouleversé tout ce qui s'y trouvait, et cela parce que les héritiers ne remplissaient pas les dispositions suprêmes de ces âmes. A Ferrare, un des plus beaux palais de la ville était resté inhabitable par suite du fracas horrible qu'on y entendait chaque nuit. Le propriétaire se désolait de ne pouvoir faire son séjour dans cette belle habitation et de n'en tirer aucun profit. Un étudiant en droit, fatigué de ces plaintes, et persuadé que ce bruit n'a été inventé que pour faire peur aux pusillanimes, s'offre hardiment à rester seul dans cette maison pourvu qu'on lui cède gratuitement uns chambre pendant dix ans. Le propriétaire accepte avec plaisir cette proposition; l'étudiant fait porter le jour même au palais, ses livres et ses meubles, et s'y installe résolument.

La nuit vient, le courageux jeune homme se met a l'étude, feuillette ses livres et travaille à une thèse importante qu'il devait soutenir le lendemain. Une pensée de foi l'avait porté a s'éclairer d'un cierge bénit dans le cas où le démon chercherait à lui nuire. Il est minuit; voici qu'un grand bruit se fait entendre dans tous les appartements; on eût dit un mouvement de chaînes traînées sur les parquets. L'étudiant ne perd pas courage, il écoute avec impassibilité le bruit qui s'avance de plus en plus; il lève fièrement la tête, fixe ses yeux sur la porte. Elle s'ouvre: qu'aperçoit-il?...... un spectre hideux, les pieds et les mains entourés de longues chaînes. Le fantôme s'approche, prend un siège. s'assied à côté de lui fit le fixe avec ces yeux hagards. L'Intrépide étudiant continue d'écrire et de consulter ses livres. — « Que cherches-tu donc avec tant de soin? demanda enfin le spectre. — Je cherche une loi qui m'est indispensable pour établir une thèse. —C'est bien, répondit-il, mais si tu veux trouver de solides raisons, prends et lis le docteur Barthole, le voilà. » Et il met le doigt sur le livre.

L'étudiant poursuivait son travail, lorsqu'à la lueur du jour, cet étrange visiteur se leva et sortit en faisant résonner ses chaînes. Le jeune homme se lève à son tour, prend le cierge bénit et le suit pas à pas jusqu'à un lieu où la terre s'ouvrit et reçut le spectre; il laisse le cierge dans cet endroit afin de pouvoir y faire des recherches dans la matinée. L'étudiant raconta à ses amis ce qui venait de lui arriver, et se rendit avec eux dans l'endroit marqué; on creuse la terre et on trouve un cadavre sur lequel était des signes de chrétien. On se hâta de le déposer dans un cercueil, et après les cérémonies et les prières de l'Eglise, on l'inhuma en terre sainte, et plusieurs messes furent célébrées pour l'âme du défunt. Depuis ce moment, aucun bruit n'a été entendu dans ce palais. Tout le monde fut persuadé que c'était l'âme de l'ancien propriétaire qui, par une permission de Dieu, était venue demander des prières, et que, délivrée des flammes du purgatoire, elle était montée au séjour du repos éternel.
(V. Jacques Hautin. Patror, defunct., 1. II, art. 5; Nicolas Lagus, Mirac. SS. Sacram., ?r. VII, dist. 4, chap. 27.)

Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : ven. 29 avr. 2016 0:33
par Monique
XXI MERVEILLE.


Actions de grâces des âmes du purgatoire envers leurs libérateurs.

Vous nous avez délivrés de nos persécuteurs, et vous avez confondu ceux qui nous haïssaient. (Ps. XLIII, 8.)



Les âmes du purgatoire ont emprunté au psalmiste ces paroles d'actions de grâces pour remercier le glorieux confesseur du Christ, saint Nicolas de Tolentin de leur avoir ouvert le Ciel.

Une des plus grandes vertus de cet illustre serviteur de Dieu était sa charité pour l'Eglise souffrante: pour elle, il jeûnait souvent au pain et à l'eau, prenait de sanglantes disciplines, et se ceignait étroitement les reins d'une chaîne de fer.

Lorsque l'obéissance l'eut forcé à recevoir les saints ordres, il offrait fréquemment la Victime sainte pour le soulagement des pauvres âmes. Aussi, lui apparurent-elles souvent pour le supplier de leur continuer ses saintes aumônes.

Il habitait l'ermitage de Vallimanésé, près de Pise, tout appliqué à ses exercices spirituels, lorsque dans la nuit d'un samedi, s'étant retiré pour prendre un peu de repos, il vit en songe une personne triste, qui, d'une voix attendrissante, le supplia d'offrir le saint sacrifice dans la matinée suivante, pour elle et pour d'autres âmes qui souffraient d'horribles tourments dans le purgatoire. Nicolas croyait reconnaître cette voix, mais les traits du visage ne lui rappelaient aucun souvenir.

« Qui êtes-vous? dit-il.—Je suis, répondit cette âme, votre ami, votre frère Pellégrino d'Osima, j'ai échappé, grâce à la miséricorde divine, aux peines éternelles dues à mes fautes, mais je suis au purgatoire, plongé dans des flammes ardentes. Je viens, au nom de beaucoup d'âmes qui souffrent comme moi, vous supplier de dire demain pour nous une messe de Requiem; nous en espérons notre délivrance, ou du moins le plus grand soulagement. » Le saint lui répondit avec une tendre charité: « Que le Sauveur daigne vous secourir toutes par les mérites de son sang au prix duquel il vous a rachetées; mais je ne puis dire demain la messe de Requiem c'est moi qui dois chanter au chœur la messe conventuelle puis le dimanche il ne nous est pas permis de dire une messe de mort »

A ces paroles l'âme pousse un profond soupir et dit en gémissant: « De grâce ! venez avec moi je vous en conjure pour l'amour de Dieu; venez contempler nos supplices et j'espère que vous ne nous abandonnerez pas vous êtes trop bon pour ne pas vous rendre à nos justes prières. » A l'instant, il lui sembla qu'il était transporté dans une immense plaine du côté de Pise, là il aperçut une grande multitude d'âmes de tout âge, de toute condition, livrées à des tortures diverses et effroyables. Du geste, de la voix, elles demandaient le Saint sacrifice. « Voilà, lui dit le frère Pellégrino, le malheureux état des âmes qui m'ont député pour implorer votre pitié. Nous avons la confiance que vos sacrifices agiront si puissament sur le cœur de Dieu, qu'il nous accordera notre délivrance. »

Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : ven. 13 mai 2016 21:21
par Monique
Le serviteur de Dieu, à la vue d'un spectacle si déchirant, se sentit ému jusqu'au fond des entrailles. Se jetant aussitôt à genoux, il pria avec une grande ferveur pour tant d'infortunées. Il eût voulu répandre un océan de larmes pour éteindre ce feu expiatoire. A l'aube du jour, il courut chez le prieur lui raconter en détail toute la vision et lui exposer la demande que le frère Pellégrino lui avait faite d'une messe de Requiem, ce jour-là même. Le prieur, vivement impressionné, permit à Nicolas de dire cette messe, non-Seulement ce dimanche, mais encore toute la semaine, et il chargea un autre Père de chanter la messe conventuelle.

Heureux de cette permission, Nicolas se rendit aussitôt à la sacristie, célébra le saint sacrifice avec une extraordinaire ferveur. De plus, il passa les jours, et même les nuits, à toutes sortes de bonnes œuvres avec la même intention; macérations, jeûnes, disciplines, oraisons prolongées, il mit tout en œuvre pour délivrer cette âme.

Son historien assure que le démon le troubla dans ses exercices, mais ce fut en vain. Il persévéra toute la semaine. Alors, il revit le frère Pellégrino mais quel changement! plus de flammes, plus de douleur, plus de tristesse; son vêtement plus blanc que la neige, et la splendeur céleste dont il était couronné, annonçaient qu'il avait quitté l'exil. Une troupe d'âmes bienheureuses se joignirent à lui pour rendre grâces à leur libérateur. Saint Nicolas les vit ensuite passer devant lui et monter au ciel en chantant ces paroles du psalmiste: « Vous nous avez délivrés de nos persécuteurs, et vous avez confondu ceux qui nous haïssent. »
(V. Surius, Vita S. Nicol. Tol., 10 sept. ; Jourdain de Saxe, vies des fr. erm. de S. Augustin.)

Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : sam. 14 mai 2016 16:57
par Monique
XXII MERVEILLE.


Travaillons nous-même à éviter le purgatoire.

Tout ce que vous pouvez faire, hâtez-vous de l'accomplir: car ni le travail ni la volonté ne nous suivront après la mort. ( Eccles, IX, 10.)

C'est avec une grande sagesse que Thomas à Kempis nous avertit de ne pas trop compter sur les prières de nos parents et de nos amis après notre mort, mais de prendre nous-mêmes le plus grand soin de notre salut. « Ne vous fiez pas à vos amis et à vos proches, dit-il dans l'imitation, car ils vous oublieront plus vite que vous ne pensez. Si vous ne vous occupez pas de vous-même actuellement, qui s'occupera de vous quand vous ne serez plus? »

Est-il un souvenir plus ineffaçable que celui d'un père dans le cœur d'une fille? Et pourtant, il s'est trouvé des filles, même vertueuses, qui ont délaissé leurs parents défunts.
Archangèle Panigarola, prieure du monastère de Sainte-Marthe à Milan, avait un zèle extraordinaire pour le soulagement des âmes du purgatoire; elle priait et faisait beaucoup prier en leur faveur. Cependant elle ne songeait que rarement à l'âme de son père, bien qu'elle l'eût tendrement aimé pendant sa vie. Parfois il lui venait l'idée de prier pour lui; mais hélas! cette bonne inspiration s'évanouissait aussitôt. Il fallut un événement merveilleux pour contraindre cette fille oublieuse à remplir un devoir aussi sacré.

C'était la fête des morts, Archangèle, retirée dans sa cellule, se livrait avec ardeur à des exercices de prière et de pénitence en faveur des pauvres âmes. tout-a-coup, elle eut comme un ravissement pendant lequel son ange gardien la conduisit dans le purgatoire.. Là, parmi plusieurs âmes, elle reconnut celle de son père; il était plongé dans un étang glacé. A peine eut-il reconnu lui-même sa fille, qu'il s'écria d'un ton plaintif:

« 0 Archangèle, comment as-tu pu oublier si longtemps ton malheureux père dans les horribles tourments qu'il souffre en ce lieu? Tu as une grande charité envers les étrangers; j'en ai vu un grand nombre monter au ciel par tes suffrages, et pour moi qui suis ton père, moi qui t'ai élevée, aimée avec une si vive tendresse, tu n'as pas le moindre sentiment de compassion! Vois les insupportables douleurs que j'endure dans ce lac de glace en punition de ma coupable tiédeur au service de Dieu et de mon indifférence pour le salut de mon âme. Ah! sois donc émue une fois de pitié pour ton père, et obtiens-moi, par la ferveur de tes supplications, de sortir de ce lieu de souffrance et de m'envoler au Ciel. »

Archangèle émue au plus profond de l'âme, et étouffée par ses sanglots, ne put répondre que ces paroles: « Je ferai, ô père bien-aimé, tout ce que vous me demandez, je le ferai tout de suite. Plaise au Seigneur que mes prières vous délivrent de vos souffrances. »

Re: Les merveilles divines dans les àmes du purgatoire

Publié : lun. 16 mai 2016 16:21
par Monique
L'ange l'enleva alors à ce douloureux spectacle et la conduisit dans un autre lieu. Archangèle lui demanda comment il se faisait que, ayant bien des fois formé la résolution de prier pour son père, elle l'avait toujours oublié. « Je me rappelle même, dit-elle, qu'un matin, comme je commençais à intercéder pour lui, je fus ravie en esprit, et il me sembla que je lui offrais un pain très-blanc, mais qu'il le refusait d'un air dédaigneux. Ce qui me fit craindre qu'il ne fût damné, et je ne pensai plus à prier pour lui tandis que je m'appliquais à délivrer tant d'autres âmes qui me sont étrangères.» L'ange lui répondit: « Votre oubli est une permission de Dieu pour punir votre père de sa négligence pour les choses du salut. Ses moeurs étaient bonnes, il est vrai; mais il n'avait aucun zèle pour les œuvres pieuses que Dieu lui inspirait, et s'il en accomplissait quelques-unes, elles étaient toutes imparfaites.

C'est un décret du Ciel, qu'on se conduise pour l'ordinaire envers ces âmes lâches et insouciantes comme elles se sont conduites elles-mêmes envers Dieu. Voilà la peine: oubli pour oubli. Vous comprenez maintenant le sens de ce refus dédaigneux de votre père. Mais à cette heure, suppliez la divine Miséricorde de le tirer de ce lieu de tourments et de lui ouvrir les portes du repos éternel.»

Après ces paroles, Archangèle revint à elle-même; mais elle avait le coeur brisé de chagrin. Dans son affliction, il lui semblait entendre résonner à ses oreilles les gémissements de son père, et elle versait un déluge de larmes. Que de prières, de jeûnes, de pénitences, elle fit pour l'âme de son père Elle avait l'habitude de demander la délivrance des défunts au nom du précieux sang du Sauveur et de l'amour infini qu'il nous a témoigné sur la croix. Désormais, aux mérites du Rédempteur, elle joignit ceux de la Vierge Marie, et suppliait surtout au nom des douleurs que cette divine Mère ressentit aux pieds de son fils expirant.

Enfin lorsque la justice de Dieu fut satisfaite, l'âme de son père lui apparut, lumineuse, rayonnante de joie. Il remercia sa fille dans les termes les plus affectueux et prit son essor vers l'éternelle béatitude.
Archangèle ressentit dans son coeur autant de consolation qu'elle avait éprouvé de douleur et de regrets.

( Vie de la soeur Archangèle Panigarola, par le R. P. Octave Invitiati, de la Compagnie de Jésus, Ire partie, ch. 11e. )