Re: LE MOUVEMENT LITURGIQUE - Abbé Didier BONNETERRE
Publié : mar. 08 déc. 2020 14:12
Remarquons aussi que les quatre récits de la Passion chantés durant la Semaine Sainte ne contiennent plus ni l'onction de Béthanie, ni, ce qui est plus grave, la dernière Cène. Notons également la suppression du dernier Evangile le Dimanche des Rameaux, le Jeudi Saint, et à la Messe de la Vigile pascale. Il y a aussi la suppression des prières au bas de l'autel à la veillée pascale. Le célébrant omet de lire ce que le diacre et le sous-diacre chantent ; le diacre seul dit «flectamus genua» et répond «levate». Tout ceci sans parler de la modification de la cérémonie du lucernaire ni surtout de la diminution énergique du nombre des lectures et des répons.
Un dernier coup dans l'ombre permit aussi la disparition de la cérémonie baptismale de la vigile de la Pentecôte. L'aspect positif de cette réforme est encore d'ordre pastoral : l'introduction du lavement des pieds dans la Messe vespérale du Jeudi Saint, la réapparition de la Messe chrismale, et le renouvellement des promesses du Baptême durant la Veillée pascale. Disons donc pour conclure que cet «Ordo Hebdomadæ Sanctæ» a apporté quelques avantages pastoraux, mais au prix d'une refonte plus que contestable des cérémonies les plus antiques et les plus vénérables de la liturgie catholique romaine.
Pie XII a estimé que les avantages étaient plus considérables que les inconvénients, nous ne nous permettrons point de contester son jugement, mais nous rappelons simplement à notre lecteur que, pendant ce temps, le «Mouvement liturgique» dévoyé marquait des points. Citons le P. Chenu : «Le P. Duployé suivait cela avec une lucidité passionnée. Je me souviens, c'était bien plus tard, qu'il me dit un jour : «Si nous parvenons à restaurer dans sa valeur première la vigile pascale, le mouvement liturgique l'aura emporté ; je me donne dix ans pour cela». Dix ans après, c'était fait» 1.
Les rubriques du Missel et du Bréviaire ne furent pas épargnées. Comme déjà dans les cas précédents, «quelques Ordinaires des lieux ont adressé des demandes instantes au Saint-Siège» et, poursuit le Cardinal C. Cicognani, «le Souverain Pontife Pie XII, en raison de sa sollicitude et de sa charge pastorale, a remis l'examen de cette question à une Commission spéciale d'experts à qui a été confiée l'étude d'une réorganisation générale liturgique» 2. Ces travaux aboutirent à la promulgation, le 23 mars 1955, du décret «Cum hac nostra ætate» de la Sacrée Congrégation des Rites. Cette réforme tendait à simplifier les rubriques, dans le but de rendre aux prêtres plus aisée la récitation du Bréviaire. Le Pape Pie XII a voulu un allégement du Bréviaire, et, cette fois encore, les «experts» ont orienté la réforme dans le sens désiré par le «Mouvement liturgique».
Dès 1915, le Rm Dom Cabrol estimait que la réforme de Saint Pie X était insuffisante, que le cycle sanctoral y était encore trop privilégié. Quarante ans plus tard, Rome abondait dans son sens en ramenant toutes les fêtes semi-doubles et simples au rang de commémoraison, et en donnant la possibilité de dire l'Office férial de Carême ou de Passion plutôt que l'Office d'un Saint 3. Le nombre des vigiles fut considérablement diminué, celui des octaves réduit à sa plus simple expression : seuls Noël, Pâques et la Pentecôte furent épargnés. Le bréviaire fut allégé de tous ses Pater, Ave, Credo ; l'antienne finale à la Sainte Vierge ne fut conservée qu'à Complies ; les règles des Preces et des Commémoraisons furent simplifiées ; le credo de Saint Athanase, pourtant si actuel, fut réservé au seul Dimanche de la Trinité.
Pour conclure cette trop rapide étude des réformes liturgiques du Pape Pie XII, nous avons le devoir de rappeler leur parfaite orthodoxie, garantie par celle de celui qui les a promulguées, mais il nous faut reconnaître aussi qu'elles constituent, pour les raisons que nous avons expliquées, les premières étapes de «l'autodémolition» de la liturgie romaine.
A SUIVRE...
1. In Un théologien en liberté, J. Duquesne interroge le P. Chenu, Coll. Les Interviews, le Centurion, 1975, p. 92-93.
2. Décret Cum hac nostra ætate, du 23 mars 1955, in Les Heures du jour, Desclée, 1959, p. 31.
3. Les «Experts» commentaient ainsi : «Si le choix est libre, il reste que pour être dans l'esprit de cette réforme, il vaut mieux choisir assez souvent l'Office férial»