Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)
Publié : mer. 15 avr. 2020 14:34
Du reste, tout en comprenant mieux que personne l'effrayante justice du Purgatoire, puisqu'elle puisait de si vives lumières dans ses ravissements, Lidwine cependant ne voulait pas qu'on séparât jamais de la crainte de cette justice la plus large confiance en la divine bonté. Un jour, il y avait réunion autour de son lit ; on parlait précisément des peines de l'autre vie. « Pour ma part, se mit à dire un prêtre qui était là, en montrant un vase plein de grains de senevé qu'un des assistants tenait dans ses mains, je ne m'en cache pas, je consentirais volontiers à passer autant d'années en purgatoire qu'il y a de petites graines dans ce vase ; au moins serais-je sûr de mon salut ! - Ah ! que dites-vous là, mon Père ! s'écria Lidwine avec une douloureuse émotion. Est-il possible que vous ayez si peu de confiance en la bonté de Dieu, que vous soyez si défiant au sujet de votre salut, pour aller jusqu'à désirer un si long purgatoire ? Non, non, vous ne parleriez pas ainsi si vous saviez ce que c'est que cet abîme de l'expiation et quels terribles tourments on y endure ! - Dites ce que vous voudrez, reprit le prêtre, et que le purgatoire soit d'ailleurs ce que l'on voudra, je n'en persiste pas moins dans le sentiment que je viens d'exprimer. » Or, à quelque temps de là, ce prêtre mourut. La sainte le vit dans une de ses extases et comme un jour on s'entretenait de lui : « Il est bien, dit-elle en rompant, cette fois, le rigoureux silence que d'ordinaire elle gardait sur ces questions de personnes; il est bien, grâce à sa vie exemplaire et vraiment sacerdotale; mais il serait mieux encore, s'il eût mieux pensé du purgatoire, s'il eût surtout mis sa confiance avec plus d'abandon en la bonté de Dieu et dans les mérites tout puissants des ineffables souffrances de Jésus-Christ. Sans doute il y a sagesse à craindre, parce que la crainte prévient la présomption et préserve du péché; mais il n'y a pas moins sagesse à espérer,parce que la confiance glorifie admirablement Dieu et relève l'âme en la fortifiant. »
Arrêtons-nous. Nous avons assez exploré, à la gloire de notre sainte, toutes ces merveilles de l'extase, en la suivant dans la recherche de son Bien-aimé au Calvaire, au Ciel, au Purgatoire. Ne finissons pas néanmoins sans constater un fait relatif à toutes ces merveilles, un fait singulièrement merveilleux lui-même, le fait que voici : c'est que, dans ses ravissements presque continuels, la vie des sens était en quelque sorte suspendue en elle, c'est qu'elle s'élevait si haut au-dessus des sens qu'elle ne savait et ne sentait plus rien de ce qui se passait dans sa chair mortelle. Un jour d'hiver, le froid étant très-vif, les femmes qui la servaient avaient placé sur le bord de son lit, pour réchauffer ses membres, un vase plein de charbons ardents, mais bien fermé, et elles étaient parties, car elle avait une extase. Or, ce vase, mal affermi peut être, avait chancelé et bientôt même avait roulé jusque sous le corps de la pauvre crucifiée. Qu'on juge de ce qui se passa ! Quand les femmes rentrèrent, elles sentirent une odeur de chair brûlée. « Ah ! Malheur ! s'écrièrent-elles avec épouvante en se précipitant vers la vierge, malheur à nous !» Et ayant découvert son lit, elles poussèrent un cri d'horreur. L'ardeur du feu avait consumé les chairs, pénétré jusqu'aux os et presque calciné une des côtes ! La vierge en ce moment sortait de son extase ; elle était calme et radieuse ! « Ah! Lidwine, disaient les femmes en pleurant, quel mal affreux mous vous avons fait ! Comment ne vous arrache-t-il pas des cris lamentables ? - Que voulez-vous dire ? répondit la sainte; je sens maintenant, il est vrai,une violente douleur à mon côté; mais quand et comment m'est venue cette douleur, je n'en sais absolument rien, n'ayant pas vu de feu, ni senti aucune ardeur. - C'est nous, Lidwine, c'est nous seules qu'il faut accuser. Malheureuses que nous sommes ! Par notre imprudence nous avons péché contre le Ciel et contre vous, en laissant sur otre lit ce funeste vase presque embrasé ! - Alors, mes sœurs, reprit l'heureuse extatique, consolez-vous et que Dieu soit loué, puisqu'il m'absorbait tellement en lui et m'enivrait de si ravissantes délices que je ne me suis pas même aperçue du tourment sur lequel vous pleurez !»
Comme Lidwine, du sein de toutes nos misères, allons par la résignation au Calvaire,- par la prière et par l'aumône, au Purgatoire, - par une salutaire frayeur, aux portes de l'Enfer, - et par une sainte vie, au Ciel !