DISCOURS SPIRITUELS DU BIENHEUREUX HENRI SUSO, O.P.
Publié : mar. 04 janv. 2022 16:06
DISCOURS SPIRITUELS DU BIENHEUREUX HENRI SUSO, O.P.
I - DE LA VÉRITÉ DE NOTRE NÉANT, ET DE L'HUMILITÉ DU COEUR
Combien est précieuse la connaissance de nous-mêmes.
Parmi les misères innombrables dans lesquelles
vivent les hommes du monde, il est incontestable que
l'aveuglement de l'esprit doit tenir le premier rang. Le
plus grand malheur qu'on puisse imaginer est celui de
l'homme qui ne se connaît pas, ne veut pas se connaître
lui-même, qui vit toujours hors de lui , négligeant son
intérieur pour poursuivre la vanité des créatures.
O curiosité insensée, erreur qui égare tous les hommes !
On prend plaisir à lire les feuilles publiques; on veut
savoir ce qui se fait dans la ville , ce qui agite
les princes, et ce qui se passe dans le clergé;
on est avide des nouvelles de Rome, de France, d'Espagne,
du monde entier ; et l'on se nourrit de ces futilités ,
comme si la vie religieuse n'obligeait pas à ne penser
qu'à Dieu. Malheureux chrétien, qu'as-tu à démêler
avec le monde, puisque tu as promis de vivre mort
au monde ? D'autres veulent apprendre les choses élevées
et sublimes , non pour monter au ciel, mais pour ramper
sur terre et y être admirés. D'autres veulent pénétrer
le cœur des autres, examiner avec soin leur conduite,
pour les louer, s'ils leur ressemblent, ou les critiquer,
s'ils agissent autrement qu'eux. Ils cherchent
dans les actions du prochain la justification de leurs
fautes.
Combien sont plus heureux les vrais serviteurs de
Dieu, qui vivent étrangers à ce qui se passe, et qui
n'ont que des pensées du ciel ! Les uns brûlent de
connaître la volonté de Dieu et son bon plaisir. Soit
qu'ils veillent ou qu'ils dorment, soit qu'ils mangent
ou qu'ils se promènent, soit qu'ils écrivent ou qu'ils étudient,
soit qu'ils travaillent ou qu'ils se reposent, leur unique
désir est de savoir ce que Dieu leur demande. Les
autres, qui sont déjà arrivés à la perfection, n'ont
aucune curiosité, ni humaine, ni divine : ils vivent
abîmés en Dieu, et ne souhaitent rien savoir d'eux ou
des autres, parce qu'ils ont déjà vaincu cette avidité
que produit en nous l'ignorance. Ils ne peuvent aimer
et admirer les choses créées, ni les rechercher par
conséquent; la Vérité les illumine, et ils ne veulent rien
apprendre de Dieu sur eux-mêmes, mais seulement
vivre ensevelis dans la source de la vie. Hélas !
où trouverons-nous des hommes semblables ?
A SUIVRE...