De Gethsémani au Golgotha
Publié : sam. 05 sept. 2015 11:29
LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
D’après Les prophètes, les Évangélistes et les Pères de l’Église
De Gethsémani au Golgotha
Ou Le Trésor Du vrai disciple De Jésus Crucifié
Avant- propos
En nos tristes temps de haine et révolte contre Dieu et contre son Christ, un immense besoin de protestation est au fond de toutes les âmes restées chrétiennes. Nous ne pouvons assister, indifférents et silencieux, aux scènes d’impiété inouïe, qui se renouvelle chaque jour sur l’un ou l’autre point du monde catholique. Nous ne pouvons surtout étouffer les cris de notre indignation et les gémissements de notre douleur, en face des attentats sacrilèges et des insultes sans nom, auxquels est en butte l’image trois fois sainte de notre Sauveur crucifié.
Les fils de l’enfer, impuissants à faire souffrir davantage l’adorable Victime s’en prennent aujourd’hui a l’instrument glorifié de son supplice, à la croix du Calvaire, éternel monument d’un amour infini et d’une méchanceté sans bornes.
Cette croix, teinte du Sang rédempteur, qui se dresse partout comme le témoin et le héraut de la victoire solennelle de Dieu sur l’armée de Satan, les humilie , les importune et les irrite, par le souvenir sans cesse renouvelé de leur défaire. Aussi ont-ils résolu de la faire disparaître de tous les lieux tombés sous leur domination.
Et les voilà qui s’acharnent à la démolir sur les places de nos cités et sur les chemins de nos campagnes. Déjà ils l’ont détachée des murs de nos écoles et ils ont défendu aux petits enfants bien-aimés de Jésus-Christ de prononcer même le nom de leur Père. Ils ont tenté de l’enlever de nos tribunaux, comme pour signifier aux magistrats, qu’à l’avenir, ils n’auraient plus à redouter le contrôle de l’éternelle Justice, comme pour ôter aux coupables l’honneur du repentir et l’espérance du céleste pardon. On les a vus à, dans plusieurs de asiles ouverts à l’infortune, pousser la fureur jusqu’à l’arracher du chevet des malades, jusqu’à priver l’agonie des pauvres de la consolation d’un suprême regard au Dieu de l’indigence et de la douleur!…
Grâce à Dieu! les vrais chrétiens, révoltés dans leurs affections les plus chères et les plus sacrées, tiennent à cœur de relever ces insolents défis, et ce n’est pas sans une émotion de légitime fierté que nous les votons se grouper, autour de la croix profanée, et lui jurer un amour qui ne se laissera pas vaincre par la recrudescence de rage de ses ennemis.
La Croix, qu’ils commençaient peut-être à délaisser ou qui n’éveillait plus dans leur âme que de vague et stériles réminiscences, ils lui décernent aujourd’hui, dans la sainte et inviolable liberté du foyer, les hommages d’une foi pénétrée et d’un culte attendri; ils la saluent partout où ils la rencontrent, avec une respectueuse émotion; ils en retracent le signe auguste sur leurs membres, avec le recueillement d’une religion sincère; un grand nombre même s’engagent à la porter nuit et jour, comme le sceau de leur filial et inébranlable attachement au Père qui les a aimés jusqu’à mourir entre ses bras.
Ainsi la réparation suit de près la profanation. Aux audaces sacrilèges de l’impiété, le chrétien oppose les généreuses audaces de la foi, et désormais, si les méchants, enivrés de leurs apparents triomphes, viennent railler ses croyances et lui demander avec ironie : « Où est-il ton Dieu ? Ubi est Deus tuus? » --« Mon Dieu ! –peut-il répondre,-- il est toujours sur la croix, car la génération de ses bourreaux n’est pas éteinte!…Il est sur sa croix, expiant vos crimes et sollicitant votre grâce!…Et la croix de mon Dieu, elle est sur mon cœur!…En dépit de votre colère et de vos blasphèmes, elle y restera jusqu’à son dernier battement, elle reposera sur ma poitrine jusqu’à son dernier souffle, elle recevra le dernier baiser de mes lèvres, elle sera dans mon cercueil, la dernière compagne de ma funèbre dépouille!…
C’est pour aider, autant qu’il est en nous au développement de ce culte de protestation et de réparation que nous avons entrepris d’écrire ces humbles pages. La Croix est le symbole des souffrances de toute sorte, endurées par Notre-Seigneur Jésus-Christ durant les dix-huit heures qui ont précédé la catastrophe du Golgotha. Il est donc essentiel pour bien comprendre la Croix, de connaître et d’approfondir l’émouvante histoire d’une si cruelle agonie. Nous avons essayé de retracer, dans le détail navrant de chacun de ces actes, ce drame douloureux qui a commencé sous les oliviers de Gethsémani, pour se dénouer sur l’arbre de la Rédemption.
Plus que personne, nous avons senti notre insuffisance extrême à traiter un pareil sujet. Les Anges qui pleuraient au Calvaire n’auraient pu, eux-mêmes, égaler les lamentations aux inconcevables douleurs de la sainte Victime. Aussi, pour ne pas succomber sous une tâche infiniment au-dessus de nos forces, il ne nous a pas suffi d’interroger les visions des prophètes et les témoignages des évangélistes : nous avons lu et médité les plus belles pages inspirées aux Pères et aux Docteurs de l’Église, par le mystère de l’Homme-Dieu. Le seul mérite que puisse revendiquer notre modeste travail, c’est d’être un écho de ces grandes âmes, éclairées de la double lumière de la sainteté et di génie.
Chanoine Alfred Weber
Verdun, fête de l’Exaltation de la Très Sainte Croix, 1882