chartreux a écrit : lun. 26 févr. 2018 16:21
La
liste des papes sur Wikipédia classe S Félix II (355-365) parmi les antipapes. Or, M. John Lane nous dit :
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
(...) le Pape Libère, que le clergé romain accusait d'avoir signé un crédo semi-arien. Et S Robert Bellarmin explique que s'en tenant aux faits extérieurs, ils le jugaient hérétique, donc déchu automatiquement de son office, et ils ont élu S Félix II pour le remplacer. (...)
Cette question divise les historiens, sans doute, mais en tout cas le bréviaire romain dit que S Félix II a regné entre les deux règnes de S Libère, et le considère donc comme un pape légitime ; c'est un fait dont on doit tenir compte.
Quelqu'un a t-il des précisions à ce sujet ?
Le cas échéant, il faudrait peut-être rectifier/compléter les informations sur Wikipédia.
Vous abordez une question reconnue par tous les historiens de l’Église comme vraiment complexe ; pour preuve voici deux textes, l'un de L. Moreri, l'autre de l'abbé Darras, qui bien que d'accord sur les faits historiques, divergent quant aux conclusions.
Moréri Louis – 1759 -
Le grand dictionnaire historique. Paris, 1759, Tome V, pp. 75-76
FELIX, archidiacre de l’Église de Rome, fut intrus sur le siège de Rome, quand le pape Libère fut exilé en 355. Il avait fait serment, comme les autres clercs de l’Église de Rome, de ne reconnaître aucun autre évêque de Rome, du vivant de Libère ; mais Constance le fit ordonner évêque par Epictete, évêque de Centum-Celles. S. Jérôme dit qu'Acacius eut part à cette ordination, et l'accuse d'arianisme, aussi bien que Socrate ; mais Théodoret et Rufin, disent qu'il n'a été Arien que de communion et non pas de doctrine. Quoi qu'il en soit, tous les anciens conviennent que son ordination n'était pas légitime. S. Athanase dans l'épître aux solitaires, dit qu'il fut ordonné dans le palais sans le consentement du peuple, et sans être élu par le clergé ; et que son ordination fut faite par Epictete, en présence de trois eunuques, et de trois évêques, qui pouvaient plutôt passer pour des espions, que pour des évêques ; que le peuple ne lui permit pas d'entrer dans l’Église, et ne voulut pas communiquer avec lui. Marcellin et Faustin assurent la même chose dans la préface de leur requête aux empereurs Valentinien, Théodose et Arcade. Optât et S. Augustin ne mettent point Félix dans le catalogue des papes ; et S. Jérôme lui donne la qualité d'antipape. Enfin, Libère étant de retour, il fut reconnu pour le seul légitime évêque de Rome. C'est donc à tort que quelques nouveaux auteurs mettent Félix dans le catalogue des papes ; et c'est encore avec moins de raison qu'on l'a mis au nombre des saints martyrs.
Dans le temps de la réforme du martyrologe romain, sous Grégoire XIII, Baronius composa une dissertation pour prouver que Félix n'était ni saint ni martyr. Le cardinal Santorio prit la défense de Félix : cependant il aurait été rayé du martyrologe, si par hasard on n'eût découvert en même temps sous un autel de l’Église de S. Côme & de S. Damien à Rome un cercueil de marbre, où d'un côté étaient les reliques des saints martyrs, Marc, Marcellin et Tranquillin, et de l'autre un corps avec cette inscription : Le corps de S. Félix, pape & martyr, qui a condamné Constance. Baronius, qui rapporte ce fait, se rendit à ce témoignage, qui serait peut-être de quelque poids, s'il n'était contraire à ce que les anciens ont écrit de Félix, et si l'histoire de son prétendu martyre n'était insoutenable ; car on y suppose qu'il eût la tête tranchée par ordre de l'empereur Constance, qu'il avait excommunié, et il est certain que Félix survécut à Constance, et que jamais Constance n'a été excommunié par Félix : ce qui fait encore voir la fausseté de l'inscription trouvée dans l’Église de S. Côme & de S. Damien.
Laissant donc ces fables ; voici ce que Marcellin et Faustin nous assurent du sort de Félix ; que Constance étant venu à Rome deux ans après l'ordination de Félix, le peuple lui demanda Libère ; que l'empereur leur accorda son retour ; qu'il revint la troisième année de son exil en 357 ; que le peuple le reçut avec joie ; que Félix fut chassé de Rome ; mais qu'il y revint s'établir dans la basilique de Jules ; qu'il en fut chassé honteusement une seconde fois ; et que 8 ans après, il mourut le 22 novembre, sous le consulat de Valentinien & de Valens, c'est-à-dire, l'an 365. Théodoret rapporte aussi que Constance étant venu à Rome, les dames Romaines lui demandèrent le retour de Libère, et que cet empereur fléchi par leurs prières le leur accorda. Il ajoute que Constance ordonna que Libère et Félix gouverneraient tous deux l’Église de Rome, et que chacun serait à la tête de son parti ; mais que le peuple ayant entendu cet ordre de l'empereur, qu'il fit lire dans le cirque, s'écria tout d'une voix, Il n'y a qu'un Dieu, qu'un Christ, qu'un évêque ; qu'enfin Libère étant revenu à Rome, Félix se retira dans une autre ville ou, comme il est marqué dans l'ancien catalogue des papes, et dans Philostorge, en une de ses terres.
Saint Athanase, epist. ad solitarios. Præfatio Marcellini & Faustini, ad libellum precum. Rufin , l. I, c. 22. S. Hieron. de viris illust. & in chron. Socrate, l. 2. histor. Sozom. l. 4, c. 11. Théod. L. 2, c. 17. Philostorge, l. 4, c. 3. Baronius. Gretser. Le cardinal du Perron, dans sa réponse au roi de la grande Bretagne. Godefroi, dans la chronologie du code théodosien, & dans ses notes sur la loi 14 du 16 livre. Hermant. De Tillemont, mémoires pour l'histoire ecclésiastique. Voyez aussi Monbricius, & les actes des martyrs. M. Du Pin, biblioth. des auteurs ecclésiast. IV siècle. Baillet, vies des saints.