S Félix II (355-365) fut-il un antipape ?

chartreux
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S Félix II (355-365) fut-il un antipape ?

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La liste des papes sur Wikipédia classe S Félix II (355-365) parmi les antipapes. Or, M. John Lane nous dit :
John Lane traduit par le chartreux a écrit : (...) le Pape Libère, que le clergé romain accusait d'avoir signé un crédo semi-arien. Et S Robert Bellarmin explique que s'en tenant aux faits extérieurs, ils le jugaient hérétique, donc déchu automatiquement de son office, et ils ont élu S Félix II pour le remplacer. (...)
Cette question divise les historiens, sans doute, mais en tout cas le bréviaire romain dit que S Félix II a regné entre les deux règnes de S Libère, et le considère donc comme un pape légitime ; c'est un fait dont on doit tenir compte.
Quelqu'un a t-il des précisions à ce sujet ?

Le cas échéant, il faudrait peut-être rectifier/compléter les informations sur Wikipédia.
Si vis pacem
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Re: S Félix II (355-365) fut-il un antipape ?

Message par Si vis pacem »

chartreux a écrit : lun. 26 févr. 2018 16:21 La liste des papes sur Wikipédia classe S Félix II (355-365) parmi les antipapes. Or, M. John Lane nous dit :
John Lane traduit par le chartreux a écrit : (...) le Pape Libère, que le clergé romain accusait d'avoir signé un crédo semi-arien. Et S Robert Bellarmin explique que s'en tenant aux faits extérieurs, ils le jugaient hérétique, donc déchu automatiquement de son office, et ils ont élu S Félix II pour le remplacer. (...)
Cette question divise les historiens, sans doute, mais en tout cas le bréviaire romain dit que S Félix II a regné entre les deux règnes de S Libère, et le considère donc comme un pape légitime ; c'est un fait dont on doit tenir compte.
Quelqu'un a t-il des précisions à ce sujet ?

Le cas échéant, il faudrait peut-être rectifier/compléter les informations sur Wikipédia.

Vous abordez une question reconnue par tous les historiens de l’Église comme vraiment complexe ; pour preuve voici deux textes, l'un de L. Moreri, l'autre de l'abbé Darras, qui bien que d'accord sur les faits historiques, divergent quant aux conclusions.


Moréri Louis – 1759 - Le grand dictionnaire historique. Paris, 1759, Tome V, pp. 75-76
FELIX, archidiacre de l’Église de Rome, fut intrus sur le siège de Rome, quand le pape Libère fut exilé en 355. Il avait fait serment, comme les autres clercs de l’Église de Rome, de ne reconnaître aucun autre évêque de Rome, du vivant de Libère ; mais Constance le fit ordonner évêque par Epictete, évêque de Centum-Celles. S. Jérôme dit qu'Acacius eut part à cette ordination, et l'accuse d'arianisme, aussi bien que Socrate ; mais Théodoret et Rufin, disent qu'il n'a été Arien que de communion et non pas de doctrine. Quoi qu'il en soit, tous les anciens conviennent que son ordination n'était pas légitime. S. Athanase dans l'épître aux solitaires, dit qu'il fut ordonné dans le palais sans le consentement du peuple, et sans être élu par le clergé ; et que son ordination fut faite par Epictete, en présence de trois eunuques, et de trois évêques, qui pouvaient plutôt passer pour des espions, que pour des évêques ; que le peuple ne lui permit pas d'entrer dans l’Église, et ne voulut pas communiquer avec lui. Marcellin et Faustin assurent la même chose dans la préface de leur requête aux empereurs Valentinien, Théodose et Arcade. Optât et S. Augustin ne mettent point Félix dans le catalogue des papes ; et S. Jérôme lui donne la qualité d'antipape. Enfin, Libère étant de retour, il fut reconnu pour le seul légitime évêque de Rome. C'est donc à tort que quelques nouveaux auteurs mettent Félix dans le catalogue des papes ; et c'est encore avec moins de raison qu'on l'a mis au nombre des saints martyrs.

Dans le temps de la réforme du martyrologe romain, sous Grégoire XIII, Baronius composa une dissertation pour prouver que Félix n'était ni saint ni martyr. Le cardinal Santorio prit la défense de Félix : cependant il aurait été rayé du martyrologe, si par hasard on n'eût découvert en même temps sous un autel de l’Église de S. Côme & de S. Damien à Rome un cercueil de marbre, où d'un côté étaient les reliques des saints martyrs, Marc, Marcellin et Tranquillin, et de l'autre un corps avec cette inscription : Le corps de S. Félix, pape & martyr, qui a condamné Constance. Baronius, qui rapporte ce fait, se rendit à ce témoignage, qui serait peut-être de quelque poids, s'il n'était contraire à ce que les anciens ont écrit de Félix, et si l'histoire de son prétendu martyre n'était insoutenable ; car on y suppose qu'il eût la tête tranchée par ordre de l'empereur Constance, qu'il avait excommunié, et il est certain que Félix survécut à Constance, et que jamais Constance n'a été excommunié par Félix : ce qui fait encore voir la fausseté de l'inscription trouvée dans l’Église de S. Côme & de S. Damien.

Laissant donc ces fables ; voici ce que Marcellin et Faustin nous assurent du sort de Félix ; que Constance étant venu à Rome deux ans après l'ordination de Félix, le peuple lui demanda Libère ; que l'empereur leur accorda son retour ; qu'il revint la troisième année de son exil en 357 ; que le peuple le reçut avec joie ; que Félix fut chassé de Rome ; mais qu'il y revint s'établir dans la basilique de Jules ; qu'il en fut chassé honteusement une seconde fois ; et que 8 ans après, il mourut le 22 novembre, sous le consulat de Valentinien & de Valens, c'est-à-dire, l'an 365. Théodoret rapporte aussi que Constance étant venu à Rome, les dames Romaines lui demandèrent le retour de Libère, et que cet empereur fléchi par leurs prières le leur accorda. Il ajoute que Constance ordonna que Libère et Félix gouverneraient tous deux l’Église de Rome, et que chacun serait à la tête de son parti ; mais que le peuple ayant entendu cet ordre de l'empereur, qu'il fit lire dans le cirque, s'écria tout d'une voix, Il n'y a qu'un Dieu, qu'un Christ, qu'un évêque ; qu'enfin Libère étant revenu à Rome, Félix se retira dans une autre ville ou, comme il est marqué dans l'ancien catalogue des papes, et dans Philostorge, en une de ses terres.

Saint Athanase, epist. ad solitarios. Præfatio Marcellini & Faustini, ad libellum precum. Rufin , l. I, c. 22. S. Hieron. de viris illust. & in chron. Socrate, l. 2. histor. Sozom. l. 4, c. 11. Théod. L. 2, c. 17. Philostorge, l. 4, c. 3. Baronius. Gretser. Le cardinal du Perron, dans sa réponse au roi de la grande Bretagne. Godefroi, dans la chronologie du code théodosien, & dans ses notes sur la loi 14 du 16 livre. Hermant. De Tillemont, mémoires pour l'histoire ecclésiastique. Voyez aussi Monbricius, & les actes des martyrs. M. Du Pin, biblioth. des auteurs ecclésiast. IV siècle. Baillet, vies des saints.
Si vis pacem
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Re: S Félix II (355-365) fut-il un antipape ?

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Abbé Darras - L'histoire générale de l’Église. Paris, 1866, tome 9, pp. 518

« Félix, romain d'origine, eut pour père Anastase, dit le Liber Pontificalis. Il siégea un an et deux mois. Il dénonça publiquement Constance, fils de Constantin le Grand, comme hérétique. Il réclama énergiquement contre la rebaptisation de Constantin par Eusèbe de Nicomédie, dans le château impérial d'Achiron. L'empereur Constance, dans sa colère, donna l'ordre de le décapiter. Le pontife reçut ainsi la couronne du martyre. Félix, lorsqu'il n'était encore que simple prêtre, avait construit une basilique sur la voie Aurélia, à un mille de Rome. Il avait acheté de ses deniers le domaine qui l'entourait et donna le tout à l'Église. En une ordination tenue au mois de décembre, il imposa les mains à vingt et un prêtres, cinq diacres et dix-neuf évêques destinés à diverses provinces. Il souffrit le martyre dans la ville de Sora, avec un grand nombre de clercs et de fidèles. Son corps secrètement ramené, le III des ides de novembre (11 novembre 360), sous les murs de Rome et déposé près de la statue de Trajan, fut transporté pendant la nuit par Damase et les autres clercs dans la basilique érigée de son vivant par le pontife. Il y reçut la sépulture, le VII des calendes de décembre (20 novembre 360). Après lui le siège pontifical demeura vacant trente-neuf jours. »
Si vis pacem
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Re: S Félix II (355-365) fut-il un antipape ?

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Abbé Darras - L'histoire générale de l’Église. Paris, 1866, tome 9, pp. 519-520

Les historiens ecclésiastiques nous ont conservé la physionomie réelle que présenta l'élection de Félix. A peine Liberius était-il sorti d Italie que l'empereur faisait sacrer un pape à Rome par la faction arienne. L'évêque de Centumcellæ fut en cette circonstance l'organe des volontés impériales. Il fit tomber le choix sur Félix, archidiacre de l'Église romaine. Trois eunuques représentèrent l'assemblée du peuple; trois évêques, dont l'un était Acace de Césarée, sacrèrent l'élu dans le palais de l'empereur. Les fidèles de Rome n'eurent aucune part à cette ordination irrégulière ; ils ne voulurent jamais entrer en communion avec lui et conservèrent tout leur attachement pour Liberius. L'antiquité rend toutefois à Félix ce témoignage qu'il maintint énergiquement la foi de Nicée, et qu'il fut irrépréhensible dans sa conduite, en dehors de ses liaisons avec le parti des Ariens. Voici les paroles mêmes de Théodoret : « Félix, qui avait été l'un des diacres de Liberius, conservait dans son intégrité le symbole catholique de Nicée. Seulement il communiquait librement avec la faction ennemie. »
Il n'est peut-être pas, dans les annales de l'Église, de controverse plus obscure, plus inextricable, que celle dont le pape saint Félix II a été l'objet. D'une part, toute l'antiquité s'accorde à inscrire son nom au catalogue des pontifes légitimes; de l'autre, les témoignages les plus authentiques nous le représentent comme la créature du parti arien; enfin il est constant qu'il occupa le siège pontifical du vivant d'un pape exilé. Les renseignements à son sujet offrent donc les contradictions les plus étranges. Ainsi le Liber Pontificalis, à une page de distance, affirme que Félix acheva tranquillement ses jours dans son prædiolum de la voie Aurélia ; puis il atteste que Félix fut décapité par ordre de Constance. Dans ce conflit d'assertions inconciliables, l'Église romaine, fidèle à la tradition, prit l'unique parti convenable à sa sagesse. Elle ne permit d'effacer le nom de Félix II, ni du catalogue des papes légitimes, ni des diptyques des saints. Vraisemblablement Liberius, en partant pour l'exil, en faisant au clergé et au peuple de Rome des adieux qu'il croyait éternels, avait pourvu par une démission régulière à la possibilité d'une nouvelle élection. Une parole de la notice de Liberius autorise cette conjecture. On se rappelle en effet que le Liber Pontificalis avait dit précédemment : « Les prêtres de Rome, par le conseil de Liberius, se rassemblèrent et élurent à sa place le prêtre Félix, homme vénérable. » Congregantes se sacerdotes cum consilio Liberii ordinaverunt in ejus locum Felicem presbyterum, venerabilem virum. Il est vrai que la notice de Liberius d'où cette indication est tirée, renferme une foule d'inexactitudes notoires et même d'erreurs caractérisées. Mais ce détail particulier de l'assentiment donné d'avance par le pontife exilé et démissionnaire à une nouvelle élection n'a rien en soi que de très-vraisemblable, surtout si on le rapproche du mot authentique de Liberius à l'empereur Constance, dans l'entrevue de Milan : « Que m'importe le séjour de Rome, ou de toute autre ville ? J'ai dit adieu au clergé et au peuple romain ; reléguez-moi où vous voudrez. » Enfin la tradition unanime venant corroborer cette conjecture, lui donne une valeur très-considérable.
Si vis pacem
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Re: S Félix II (355-365) fut-il un antipape ?

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Abbé Darras - L'histoire générale de l’Église. Paris, 1866, tome 9, pp. 520-521

C'est donc avec raison que tous les auteurs catholiques, tels que Du Perron dans sa « Réponse au roi d'Angleterre », Bellarmin dans son « Apologie du pape Félix II », Henschenius, dans la collection des Bollandistes, ont maintenu la légitimité de ce pontife. Mais la question de la sainteté personnelle de Félix était encore, s'il se peut, plus difficile à résoudre. Voici comment Baronius s'exprime à ce sujet : « Le mode d'élection auquel Félix dut le pontificat présente des irrégularités et des vices de forme incontestables. D'un autre côté, les récits contradictoires ne permettent pas de savoir avec certitude quel fut son genre de mort. Lorsque, par ordre de Grégoire XIII (1582), on s'occupa de la révision du Martyrologe romain, les savants chargés de ce travail discutèrent avec toutes les ressources de l'érudition la controverse dont la mémoire de Félix est l'objet. Il s'agissait de savoir si la mention de ce pape devait être, ou non, maintenue. Après une discussion longue et approfondie, je m'étais rangé à l'avis de la majorité qui demandait que ce nom fût rayé du Martyrologe. J'avais même composé un mémoire spécial que je communiquai à un certain nombre de savants romains et étrangers, lesquels trouvèrent mes raisons concluantes. Une découverte tellement inattendue qu'on ne peut s'empêcher de la considérer comme providentielle vint nous détromper tous. Le bruit s'était répandu que le sol de l'église des saints martyrs Cosme et Damien, située presque sur l'emplacement de l'ancien temple de la Paix, au Forum, renfermait un trésor enfoui. Quelques individus, guidés par une cupidité sacrilège, pénétrèrent la nuit dans la basilique et y pratiquèrent une fouille sous l'autel de la nef latérale de droite, au lieu qui leur avait été indiqué comme renfermant le prétendu trésor. Ils trouvèrent un bisomum de marbre, dans l'un des côtés duquel reposaient les reliques des saints martyrs Marc, Marcellin et Tranquillinus; dans l'autre le corps du pape saint Félix, avec cette inscription gravée à l'intérieur du sarcophage :

                                                                                                                                   CORPUS S. FELICIS PAPÆ

                                                                                                                              ET MARTYRIS QVI DAMNAVIT

                                                                                                                                                 CONSTANTIVM.

« Corps de saint Félix, pape et martyr, qui prononça la condamnation de Constance. » Cette découverte eut lieu le jour même de la fête de saint Félix, le iv des calendes d'août (29 juillet 1582), dans le moment précis où la commission du Martyrologe allait proscrire cette illustre mémoire. Il semblait que le pontife des anciens âges ressuscitât pour plaider lui-même sa cause. Je jetai la plume que le zèle de la vérité m'avait fait prendre d'abord avec plus de témérité que de bonheur, m'estimant d'ailleurs fort heureux d'être vaincu par Félix. Ce fut pour moi une véritable joie de céder la palme au cardinal Julius Sanctorius, qui s'était constitué dans notre commission le défenseur de Félix. Il me parut que je triomphais de mon éminent adversaire et ami, puisque la vérité était victorieuse entre nous deux. »
Si vis pacem
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Re: S Félix II (355-365) fut-il un antipape ?

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Abbé Darras - L'histoire générale de l’Église. Paris, 1866, tome 9, pp. 522

Depuis la découverte de 1582, aucun fait nouveau ne s'est révélé, dans le domaine de la science historique, relativement au pape saint Félix II. Que faut-il entendre par cette condamnation solennelle de l'empereur Constance ? Nous sommes réduits sur ce point à une mention très-peu explicite du Liber Pontificalis, dans la notice de saint Liberius, où il est dit : « Félix, dans un concile de quarante-huit évêques, condamna Ursace et Valens, complices de l'erreur arienne de Constance. » Fecit concilium Félix, et invenit presbyteros consentientes Constantio Augusto ariano nomine Ursatium et Valentem, et exegit eos in concilio quadraginta et octo episcoporum. Ce titre de presbyteri (prêtres), donné ici aux deux évêques ariens, est une note discordante qui a été signalée par tous les critiques et que nous sommes obligé de constater nous-même, avec cette réserve toutefois qu'à cette période du ive siècle l'acception de presbyteri dans le sens générique, comprenant toute la hiérarchie des ministres du Seigneur, pouvait bien n'être pas encore tombée complètement en désuétude. Mais il resterait toujours à concilier la possibilité d'une condamnation d'Ursace et de Valens par Félix, avec l'assertion de Théodoret qui nous dit que ce pontife communiquait sans nulle difficulté avec les Ariens. Il reste de plus à expliquer comment un concile de quarante-huit évêques catholiques a pu être tenu à Rome par un pape que le clergé et les fidèles de Rome tenaient en suspicion et avec lequel ils évitaient toute espèce de relations in divinis. Ces énigmes accumulées durant cette courte période du règne de Constance sont à nos yeux la meilleure preuve de l'altération profonde que les monuments et les sources historiques ont subie sous l'influence triomphante de l'arianisme. Un jour peut-être d'autres documents surgiront, tels par exemple que les Gesta Liberii dont les lacunes seront comblées. Alors la vérité toute entière se dégagera de cette longue éclipse. En attendant, il nous faut accepter comme un bienfait précieux la découverte dont Baronius fut le contemporain, et saluer le nom de saint Félix II comme celui d'un pape légitime et d'un martyr de la foi.
chartreux
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Re: S Félix II (355-365) fut-il un antipape ?

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Merci d'avoir pris la peine de reproduire toutes ces informations ici, cher Si Vis.
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