Des révélations privées
Publié : ven. 19 janv. 2007 0:11
Dans le droit fil de la controverse sur le "grand monarque", voici pour éclaircir les idées ce texte d'un jésuite du XIXè :
R.P. Pouplard S.J. Un mot sur les visions révélations et prophéties, Paris, 1896 Page 39 a écrit :
§ I. Que faut-il entendre par révélations privées ?
Par révélations privées ou particulières, il faut entendre des communications directes, immédiates et personnelles que DIEU fait à certaines âmes privilégiées, soit pour leur donner une connaissance plus claire des mystères proposés à la foi commune des chrétiens, soit pour leur faire entrevoir les secrets de l'avenir; soit encore pour leur dévoiler, dans le présent, des choses qu'il est impossible de connaître naturellement, comme les desseins libres de la Providence, les secrets des coeurs, ou pour leur inspirer de faire certains actes qui étant utiles directement aux individus ou à un groupe isolé de quelques personnes, tournent au moins indirectement, au bien général de la Religion. (Gravina, cité par Amort.)
On appelle ces révélations, privées ou particulières, revelationes privatae, pour les distinguer de la grande révélation universelle, dite encore la révélation canonique. Cette dernière est la parole de DIEU, manifestée aux prophètes et aux Apôtres, et consignée par eux dans les saints livres, avec l'assistance de l'Esprit-Saint, ou simplement transmise par la tradition. Saint Thomas et tous les théologiens avec lui, enseignent que cette révélation est le seul fondement de la foi catholique : Fides nostra innititur revelationi prophetis et apostolis factae, qui canonicos libros scripserunt, non vero revelationi, si quae fuit aliis doctoribus facta. (I P. q. I, art. 8, ad 2.)
Cette révélation universelle, canonique, est l'expression officielle et authentique de l'autorité de DIEU; elle s'impose donc avec un empire absolu à la croyance de tous les hommes. Lui refuser son assentiment serait se mettre en état de révolte contre DIEU, et faire naufrage dans la foi.
Les illuminations privilégiées, que nous appelons révélations privées, sont purement exceptionnelles et surérogatoires; elles n'ont qu'un caractère relatif et officieux; en aucun cas, elles ne peuvent devenir la règle de la foi catholique (V. S. Th., supra). De là, nous pouvons déjà conclure que jamais aucune révélation privée ne peut venir de DIEU, quand elle est en opposition avec les saintes Ecritures, avec les traditions apostoliques et les définitions infaillibles de l'Eglise. De semblables révélations doivent, au contraire, être anathématisées, quand même elles auraient pour auteur un ange descendu du ciel. C'est l'enseignement exprès de l'Apôtre : « Sed licet nos aut Angelus de caelo evangelizet vobis praeterquam quod evangelizavimus vobis, anathema sit.» (Gal. I, 8.)
Mais qu'il y ait eu dans l'Église des révélations privées, que des infidèles même se soient faits chrétiens, éclairés par des visions divines, sur la foi desquelles ils couraient d'eux-mêmes au martyre, comme l'assure Origène dans son livre contre Celse, rien n'est plus certain : les saints Pères, les histoires ecclésiastiques et, notamment, les Actes des martyrs et les Vies des grands fondateurs d'Ordres religieux, nous offrent à cet égard les témoignages plus irréfragables, et nous pouvons affirmer, après saint Thomas (II. 2, q. CLXXIV, a. 6), qu'il a toujours existé, dans l'Église, une série non interrompue de révélations privées. Tous les docteurs, tous les théologiens catholiques sont unanimes sur ce point. Les révélations de sainte Hildegarde, de sainte Gertrude, de sainte Brigitte, de sainte Thérèse, de sainte Madeleine de Pazzi, de la bienheureuse Marguerite-Marie sans parler de beaucoup d'autres, ayant mérité l'approbation de l'Église, il serait singulièrement téméraire de nier absolument et de rejeter de parti pris toutes les communications surnaturelles de ce genre. Une telle tendance dénoterait, à coup sûr, un esprit bien éloigné de celui des vrais catholiques, qui ne craindront jamais de souscrire à ce que l'Église ne craint pas d'approuver...