Neuvaine à Saint Martin
Publié : mer. 01 nov. 2006 22:53
A l'approche de la fête de saint Martin (le 11 novembre), apôtre des Gaules, je me permets de mettre en ligne une neuvaine (datant de 1848) en son Honneur.
Neuvaine en l'honneur de St MARTIN, évêque de Tours.
PREMIER JOUR.
Vocation de Saint Martin à la foi.
Premier point :
Adorons Dieu qui est si admirable dans ses Saints ; il les prévient de ses bénédictions et de ses grâces, opère en eux le vouloir et le faire, comme dit saint Paul, et chacun d'eux peut dire, comme ce grand apôtre : C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. Rendons hommage à cette grâce puissante, qui est le fruit de la mort de Jésus-Christ, notre Sauveur.
Après saint Paul, nul plus que saint Martin ne pouvait attribuer à la grâce sa vocation à la foi de Jésus-Christ. Ce fut du sein des ténèbres du paganisme et au milieu du tumulte des camps que s'éleva cette lumière de l'Église d'Occident. Né de parents idolâtres, Martin ne pouvait avoir reçu, de sa première éducation, aucune connaissance du vrai Dieu. Toutefois, dès ses premières années, on le voyait animé de l'esprit du christianisme. Il se dérobait à la vigilance de ses parents pour fréquenter les églises des chrétiens, et, dès l'âge de dix ans, il demandait à être inscrit parmi ceux qu'on préparait au baptême.
Cette grâce lui ayant été accordée, non seulement il s'en montra digne par son assiduité aux instructions, mais ses progrès dans les vertus chrétiennes étaient si grands , qu'à l'âge de 19 ans, avant même d'avoir reçu le sacrement de la régénération , il aspirait à ce qu'il y a de plus parfait dans la religion chrétienne. Renoncer au monde et à tous les avantages qu'il lui promettait, sous le patronage d'un père qui occupait un des plus hauts rangs dans l'armée ; rêver sans cesse la vie des déserts, ne parler que de monastères et d'églises, voilà ce qui, à cet âge, occupait presqu'exclusivement l'esprit et le coeur du jeune Martin.
En vain un ordre de l'empereur qui obligeait les enfants des officiers et des soldats vétérans à porter les armes, et la volonté impérieuse d'un père qui désirait prouver son dévouement à son prince, et qui jugeait la profession des armes préférable à toutes les autres, vinrent distraire Martin dans son pieux projet ; au milieu des exercices de sa profession, il ne perdait jamais Dieu de vue , et par la pratique de toutes les vertus et de toute sorte de bonnes oeuvres , il se disposait au baptême, qu'il reçut, en effet , à l'âge de dix-huit ans.
Martin resta encore deux ans à l'armée après son baptême, s'appliquant de plus en plus à se perfectionner dans les vertus que nous admirerons dans le cours de cette Neuvaine, et qui l'ont élevé au rang des Saints du premier ordre. Mais, après avoir admiré la fidélité de saint Martin à correspondre à la grâce de sa vocation, voyons, dans le second point, comment nous devons correspondre à la nôtre.
Second point :
Je vous conjure, disait saint Paul aux Éphésiens, de vous conduire d'une manière digne de l'état auquel vous avez été appelés. Nous vous exhortons, disait-il aux Corinthiens, de ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain. Ce sont-là autant d'avertissements par lesquels le Saint-Esprit nous exhorte à vivre conformément aux principes de la foi chrétienne, à laquelle nous avons été appelés.
Commençons par remercier le Seigneur de ce don précieux, dont il nous a gratifiés préférablement à tant d'autres qui gémissent, à cette heure, dans les ténèbres de l'erreur ou de l'infidélité ; pénétrons-nous bien de la nécessité de répondre à cette grâce , en considérant, d'un côté , les engagements sacrés que nous avons contractés au jour de notre baptême , sous la foi desquels cette grâce nous a été accordée, et de l'autre, les dangers que nous courons si nous ne remplissons pas ces obligations. Ces dangers sont qu'en punition de notre ingratitude et de nos infidélités, Dieu ne nous enlève ce don précieux et ne nous abandonne à notre propre faiblesse.
Pour nous faire une idée de ce que nous deviendrions si cette soustraction nous était faite, écoutons la peinture que saint Paul faisait de l'état de la plupart des hommes avant qu'ils eussent reçu le don de la foi. Nous étions, disait-il, en se mettant lui-même au nombre de ces malheureux, des insensés, dépourvus de la vraie sagesse, égarés du chemin de la vérité ; désobéissants, opposant à la vérité la plus coupable résistance ; asservis à une infinité de passions et de voluptés; menant une vie pleine de malignité et d'envie ; dignes d'être haïs et nous haïssant les uns les autres. Voilà ce que sont en danger de devenir des chrétiens qui ne répondent pas à leur vocation. Le bon usage des grâces de Dieu en attire d'autres ; mais l'abus que l'on en fait les éloigne de nous. Lorsqu'une terre souvent abreuvée des eaux de la pluie qui y tombe, produit les fruits qu'on en attend, disait saint Paul, elle reçoit la bénédiction de Dieu; mais si elle ne produit que des ronces et des épines, elle est en aversion à son maître ; elle est menacée de sa malédiction, et à la fin il y met le feu. Craignons cette terrible menace; réformons-nous : Renouvelons-nous dans l'intérieur de notre âme, comme disait saint Paul aux Éphésiens : Travaillons à nous revêtir de l'homme nouveau, qui a été créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables; et efforçons-nous, suivant l'avis de saint Pierre, d'affermir notre vocation et notre élection par toute sorte de bonnes oeuvres.
Prière à Saint Martin.
Grand Saint Martin, du sein de l'éternelle félicité, où, depuis près de quinze siècles, vous jouissez de la récompense dont Dieu couronne les vertus, qui ont fait de vous le modèle parfait des vrais chrétiens, des pieux Solitaires et des plus glorieux Pontifes dont s'honore l'antique église des Gaules, jetez les yeux, je vous en conjure sur cette paroisse, qui vous est dédiée et qui se félicite de vous avoir pour son glorieux patron.
Héritiers de la foi de nos pères, nous nous trouvons heureux de pouvoir perpétuer, parmi nous, le culte qu'ils ont rendu à vos vertus, et d'invoquer cette puissante protection que vous n'avez cessé de faire éclater, dans le cours des siècles, en faveur de ceux qui ont eu recours à vous.
Daignez donc, grand Saint, intercéder pour nous auprès de Dieu. Obtenez-nous l'esprit de foi qui vous dirigeait dans toutes vos actions; le feu de la charité qui vous rendait, en quelque sorte, la Providence de tous les malheureux ; l'amour de la chasteté qui vous fit mener, sur la terre, une vie presque angélique, ainsi que l'humilité, la mortification, par lesquelles vous conservâtes cette vertu si belle. Obtenez-nous surtout la conservation de la foi catholique dans notre commune patrie, afin qu'éclairés par son flambeau lumineux, nous puissions, en remplissant fidèlement les devoirs qu'elle nous impose, jouir, dès ce monde, des bienfaits sans nombre dont elle est la source, et mériter la suprême félicité qu'elle nous montre, dans la vie à venir, comme la juste récompense de nos vertus dans celle-ci.
Ainsi soit-il.