par Si vis pacem » mar. 03 mars 2026 21:52
Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit :
Selon la loi ecclésiastique et les coutumes dans les Missions, quand le Saint-Siège, c'est-à-dire la S. Congrégation de la Propagande, décide la création d'un nouveau vicariat apostolique dont l'administration est confiée à un prêtre autochtone, l'évêque missionnaire abandonne à ce prêtre la partie déjà bien organisée de l'ancien vicariat, donc possédant séminaire, cathédrale et, naturellement, évêché. L'argent liquide en caisse était aussi partagé.
Pour le vicariat de Vinhlong, détaché de celui de Saïgon confié, jadis, aux Missions Etrangères de Paris et gouverné par le Saint Mgr Dumortier, le contraire s'est produit. Mgr Dumortier gardait la partie organisée et me laissait la partie en friche : je n'avais ni cathédrale, ni évêché, ni séminaire. Et comme le Saint-Siège avait commis au même évêque le soin d'organiser les deux vicariats, Mgr Dumortier mit dans son diocèse de Saïgon les prêtres les meilleurs et à Vinhlong ceux de moindre valeur et même quelques-uns à la vertu douteuse.
Pour l'argent, Saïgon qui possédait des plantations de hévéas et des rizières en avait beaucoup. Or, Mgr Dumortier, fidèle à l'adage : la charité commence par soi-même, eût toute une année pour dépenser les fonds du diocèse en faveur des œuvres dans les paroisses dépendant de son futur évêché. Le résultat fut ceci : il ne restait plus, dans le coffre-fort de la Mission à Saïgon, que 30 000 piastres, reliquat des millions que possédait la Mission-mère avant la séparation en deux missions. Et Mgr Dumortier avança ce principe de division : l'argent doit être partagé d'après la superficie de chaque Mission. Quoique peu au courant de l'étendue exacte des deux missions, j'étais certain que la mission de Saïgon avait une superficie au moins triple de celle de Vinhlong. Fort de cette évidence, je dis à Mgr Dumortier que, d'après son critérium, non seulement je n'aurais un sou de ces 30 000 piastres, mais que je devrais lui remettre encore de l'argent. Or, je n'avais pas un sou dans la poche puisque la mission de Vinhlong commençait sans un sou vaillant. D'après moi, il serait plus équitable de répartir les fonds d'après le nombre de chrétiens. On porta le litige à Rome et Rome décida que mon critérium était juste. J'empochai donc 10 000 piastres. C'est avec ce pécule misérable que la Mission commença sa vie. Mgr Dumortier dut encore acheter pour moi une demeure, une maison à un étage dans un petit jardin comme évêché. A moi de trouver de quoi construire un petit séminaire et, plus tard, un grand séminaire.
Pour le moment, on me permettait d'envoyer nos grands séminaristes à Saïgon.
[quote="Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie"]
Selon la loi ecclésiastique et les coutumes dans les Missions, quand le Saint-Siège, c'est-à-dire la S. Congrégation de la Propagande, décide la création d'un nouveau vicariat apostolique dont l'administration est confiée à un prêtre autochtone, l'évêque missionnaire abandonne à ce prêtre la partie déjà bien organisée de l'ancien vicariat, donc possédant séminaire, cathédrale et, naturellement, évêché. L'argent liquide en caisse était aussi partagé.
Pour le vicariat de Vinhlong, détaché de celui de Saïgon confié, jadis, aux Missions Etrangères de Paris et gouverné par le Saint Mgr Dumortier, le contraire s'est produit. Mgr Dumortier gardait la partie organisée et me laissait la partie en friche : je n'avais ni cathédrale, ni évêché, ni séminaire. Et comme le Saint-Siège avait commis au même évêque le soin d'organiser les deux vicariats, Mgr Dumortier mit dans son diocèse de Saïgon les prêtres les meilleurs et à Vinhlong ceux de moindre valeur et même quelques-uns à la vertu douteuse.
Pour l'argent, Saïgon qui possédait des plantations de hévéas et des rizières en avait beaucoup. Or, Mgr Dumortier, fidèle à l'adage : la charité commence par soi-même, eût toute une année pour dépenser les fonds du diocèse en faveur des œuvres dans les paroisses dépendant de son futur évêché. Le résultat fut ceci : il ne restait plus, dans le coffre-fort de la Mission à Saïgon, que 30 000 piastres, reliquat des millions que possédait la Mission-mère avant la séparation en deux missions. Et Mgr Dumortier avança ce principe de division : l'argent doit être partagé d'après la superficie de chaque Mission. Quoique peu au courant de l'étendue exacte des deux missions, j'étais certain que la mission de Saïgon avait une superficie au moins triple de celle de Vinhlong. Fort de cette évidence, je dis à Mgr Dumortier que, d'après son critérium, non seulement je n'aurais un sou de ces 30 000 piastres, mais que je devrais lui remettre encore de l'argent. Or, je n'avais pas un sou dans la poche puisque la mission de Vinhlong commençait sans un sou vaillant. D'après moi, il serait plus équitable de répartir les fonds d'après le nombre de chrétiens. On porta le litige à Rome et Rome décida que mon critérium était juste. J'empochai donc 10 000 piastres. C'est avec ce pécule misérable que la Mission commença sa vie. Mgr Dumortier dut encore acheter pour moi une demeure, une maison à un étage dans un petit jardin comme évêché. A moi de trouver de quoi construire un petit séminaire et, plus tard, un grand séminaire.
Pour le moment, on me permettait d'envoyer nos grands séminaristes à Saïgon.
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