L'enfant Jésus perdu et puis retrouvé après trois jours dans le temple, où il semble parler avec quelque sévérité à sa sainte mère.
Que c'est un déplaisir sensible à toutes les âmes qui aiment Jésus-Christ d'être privées de la connaissance de tout ce qu'il a dit ou fait , durant le temps de son enfance ! Car s'il est vrai que, du moment que Dieu eut parlé au jeune Samuel, et qu'il l'eut rempli de l'esprit de prophétie, on ne laissa pas perdre une seule de ses paroles, tant on les estimait précieuses : Et non cecidit ex omnibus verbis ejus in terram ( I Reg. 3 ). Combien est-il plus vrai qu'on ne devait pas perdre la moindre chose qui regardait l'enfant Jésus, puisqu'il était infiniment plus que Samuel ? Car il est certain qu'il ne faisait pas une action , et qu'il ne proférait pas la moindre parole qui ne méritât d'être écrite en lettres d'or.
Cependant toutes ces précieuses connaissances, qui sont écrites dans le grand livre des conseils de Dieu, sont perdues pour nous [...]
Mais n'avons-nous pas dans l'Évangile, reprit l'ecclésiastique, cette grande action qu'il fit dans le temple, à l'âge de douze ans ( Luc 2 ). La loi prescrivait à tous les Hébreux d'aller tous les ans célébrer la fête de Pâques à Jérusalem : la solennité durait toute la semaine, et la meilleure partie du jour se passait au temple, où les laïques demeuraient aux portiques, les hommes séparés des femmes (S. Antonin. Ep. hist. tit 5. c. 1 , § 5 ). Sur la fin de l'octave, la sainte Vierge, qui tenait toujours auprès d'elle son divin enfant qu'elle aimait plus que sa propre vie, fut si profondément abîmée en Dieu dans son oraison, qu'elle ne s'aperçut point quand il la quitta. Revenue de son extase, ne la trouvant plus auprès d'elle, elle crut qu'il serait allé avec saint Joseph ; car c'est ainsi que les enfants vont tantôt avec le père , et tantôt avec la mère. Mais la cérémonie achevée, et se rejoignant l'un l'autre, la sainte Vierge et saint Joseph, ils ne savaient où était l'Enfant. Ils se persuadèrent aisément que, dans le désir que tous les parents témoignaient pour cet aimable enfant, quelques-uns l'auraient accueilli pour avoir la joie de le posséder un peu, et s'en retournant en Nazareth ; et ils firent une journée entière de chemin dans cette pensée.
Hélas ! que ce jour leur fut long ! Que d'ennuis, que d'inquiétudes, et quelle passion de se revoir bientôt dans la jouissance de leur trésor ! Mais ils en sont plus loin qu'ils ne pensent ; ils espéraient de s'en approcher, et ils le fuyaient.
Arrivant le soir où devait être toute la parenté, et ne le trouvant avec aucun de leurs connaissances, percés jusqu'au fond de l'âme d'une très-cuisante douleur, ils s'en retournèrent en grande hâte en Jérusalem, et le cherchèrent partout, pendant trois jours entiers, mais inutilement. Que faisiez-vous, pitoyable mère ? quels étaient vos sentiments ? de quelle amertume votre cœur était-il rempli ? n'est-ce pas vous-même qui êtes l'épouse du sacré Cantique et qui dites en gémissant : j'ai couru par toute la ville, j'ai été dans toutes les rues cherchant mon bien-aimé, et je ne l'ai point trouvé. Combien de fois vous êtes-vous adressée à lui-même pour apprendre de ses nouvelles ? Indica mihi, quem diligit anima mea, ubi pascas, ubi cubes in meridie. Apprenez-moi donc, ô bien aimé de mon âme, où je pourrai vous trouver ? où vous êtes-vous retiré ? qui a eu soin de vous ? qui vous a donné à manger depuis trois jours que vous êtes absent ? Je demande à tout le monde, et personne ne peut me dire où vous êtes.
Eh ! ce n'est pas parmi la parenté, ni au milieu des rues d'une ville, ni dans le commerce du monde, que l'on trouve Dieu, quand on l'a perdu. Vous le savez, sainte Vierge. Allez au Temple vous le trouverez au milieu des docteurs, traitant des affaires importantes qui regardent la gloire de son divin Père. Elle y va, elle trouve ce jeune enfant plus beau qu'un ange, au milieu des docteurs de la loi, qui étaient des vieillards vénérables. On croit probablement qu'ils traitaient de la venue du Messie. Cette question ayant été fort agitée, depuis qu'on avait vu que les rois Mages étaient venus dire jusqu'à Jérusalem, qu'une étoile du ciel leur avait appris sa naissance : il leur faisait des demandes fort sages, pour apprendre d'eux, en apparence comme leur disciple, mais dans la vérité il les instruisait comme leur maître. Car ce que disait Origène est vrai, qu'il ne faut pas une moindre science pour interroger bien, que pour bien répondre, et qu'on enseigne souvent aussi bien en proposant des questions, comme en répondant. Ils étaient tous dans un profond étonnement d'entendre les divins oracles qui sortaient de sa bouche : Stupebant super prudentia et responsis ejus. Tous l'admiraient et lui applaudissaient.