Afin donc d'armer ses Apôtres du courage et de la constance dont ils avaient besoin, et de dissiper les frayeurs que pourraient leur causer un jour les supplices qui leur étaient préparés, voulant aussi les prémunir contre le scandale de la croix, et les opprobres de la Passion qu'il devait souffrir avec une patience invincible sans rien perdre de la puissance qui était en lui, Jésus prit Pierre, Jacques et Jean, son frère, et les ayant conduits sur une haute montagne, il leur manifesta sa gloire.
Quoiqu'ils eussent compris que la majesté divine résidait en sa personne, ils ne savaient pas combien le corps, qui servait de voile à sa divinité, participait à la puissance divine. C'est pourquoi le Seigneur avait expressément promis, peu de jours auparavant, que quelques-uns de ses Disciples ne mourraient point qu'ils n'eussent vu le Fils de l'homme venir en son règne (1), c'est-à-dire dans l'éclat vraiment royal dont était susceptible la nature humaine qu'il avait prise, et qu'il voulut rendre visible aux trois Apôtres qu'il avait choisis.
Quant à cette vision béatifique et ineffable de la divinité, telle qu'elle est en elle-même, qui est réservée pour la vie éternelle à ceux qui auront le cœur pur, ils ne pouvaient en jouir en aucune manière, étant encore revêtus d'un corps mortel.
Le Seigneur rendit donc témoins de sa gloire ceux qu'il en avait jugés dignes, et répandit sur ce corps, d'ailleurs semblable aux nôtres, une lumière si éclatante, que son visage parut brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la neige.
Son dessein principal dans cette admirable transfiguration, était de prémunir ses Disciples contre le scandale de sa croix, et de fortifier leur foi, afin que, connaissant l'excellence de sa nature divine cachée sous le voile de son humanité, elle ne fût point ébranlée lorsqu'ils verraient les abaissements volontaires auxquels il allait être bientôt réduit, dans le cours de sa Passion.
Cette révélation établissait aussi dans son Église l'espérance qui devait la soutenir; il voulait que tous les membres de son corps comprissent quel changement devait un jour s'opérer en eux, puisqu'ils étaient appelés à jouir de la gloire qui avait brillé dans leur chef. Le Sauveur avait déjà promis cette gloire, lorsque, parlant de la majesté de son avènement, il avait dit : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de mon Père (2).
L'Apôtre saint Paul nous dit également à ce sujet : Quand je considère les souffrances de la vie présente, je trouve qu elles n'ont point de proportion avec cette gloire qui doit un jour éclater en nous (3); et dans une autre épître : Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. Lorsque Jésus-Christ qui est votre vie, viendra à paraître, vous paraîtrez alors aussi avec lui dans la gloire (4).
Les Apôtres trouvaient encore dans cette manifestation éclatante, une instruction très-propre à confirmer leur foi et à répandre de nouvelles lumières dans leur esprit; car Moïse et Elie, qui représentaient la loi et les Prophètes, se firent aussi voir sur la montagne conversant avec le Sauveur, afin que, par la présence de ces cinq personnes, l'oracle qui avait dit : Tout est confirmé par l'autorité de deux ou trois témoins (5), fût pleinement accompli.
Que peut-il y avoir de plus certain et de mieux établi, qu'une vérité appuyée sur le témoignage de l'Ancien et du Nouveau Testament ? L'un et l'autre concourent et s'accordent à faire connaître que celui qui était figuré par les signes précédents, et promis sous le voile des mystères, se rend aujourd'hui visible dans l'éclat de sa gloire. Parce que, comme le dit l'Apôtre saint Jean : La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité nous ont été procurées par Jésus-Christ (6), c'est en lui que les prophéties ont reçu leur accomplissement, et il est la raison des préceptes de la loi, puisque sa présence prouve la vérité de la prophétie qui l'annonçait, et que, par sa grâce, il rend possible la pratique de ses commandements.
(1) Matth., XVI, 28.
(2) Matth., XIII, 43.
(3) Rom., VIII, 18.
(4) Coloss., III. 3, 4.
(5) Deutér., XIX, 15.
(6) Joan., I, 17.