CHAPITRE VI
Naissance et enfance de sainte Philomène.
Sainte Philomène vint au monde vers la fin du
IIIe siècle. Son père, dont on ignore le nom, était un
prince qui gouvernait un État dans la Grèce, sous le bon
plaisir et la haute tutelle de Rome. Sa mère, dont le nom
est aussi inconnu, était de sang royal. La naissance merveilleuse
de la Sainte fit présager à ses parents, dont elle fut comme la
récompense de leur foi et le fruit de leurs prières, qu'elle était,
dans les desseins de la divine Providence, destinée à tenir dans
l'Église un rang plus brillant et plus distingué que
celui qu'elle occupait dans le monde. Voici comment
elle arriva : Ses parents encore païens, c'est-à-dire
livrés au culte des idoles, se trouvant, depuis plusieurs
années passées dans l'hymen, sans enfants, offraient
sans presque d'interruption des sacrifices à leurs fausses
divinités pour en avoir.
Un médecin de Rome, nommé Publius, zélé chrétien,
vivait dans le palais du prince. Voyant l'affliction de
ses maîtres, et touché de leur aveuglement, il fut sans
doute inspiré par l'Esprit-Saint, à leur parler des mystères
et des beautés du Christianisme. Il alla même,
une fois qu'il pensait avoir conquis leurs sympathies
pour la religion du Christ, jusqu'à leur promettre une
postérité s'ils consentaient à renoncer à leurs erreurs
et à recevoir le saint Baptême pour suivre les croyances
et la morale de l'Évangile.
La grâce du Sauveur accompagna les paroles de
Publius. Elle éclaira l'intelligence et triompha de
l'obstination des parents de la Sainte. Ils se firent
instruire à fond de la religion chrétienne et se firent baptiser.
Quelque temps après, ils eurent le bonheur si impatiemment
attendu et qui était le couronnement de leur confiance,
de leur piété et de leurs prières ; ils eurent une fille.
La naissance de cette enfant les combla d'une joie
difficile à décrire. Pour en témoigner leur vive et
sensible reconnaissance à l'Éternel, ils lui donnèrent
le nom latin Lumena. Par là ils faisaient
allusion à la lumière de la foi dont cette fille si désirée
avait, pour ainsi dire, été le fruit. Au jour de son baptême,
ils amplifièrent sur le nom. Car Publius, qui fut le parrain
de celle dont il avait, pour ainsi parler, obtenu la naissance,
lui imposa, de concert avec ses parents, le nom
de Filumena, composé des mots Filia luminis,
c'est-à-dire, Fille de la lumière, et qui devrait se traduire en
français par Filoméne (1).
A SUIVRE...
1) Je sais que le nom béni de notre Sainte s'écrit le plus ordinairement,
d'après une étymologie grecque, piXouMeva, Philomène.
Encore, si l'on s'en tient à cette étymologie, on devrait écrire
ainsi : Philoumène. Mais, que l'on remarque bien que le nom de
sainte Filomène, qui lui fut imposé à sa naissance et à son baptême, est latin :
que Filia luminis ne signifie autre chose, selon
l'étymologie, que Fille de la lumière. Or qui jamais s'est permis
d'écrire en français, le premier mot de ce nom latin composé, avec Ph, Phille ?
Cette expression dans notre langue serait tout au plus
insignifiante.
Nous avons dit que le doux nom de notre Sainte s'écrit le plus souvent avec Ph.,
car cet usage n'est pas adopté universellement en France. Plusieurs ecclésiastiques
distingués par leurs talents, comme par leurs vertus, écrivent Filomène, et non Philomène.
Ainsi, écrit M. l'abbé Dufay, curé de Sempigny (Oise), dans une lettre qu'il nous a adressée;
ainsi encore, M. l'abbé Ferrand, curé de Thivet (Haute-Marne), me prie dans une lettre
d'observer que le nom béni de sa bonne sainte s'écrit Filomène, parce qu'il ne
vient point du grec, mais du latin.
En Italie, en Suisse, en Savoie, on a suivi la version que nous défendons,
et le nom de la sainte Martyre s'écrit par un F. Nous-même, après
bien des hésitations, après avoir consulté des hommes
érudits, nous nous étions décidé à écrire ainsi ce nom béni.
D'abord, nous avions écrit avec une F, ensuite nous avons modifié
et remplacé l'F par Ph, puis, convaincu par mille raisons qui
se pressaient en foule, nous avons adopté l'F. De ces motifs,
présentons-en deux seulement. C'est la sainte elle-même qui, dans la dernière
révélation de son martyre à sœur Marie-Louise, s'exprime ainsi :
« Au moment où je naquis, on me nomma Lumena,
par allusion sans doute à la lumière de la foi, dont j'avais, si je peux parler
ainsi, été le fruit. Lorsqu'on me donna le baptême, on m'appela
Fil-omène ou Fille de la lumière (Filia luminis), puisque ce jour-là
je naissais à la foi. » Un autre motif: Publius, qui imposa ce nom
béni à la sainte sur les fonts baptismaux, était de Rome; or il put
n'être pas étranger au nom de celle qu'on devait à sa vive foi. Du
reste, l'autorité seule des paroles de sainte Filomène suffit bien pour
nous fixer à ce sujet. Et, tant que l'on ne nous aura pas prouvé d'une
manière invincible que le nom de notre Sainte est grec, nous persisterons
à soutenir qu'il doit être écrit avec un F. Cependant, comme chez nous
l'usage a prévalu d'écrire le nom de notre sainte : Philomène, et qu'il serait
difficile de réagir contre cet usage, comme l'observe M. l'abbé Robert
(Dévotion à sainte Philomène), nous conservons dans notre ouvrage l'orthographe reçue,
quoiqu'elle suit évidemment irrégulière, jusqu'à ce que des hommes supérieurs lui fassent
subir une modification qui alors serait adoptée du plus grand nombre.
Pour que nous écrivions le nom de la Sainte, selon l'usage qui est irrégulier,
il n'y a que le motif ici allégué, et suivi par M. l'abbé Fromentin qui pourrait
nous y entraîner. Certes, la raison de ce digne auteur n'est pas sans valeur;
et, toutefois, nous croyons qu'il est temps plus que jamais de s'opposer,
par une innovation si on le veut, à cet acte d'irrégularité. Voici ce que dit
en note, à la page 12, M. l'abbé Fromentin :
« Nous conservons cette traduction (Philomène), parce qu'elle
est universellement adoptée. Depuis 1830, grand nombre de jeunes
filles ont reçu au baptême (nous pouvons ajouter et combien de
religieux, de religieuses, à leur profession, ont aussi reçu) le nom
de Philomène ; il serait difficile de réagir contre cet usage.
Régulièrement on devrait écrire Filomène, ou mieux encore Filumène.
Avant les révélations de la Sainte, on avait cru que cette inscription,
grossièrement faite, pouvait venir du grec. Au lieu de Filia luminis,
Fille de la lumière, on avait lu piXouMeva, aimée; d'où la traduction
de Philomène, conservée jusqu'à aujourd'hui. »
Nous convenons que cette observation de l'auteur est très-juste,
tant de jeunes gens ont aujourd'hui pour nom Philomène. Mais qui
empêcherait ceux qui imposeraient de nouveau le nom de la Sainte
aux enfants de le faire écrire avec un F ?