Nouvel assaut, assaut terrible, livré à la Vierge du
Christ, et qui eût assurément ébranlé son admirable
constance, si la vertu du Tout-Puissant ne l'eût fortifiée.
Sa mère, pour laquelle son cœur brûlait de la plus
vive comme de la plus tendre affection, sa mère qui
l'avait élevée si chrétiennement, qui devait soutenir sa faiblesse,
l'encourager même; sa mère à qui elle n'avait jamais rien refusé,
cette mère chérie, se tournant aussi contre elle,
s'efforça à son tour de vaincre sa résolution.
Les caresses comme les menaces, les sourires comme les pleurs,
tout est employé pour séduire sa bien-aimée Philomène.
Elle se jette donc aux genoux de sa chère Philomène,
et elle s'écrie, les larmes aux yeux et en la pressant sur son cœur :
«Ma fille, aie pitié de ton père, de ta mère,
de nos sujets. Vois ! ton obstination va causer notre
perte, le malheur de notre empire, la ruine de notre
famille... Accepte la proposition de l'empereur et
rends-nous ainsi la vie et le bonheur...»
De son côté, le père approche de sa fille et lui dit en
sanglotant : «Ce que vient de t'observer ta mère, ô
Philomène, est bien digne de tes réflexions.
Pense donc à ce qui peut nous arriver, si, en résistant aux
ordres de l'empereur, tu nous rends les objets de son courroux ?
Ah! plutôt, puisque notre félicité en ce monde dépend de ta détermination,
accepte une fois pour toutes. Sans doute tu as voué ta virginité au Roi
du ciel; mais ce Dieu a fait aussi un précepte aux enfants d'honorer
les auteurs de leurs jours, de les entourer de toute leur tendresse,
de faire tout ce qui dépendrait d'eux pour leur bonheur. Et tu comprends assez,
ma Fille, que c'est là une réciprocité qui est fort juste et très-convenable.»
« O mes parents, répondit la Vierge de Jésus, que
dites-vous ? Certainement vous ne pouvez douter de
ma tendresse et de ma reconnaissance à votre égard.
Vous savez combien je vous suis dévouée en toutes choses.
Mais je dois vous le répéter encore, Dieu et la virginité que je lui ai vouée,
avant vous, avant tout, avant ma patrie par conséquent; car mon royaume,
c'est le Ciel. Ne comptez pas cette fois sur ma soumission,
et permettez que je vous préfère Celui qui est mon
Créateur, mon Rédempteur, mon Époux. Sa volonté
doit être faite avant la vôtre.»
Ses parents fondirent en larmes, insistèrent : «Mais
ne peux-tu pas être l'épouse de Dioclétien et demeurer
toujours fidèle à Jésus-Christ ? Sa grâce ne manquera
pas de bénir alors ton obéissance, et tu auras la consolation
d'avoir fait le bonheur de ton père et de ta mère.»
« O parents imprudents et aveugles, répondit Philomène avec une gravité douce et respectueuse, et qui
donc vous a fasciné les yeux à ce point ? Sans doute, l'ennemi du genre humain, qui a séduit nos premiers
parents, vous a tendu un piège dans lequel vous voulez me faire tomber moi-même. Eh quoi ! n'auriez-vous
demandé au Ciel un enfant que pour le donner à son ennemi ? Dieu sait tout l'amour et toute la reconnais-
sance que j'ai toujours éprouvés pour vous ; mais pensez-vous que je puisse trahir le Dieu bon que j'adore,
qui vous a comblés de tant de ses faveurs, vous aussi bien que moi ! »
Qui n'admirera cette puissance efficace de la grâce
divine qui rend éloquente et diserte la langue des enfants,
et qui rend ces mêmes enfants invincibles à tous
les assauts de l'enfer ! Philomène, en répondant ainsi à ses parents,
avait rempli leur âme d'amertume, et les avait plongés dans une sorte de stupeur.
Ils ne pouvaient se consoler qu'en pensant qu'elle reviendrait de ce
qu'ils appelaient son entêtement, avant que le jour
fût arrivé où ils devraient comparaître une fois encore
avec elle devant l'empereur. Mais la jeune Vierge fortifia sa
résolution par de pieux exercices, tels que le jeûne, la prière mentale,
le chant des Psaumes, l'union à Jésus-Christ, la dévotion à Marie et à son bon Ange,
et le recours à leur protection. Certes, elle avait besoin
de la vertu d'En-Haut pour résister à tant d'embûches
qui allaient être livrées à sa vertu.
A SUIVRE...