Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IVe dimanche après la Pentecôte

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Laetitia
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III.


Mais le Seigneur, qui se souvient de sa justice, ne laisse pas un si grand crime impuni. Il le châtie en dirigeant les événements de telle sorte que les entreprises pour lesquelles on n'a pas demandé son secours, aboutissent aux résultats les plus malheureux, afin que les hommes qui croient pouvoir se suffire à eux mêmes dans leurs projets, apprennent à leur préjudice combien c'est une déplorable folie de ne pas vouloir associer à leurs desseins Celui qui gouverne toutes les choses de ce monde. Que de lamentables tragédies on pourrait citer à l'appui de cette vérité !
L'un veut unir sa fille à quelque noble personnage; mais voici que peu de temps après qu'il l'a mariée selon ses vues, elle meurt en donnant le jour à un enfant qui lui-même meurt bientôt à son tour, de sorte que tout le patrimoine revient au mari, et que le malheureux père a la douleur de perdre sa fille, son petit-fils et de voir sa fortune passer en des mains étrangères. Un autre choisit un gendre plus riche que vertueux, qui dissipe dans le jeu et la débauche son patrimoine et la dot de sa femme, et plonge ainsi le beau-père et sa fille dans le chagrin et la misère. Celui-ci, dévoré de la soif de l'or, a résolu de s'embarquer pour les Indes. Il compte pour rien les dangers de la navigation et de la guerre, l'inclémence d'un ciel étranger, et cependant combien de ces hommes cupides succombent sans avoir pu réaliser leurs désirs ; la mer perfide, les guerres sanglantes, la corruption de l'air, les maladies particulières à ces climats anéantissent tous leurs projets. Celui-là est avide d'obtenir la faveur du prince ou quelque dignité importante de l’État. Il y arrive enfin, et croit qu'il va être heureux ; mais, au lieu du bonheur qu'il espérait, il ne rencontre que soucis, fatigues, épreuves et peines. Mais qui pourrait énumérer les conséquences de ces mariages secrets dont la passion seule forme les nœuds ? Ce sont chaque jour des dissensions interminables ; la guerre y remplace la paix, la discorde la charité, la pauvreté les richesses, des troubles continuels le repos.

Tel met tous ses soins à augmenter son avoir, afin de laisser à l'aîné de ses fils une grande fortune; il couche sur son or, et ose à peine y toucher ;mais, plus tard, son fils recueille ces immenses richesses et se livre à la prodigalité et à la débauche : cet or, qui lui a si peu coûté, il n'en connaît pas le prix, et dissipe aux jeux de dés et de cartes tout son patrimoine. Voilà l'emploi qu'il fait de cette fortune que son père avait acquise par tant d'efforts et de soins, ne se doutant pas qu'il mettait son argent dans un panier percé. Salomon déclare qu'il regarderait comme un malheur (qu'il ne supporterait pas volontiers) d'abandonner à un héritier insensé les ouvrages qui lui avaient demandé tant de travail et d'application. Eccle. II, 19. Parlerai-je des guerres que les rois de la terre entreprennent dans des vues et avec une prudence tout humaines, engageant ainsi et leur personne et leurs sujets dans les plus graves périls ? Ce fut ainsi qu'agit Amasias, roi de Juda. Enorgueilli de la victoire qu'il avait remportée sur les Iduméens, il déclara la guerre au roi d'Israël et essuya une éclatante défaite qui attira sur lui et sur son peuple les plus grands malheurs. IV Reg. XIV.

(à suivre)
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Laetitia
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Message par Laetitia »

Vous pouvez inférer de ces exemples, mes frères, à combien de maux s'exposent les hommes qui, sans consulter Dieu ni implorer son secours, se livrent aux plus importantes entreprises. S'ils travaillent, leur œuvre n'avance pas ; s'ils combattent, ils sont honteusement vaincus; s'ils aspirent à la gloire, ils sont couverts de déshonneur ; et lorsqu'ils pensent assurer leur salut temporel, ils périssent. Pourquoi en est-il ainsi, sinon parce que, abandonnés de Dieu en châtiment de leur présomption, ils de viennent le jouet de la fortune ? Autant sont heureux ceux qui ne commencent rien sans l'assentiment du ciel, autant sont malheureux ceux qui, dédaignant de recourir à Dieu, s'appuient sur leurs propres forces. C'est contre eux que le Seigneur fait retentir cette foudroyante parole : « Malheur à vous, enfants rebelles, qui faites des projets sans moi, qui formez des entreprises qui ne viennent point de mon esprit pour ajouter toujours péché sur péché : qui faites résolution d'aller en Egypte sans me consulter, espérant de trouver du secours dans la force de Pharaon, et mettant votre confiance dans la protection de l'Egypte... Car le secours de l'Egypte sera vain et inutile. » Væ, filii desertores, dicit Dominus, ut faceretis consilium, et non ex me; et ordiremini telam, et non per spiritum meum, ut adderetis peccatum super peccatum. Qui ambulatis ut descendatis in Ægyptum, et os meum non interrogastis, speruntes auxilium in fortitudine Pharaonis, et habentes fiduciam in umbra Ægypti ... Ægyptus enim frustra et vane : auxiliabitur. Isa. XXX, 1-3, 7. Ils sont donc insensés ceux qui croient pouvoir se passer du secours de Dieu : ils consument leurs efforts et leurs travaux sans aucun fruit. Ceux-là, au contraire, qui règlent sagement leur vie, la subordonnent tellement aux vues de Dieu, qu'ils n'osent rien décider sans son avis, rien entreprendre sans son conseil et son ordre. Aussi s'appliquent-ils sans cesse à méditer dans leur âme la parole de Dieu, ne se proposant pas d'autre but dans leur vie que de suivre avec empressement et allégresse les inspirations de ce guide souverain. Leur soumission à cet égard est si grande, qu'ils ne veulent même pas commencer quelque chose de licite et que la coutume et la loi autorisent, sans avoir auparavant consulté le bon plaisir de Dieu et imploré ses lumières, persuadés qu'ils sont que c'est le seul moyen d'agir avec sécurité.
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Laetitia
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Mais je vous étonnerai davantage en vous disant que les philosophes païens ont connu cette vérité, qui est tirée des entrailles mêmes de la philosophie chrétienne. En combien d'endroits Plutarque ne confesse-t-il pas la divine providence ? N'est-ce pas quelque chose d'admirable que la manière dont il corrige la maxime où Euripide déclare que Dieu prend soin des grandes choses et ne s'occupe pas des petites ? Pour moi, dit Plutarque, je pense que rien n'est abandonné au hasard. Et dans le livre qui a pour titre : Comment on peut se louer sans se rendre odieux, il dit que l'on évitera de se rendre tel, en rapportant ce que l'on fait de bien, non à la fortune, mais à Dieu. Sython, général des Athéniens, semble avoir suivi ce conseil. Comme ses compatriotes admiraient et célébraient ses exploits : C'est aux dieux, leur dit-il, qu'il faut rendre grâces; mes succès sont leur œuvre, car, pour moi, je n'ai été rien autre chose qu'un instrument.

Maintenant, je m'adresse à vous, mes frères, et je vous demande : Si des hommes, privés de la lumière de la foi, et n'ayant pour guide que la faible lueur de la raison humaine, enveloppée de tant d'obscurité, attribuaient tout à la divine providence, et proclamaient que rien n'est l'effet du hasard, quels doivent être nos sentiments à nous qui, éclairés du flambeau de la foi et tout imbus de la doctrine des prophètes, des apôtres et des saintes Écritures, confessons que tout ce qui arrive en ce monde est l'œuvre de Celui qui gouverne ce monde dont il est l'auteur et le maître ? Écoutons, en effet, les prophètes, les apôtres, les évangélistes. Que disent-ils, que répètent-ils, que proclament-ils autre chose dans leurs écrits, sinon que nous ne devons rien entre prendre sans l'assistance divine, que c'est dans le sein de Dieu qu'il faut jeter toutes nos inquiétudes, parce qu'il a soin de nous ? I Petr. V, 7. Et cependant combien de chrétiens ne voyons-nous pas qui agissent comme s'il n'y avait pas de providence, comme si Dieu ne s'occupait en aucune façon des choses humaines ? Peut on concevoir une conduite plus indigne, plus insensée, plus contraire à la foi que nous professons ?

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La conclusion de tout ceci, mes frères, c'est que, dans toutes nos entreprises, nous devons avoir sous les yeux ces paroles de Pierre : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit, sans rien prendre ; mais, sur votre parole, je jetterai le filet. » Ce langage de l'Apôtre est une leçon pour nous ; il nous apprend qu'en toutes circonstances nous devons consulter Dieu, nous mettre entièrement sous sa dépendance, reconnaître que sa providence s'étend à toutes choses, aux plus petites comme aux plus grandes, que c'est de lui que vient tout succès, que, faute d'implorer son concours, nous échouons dans nos entreprises et ne rencontrons que peines et soucis là où nous nous flattions de trouver la paix et le repos de l'esprit, que sans son assistance et son secours, en un mot, tous nos efforts sont vains et stériles.

Voilà ce que demandent de nous la foi, la doctrine de Jésus-Christ, la raison et la philosophie humaine. Donc, chrétiens, n'entreprenons rien sans nous être efforcés d'apaiser le Seigneur par la prière, le jeûne et la résolution de mener une vie plus sainte, demandant à ce Dieu infiniment bon qu'il daigne agir avec nous et nous aider, non point selon nos mérites, mais selon son immense charité.

Je termine par un exemple que je choisis entre mille autres du même genre. Heraclius, avant de livrer bataille à Chosroës, roi des Perses, n'avait pris conseil que de ses seules lumières et de ses propres forces ; il essuya de grandes défaites qui, le faisant rentrer en lui-même, lui inspirèrent plus de défiance de la sagesse et des ressources purement humaines. Alors il se tourna vers Dieu dont il implora le secours par la prière et le jeûne, et mit en lui seul toute sa confiance ; puis en étant venu aux mains avec l'ennemi, il remporta sur lui la victoire la plus éclatante, et rendit à l'empire romain son antique gloire déjà presque entièrement éteinte. Que cet exemple nous instruise et nous anime, mes frères ; sachons nous concilier ainsi l'assistance et la protection de Dieu, de peur que, travaillant pendant toute la nuit, nous ne restions les mains absolument vides. Si nous sommes fidèles à implorer le secours divin, tout nous réussira dans cette vie, et nous mériterons, avec la grâce de Dieu, d'arriver heureusement au séjour d'où sont bannies la tristesse et les afflictions.
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