Dom Adrien Gréa - De l'Église et de sa divine constitution, Paris, 1907, tome I°, pp. 165-166 a écrit :
Quant à l'élection passive, l'Église romaine est maîtresse souveraine de son choix. Car, encore que de droit commun les prêtres et les diacres, et, depuis Innocent III, les sous-diacres, soient seuls éligibles à l'épiscopat, la souveraineté de l'Église romaine emporte avec la désignation du sujet la dispense des incapacités canoniques.
Aussi il n'y a pas lieu à distinguer ici, comme dans les autres élections canoniques, entre l'élection proprement dite et le postulat.
Le Sacré Collège peut élire un évêque déjà attaché à un autre siège ; et, encore que l'antiquité ait blâmé l'élection du pape Formose, qui faisait paraître pour la première fois, disait-on, sur le siège de saint Pierre une dérogation à la règle prohibitive des translations, cette élection n'a point été invalide.
Le Sacré Collège, pour la même raison, peut élire un clerc encore dans les ordres mineurs et même un simple fidèle (14).
Mais il ne faut pas, de cette puissance souveraine du Sacré Collège des cardinaux dans l'élection, conclure que ce Collège confère proprement la juridiction au pontife, à la manière du supérieur qui institue l'inférieur.
Toute mission, dans l'Église, vient d'en haut ; Dieu a envoyé son Christ : le Christ envoie les évêques, l'évêque envoie les ministres de l'Église particulière. C'est le fond de ce qu'on nomme institution dans le droit canonique.
L'évêque, comme nous le verrons, institue ses prêtres ; le Souverain Pontife, tenant la place de Jésus Christ, institue les évêques. Dieu seul peut instituer le Souverain Pontife ; Jésus Christ peut seul investir son vicaire de sa redoutable autorité.
Le propre de l'élection dans l'Église n'est que la désignation et la présentation de la personne au supérieur ; elle ne confère par elle-même aucune autorité à l'élu : toute l'autorité vient du supérieur qui donne l'institution.
L'élection ne lie pas même absolument celui-ci, au moins par son essence, et c'est pourquoi le droit positif peut la supprimer dans les degrés inférieurs.
L'Église romaine est la seule qui ne puisse être dépouillée du droit d'élire, et la seule aussi dont le choix ne puisse être cassé, parce que seule elle n'a pas de supérieur ici-bas.
Mais cette élection ne change pas pour autant de caractère ; elle demeure ce qu'elle est au fond, une simple désignation du sujet, et elle ne saurait donner à celui-ci la mission et l'institution.
(14) - Sacr. Cærem. S. Rom. Eccl. Venet. 1582. f. 16.
à suivre