III.
C'est assez vous entretenir de cette série de rois et de princes qui figurent dans la généalogie du Sauveur. Il nous reste à parler de la très-sainte Vierge, dont l'évangéliste a exprimé la gloire et la dignité dans les derniers mots de l'évangile de ce jour : « Marie, de laquelle est né Jésus, qu'on appelle Christ. Cette seule phrase, si courte, nous ouvre un vaste champ et une abondante matière de louanges en l'honneur de la très-sainte Vierge. Nous ne pouvons, en effet, considérer à la fois cette dignité de mère de Jésus et la nature de la bonté divine, sans y trouver les preuves les plus éclatantes de la gloire de Marie et des immenses trésors de grâce dont elle a été comblée. S'il est vrai qu'il est de la nature de la bonté divine de se communiquer libéralement à toutes les créatures et surtout à celles qui se disposent par une grande innocence et une pureté parfaite à. recevoir cette communication, de quelles splendeurs de la grâce, dites-moi, ne dut-elle pas pénétrer l'âme de Marie, qui était plus pure que les astres et que les esprits angéliques ?
Qu'on présente à la lumière du soleil un miroir sans tache, il participera tellement à l'éclat de cet astre, qu'il en deviendra en quelque sorte l'image. Cette comparaison convient merveilleusement à la très-pure et très-sainte Vierge. Eclairée des rayons du soleil de justice, elle reproduisait ce divin soleil par la sainteté parfaite de sa vie où n'apparaissait rien que de divin et de céleste.
Aussi rien d'étonnant que notre discours reste bien au dessous des louanges dont elle est digne ; le regard de notre âme, ébloui par l'éclat d'une sainteté si grande, s'obscurcit et se trouble à vouloir contempler les vertus de Marie. Nous n'avons donc d'autre ressource que de nous élever à l'intelligence de ces vertus à l'aide de conjectures fondées sur les choses qui nous sont connues et familières.
Et d'abord, Moïse, pour être demeuré pendant quarante jours avec Dieu sur la montagne, parut aux yeux des Israélites avec un visage resplendissant d'une telle lumière, qu'il fut obligé de mettre un voile sur sa face, pour qu'ils pussent le regarder. Que penser de la très-sainte Vierge qui, pendant neuf mois, porta dans ses chastes entrailles le brillant soleil de justice ?
Les évangélistes disent du Sauveur « que toute la foule cherchait à le toucher, parce qu'il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous. » Omnis turba quærebat eum tangere, quia virtus illo exibat, et sanabat omnes. Luc., VI, 19. Si donc tous ceux auxquels il était donné de toucher le Sauveur où même son vêtement recevaient le bienfait tant désiré de leur guérison, quelle abondance de grâces ce divin Sauveur ne dut-il pas communiquer à celle qui le portait petit enfant sur son sein, l'allaitait de ses mamelles virginales, le serrait dans ses bras, lui prodiguait les soins les plus tendres ? Que dirai-je de l'ombre de saint Pierre, qui guérissait les malades ? Si Notre-Seigneur a conféré à son serviteur une si grande vertu, quelle vertu ne s'est-il pas réservée pour lui-même, et par conséquent quels trésors de grâces et de vertus celle qui portait toujours dans ses mains non l'ombre du Christ, mais son corps sacré, ne devait-elle pas puiser à cette source ?
(à suivre)