Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Ier dimanche de l'Avent

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Laetitia
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Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Ier dimanche de l'Avent

Message par Laetitia »

Insensés que nous sommes ! notre vie s'écoule dans la plus profonde négligence. Tandis que nos actes sont écrits avec tant de soin en caractères ineffaçables, nous passons notre temps dans les amusements et l'oisiveté, nous cherchons uniquement le plaisir ou la richesse ; et pendant ce même temps, toutes nos fautes sans exception sont recueillies et gravées dans le livre de la justice divine.
Oui, malheureux ! là sont relatés, jour par jour, heure par heure, les faux serments et les blasphèmes que vous avez prononcés, vos paroles d'insulte envers Dieu, d'injustice à l'égard de l'homme, les regards lascifs portés sur des objets illicites, les désirs impurs, les intrigues criminelles, les vols accomplis ou simplement projetés, les emportements et les vengeances, les désordres cachés ou publics, tout enfin, puisque les paroles inutiles elles-mêmes y seront consignées. Et maintenant, riez tout à votre aise, jouez, livrez-vous à la bonne chère, courez après les voluptés, ne songez qu'aux choses de la terre, occupez-vous de tout, excepté de ce compte terrible qui se prépare contre vous dans la chancellerie du ciel !

C'est ce qui parfois a lieu dans le secret des tribunaux humains : le coupable dort tranquille ; se croyant à l'abri du soupçon, il se livre à ses plaisirs accoutumés : et cependant le témoin fait sa déposition, les scribes la relatent avec soin, les juges préparent les éléments de leur sentence et fixent déjà la peine qui doit être prononcée ; le seul homme intéressé en cause ignore ce qui se fait contre lui : il a bien autre chose à quoi penser ! Puis tout à coup, son accusation étant prête, il est saisi et renfermé dans une étroite prison, pour être bientôt interrogé dans la torture, ou traduit et condamné sous les yeux de tout le peuple. Voilà notre situation, chrétiens, vis-à-vis de notre juge suprême; notre cause s'instruit chaque jour, et que d'hommes dont cette pensée ne traverse jamais l'esprit, pas même comme un rêve ! Oh ! que la conduite de Job était différente ! Voici ce que disait à Dieu cet homme, qui le servait néanmoins avec tant de fidélité : « Vous suscitez sans cesse vos témoins contre moi, et vous multipliez les flots de votre colère : Instauras testes tuos contra me et multiplicas iram tuam, Job, x, 17. Quoique vivant sur la terre, le saint patriarche n'ignorait pas qu'au ciel il était tenu un compte exact de toutes ses actions ; et cette pensée le tenait dans une crainte salutaire. Il savait que rien n'échappe aux regards divins, selon cette parole d'un prophète : « Je suis le témoin et le juge, a dit le Seigneur. » Puisque c'est là une incontestable vérité, nous pouvons bien dire avec Salomon au malheureux esclave de la volupté : « Jeune homme, passe ta jeunesse dans la joie, suis sans contrainte tous les penchants de ton coeur, laisse-toi guider par tes yeux ; mais sache que, pour toutes ces choses, tu seras traduit au jugement de Dieu, » Eccle. XI, 9. Et vous y trouverez alors autant d'amertume, que vous aviez espéré jadis y trouver de douceur.

(à suivre)
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Laetitia
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Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Ier dimanche de l'Avent

Message par Laetitia »

On peut entrevoir déjà quelle sera la sentence qui doit suivre un tel examen. Le démon sera là, remplissant le rôle d'accusateur. Voici comment le fait parler un pieux docteur de l'Eglise : « Juge suprême et plein d'équité, les droits que la création vous avait donnés sur l'homme, il me les a transférés par sa prévarication ; il était à vous en vertu de sa nature, il est à moi par le fait de sa désobéissance, puisqu'il a mieux aimé suivre mes conseils qu’obéir à vos lois. Il est votre créature, il eût pu devenir votre enfant ; mais il a préféré devenir mon esclave : son crime en a fait ma légitime propriété. » Les méchants ne pouvant rien répondre à ces paroles, le Juge prononcera immédiatement son arrêt. Oh ! Que ne m'est-il donné de le faire retentir, cet arrêt fatal, jusqu'aux extrémités du monde ! O hommes ! le temps de la vie ne vous fut accordé que pour vous préparer au dernier jugement, et rien ne vous a moins occupés que cette préparation uniquement nécessaire ; voyons si maintenant vous serez prêts à écouter la terrible sentence : « Retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, qui a été préparé pour le démon et ses anges. » Ô éloignement I ô malédiction ! ô feu ! ô éternité ! Mystères formidables ! Je ne sais ce qui m'étonne le plus, et ce que je dois le plus craindre. Est-ce d'être à jamais séparé de Dieu, ou d'être frappé de son irrévocable anathème ? est-ce le feu lui-même avec ses dévorantes ardeurs, ou bien l'éternelle durée de cet horrible supplice ? Je frémis à cette dernière pensée. Après des millions d'années passées au sein des flammes vengeresses, pressés par la violence de la douleur, n'en pouvant plus d'une aussi longue torture, les malheureux damnés s'écrieront : Combien de temps encore devons-nous demeurer dans ce déluge de feu ? Nous souffrons depuis tant de siècles ; quand viendra donc la fin de ces intolérables tortures ? Et les démons, répondant à ces plaintes par de sanglantes railleries, leur diront : Vous êtes bien pressés de vous plaindre ! Vous commencez à peine votre journée ; vos tourments n'en sont qu'à leur première heure. Quand vous aurez encore passé dans ces flammes des millions et des millions d'années, tournant sans cesse dans la même roue qui vous entraîne, vous aurez toujours devant vous l'éternité tout entière. A ces mots, désespérant une fois de plus, et de leur propre salut, et de la divine miséricorde, ces infortunés tourneront leur rage contre le ciel,maudiront et blasphémeront Celui qui vit dans les siècles des siècles ; ils maudiront les auteurs de leurs jours, le sein qui les a portés, les soins qui les ont fait vivre.
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Laetitia
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Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Ier dimanche de l'Avent

Message par Laetitia »

Puisque tel est, mes frères, le sort réservé aux pécheurs impénitents, je vous en conjure par la foi qui nous unit, par vos intérêts les plus sacrés, par votre destinée éternelle, par le sang de Jésus-Christ versé pour nous sur le Calvaire, ayez pitié de vous mêmes ; songez à votre salut tandis que le salut, vous est encore possible. Que ferai-je donc ? Me demanderez-vous peut-être. Ah ! faites ce que le Prophète avait résolu, quand il disait : « Je me tiendrai debout pour veiller à ma propre garde ; je monterai sur mes fortifications, pour écouter ce qui me sera dit, pour voir ce que je pourrai répondre à celui qui m'accusera, » Hab. 11, 1. Voilà ce que nous devons faire, chrétiens ; tel est le principe d'après lequel nous réglerons à l'avenir nos sentiments et notre conduite. Songeons sérieusement à ce que nous pourrons répondre au juge qui doit nous interroger. Son interrogatoire portera sur l'orgueil et la vanité, sur l'avarice et la concupiscence, sur toutes les impuretés de notre cœur et de notre vie, sur les fraudes et les vengeances, en un mot, sur tout ce qui en nous fut en opposition avec ses lois. Si tel doit être l'objet de ses investigations, repoussons loin de nous, dans ces jours de grâce et de miséricorde, tout ce qui pourrait blesser son regard scrutateur. Retranchons ensuite toute occasion de péché, déposons nos vieilles haines, corrigeons nos emportements, et si nous avons causé des préjudices ou ravi le bien d'autrui, restituons, réparons nos torts, dans le plus bref délai possible. Une objection s'élève peut-être dans votre esprit : Ce que vous prescrivez est bien difficile et bien pénible. Eh quoi ! les supplices de l'enfer seront-ils donc plus doux ? et n'est-ce pas une véritable démence, pour éviter un moindre mal, d'en encourir un plus grand ? Vous voyez chaque jour des hommes tellement délicats, qu'ils éprouvent du dégoût en présence des mets les plus exquis. Qu'une maladie grave vienne les frapper, aussitôt ils prennent les boissons les plus amères, dans l'espoir qu'elles leur rendront la santé ; ils se procurent, même au poids de l'or, une souffrance passagère, mais pour échapper à des maux prolongés et tout autrement réels. Voilà cependant que la foi catholique, plus inébranlable que la terre et le ciel, m'annonce une mort éternelle, si je n'expie mes péchés dans les pleurs de la pénitence ; et je refuserais de racheter par une expiation aussi légère des tourments infinis ! Ah ! quel est le prédicateur dont l'âme ne serait déchirée, lorsque tant de fois sa parole a vainement fait retentir à vos oreilles ces grandes vérités ?
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Laetitia
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Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Ier dimanche de l'Avent

Message par Laetitia »

Vous insistez : Mais si je restitue le bien d'autrui, j'en serai réduit à mendier mon pain. Eh ! dites-moi, ne vaut-il pas mieux vivre et mourir pauvre, pour mériter comme le pauvre Lazare d'être transporté dans le ciel au milieu des anges, que d'aller avec le mauvais riche brûler à jamais dans les enfers ? A quoi bon des richesses qui doivent vous conduire à ce terme fatal ? Insensés, vous laisserez aux autres ces richesses mal acquises, et vous emporterez avec vous le crime qui les a mises dans vos mains ! A quoi bon même les plus belles couronnes, l'empire de l'univers, si vous perdez votre âme pour une éternité ? « Et comment, dit Origène, seriez-vous admis au nombre des élus en retenant le bien des autres, quand on en exclut même ceux qui ne donnent pas du leur ? Si les hommes qui n'ont pas exercé la miséricorde sont repoussés du séjour des miséricordieux, comment y pourraient avoir accès les hommes de violence et d'injustice ? Celui-là va brûler avec les démons, qui ne donne pas un vêtement au pauvre nu ; que deviendra donc celui qui même a dépouillé le prochain ? Que ne méritera pas l'injustice positive, quand un défaut de charité recevra des peines aussi graves ? » Voilà donc, chrétiens, et ce que vous devez faire, et ce que vous devez éviter, pour obtenir au dernier jour une sentence favorable, et mériter d'avoir une place dans les rangs des bienheureux, au sein de la gloire immortelle.
Ainsi soit-il.
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