Biographie Mgr Thuc ?

Si vis pacem
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Pendant mon séjour à Cainhum, j'ai fait une ordination, car j'avais un diacre appelé Quyên dont on avait remis l'ordination sacerdotale aux calendes, le soupçonnant d'être lépreux. Originaire de Saïgon, il est venu à moi comme le "Refugium peccatorum". C'était un brave type, un peu nerveux, mais de bonne conduite et comme j'avais besoin de prêtre, je l'ai fait examiner par des médecins vietnamiens qui pratiquaient la médecine ancestrale : décoction de diverses plantes. Ils m'ont assuré que le diacre Quyên ne présentait aucun signe de la lèpre. Je lui fis commencer une semaine de retraite et le dimanche qui suivit, à la Messe solennelle, Cainhum vit une ordination... avec un évêque ayant un roseau couvert de papier d'argent comme crosse et mitre de papier en tête. Ce prêtre, ordonné sous le régime communiste, vit encore et se porte bien.

Je lui donnais, quelques jours après la prêtrise, un ministère un peu exceptionnel, celui d'assister au dernier moment d'un type condamné à être fusillé par une troupe française qui faisait un raid à Cainhum et qui l'avait arrêté, lui connu pour avoir dénoncé des Vietnamiens francophiles et, de ce chef, tués par les communistes. Le pauvre néo-prêtre ne put refuser ce ministère. Il confessa le condamné (un ex religieux !), lui donna le viatique, mais ferma les yeux quand il entendit le chef du peloton crier : "Attention et feu !". C'était, pour lui aussi, un début de ministère. De Cainhum, je rayonnais dans tous les coins de mon diocèse, non pas par vaux et par monts, mais partout en barque, où l'on mange, où l'on dort, où les chrétiens rament jour et nuit par équipes sur ce réseau de rivières, filles du grand Mékong, qui sillonnent tout mon diocèse. Mes prêtres me recevaient au débarcadère. Mais cette absence de Vinhlong fit mauvaise impression auprès des Sœurs françaises qui me taxèrent de communiste...

Quand la France réussit à pacifier la Cochinchine, en forçant les communistes à rentrer dans leurs repaires - ils n'avaient que des sabres et des bambous pointus en guise de piques et très peu de fusils - je rentrais à Vinhlong. Les pauvres sœurs ne voulurent pas aller à l'évêché me saluer. Mais, petit à petit, voyant que je ne leur gardais pas rancune et, surtout, constatant que ma façon d'agir avait sauvé la vie de leurs consœurs qui travaillaient dans les campagnes tandis qu'elles-mêmes (une minorité) vivaient tranquillement à Vinhlong et à Bentre, car les communistes respectaient leurs consœurs appartenant à mon diocèse tandis que celles dépendant du diocèse de Saïgon, dirigé par un évêque français, étaient reléguées, par les communistes, dans les forêts, souffrant mille morts à cause de la pénurie des vivres, des habitations, sans prêtre ni consolations ...
 
 
Si vis pacem
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
En passant, j'ai parlé des Sœurs Amantes de la Croix, du couvent de Caimon, plus de 200 sœurs ; celui de Cainhum une centaine. D'où venaient ces sœurs ? Depuis les premières conversions au christianisme faites par les missionnaires jésuites, un bon nombre de femmes, non seulement de condition ordinaire, mais quelques dames de la Cour impériale, se consacraient au Seigneur. Cette consécration était déjà pratiquée par les bonzesses. Quand apparurent les premiers vicaires apostoliques au Vietnam, dont Mgr de Lamothe-Lambert, du Séminaire des Missions Étrangères de Paris, celui-ci rassembla ces vierges en communauté et leur donna un règlement de vie. Mais, peut-être, sous-estimant la valeur de ces néophytes, il ne leur permit pas d'émettre les trois vœux de religion : pauvreté, chasteté et obéissance, quoique pratiquement, ces âmes pratiquaient la pauvreté matériellement plus rigoureuse que les moniales des vieilles chrétientés, la chasteté et l'obéissance envers leurs supérieures, ayant même un temps de noviciat.

Cette manière de vie dura trois siècles et ne cessa que peu avant le Vatican II. J'ai eu le privilège d'introduire ces vœux aux Amantes de la Croix de mon archidiocèse de Hué, après un sérieux noviciat sous la direction des Mères Augustines de Dalat. Certes, si elles restaient sans vœux, l'évêque pourrait leur confier toutes sortes de besognes, mais elles n'étaient strictement pas les épouses du Christ.
 
 
Si vis pacem
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Le terrain acquis pour le Petit-Séminaire était suffisamment spacieux pour bâtir un hôpital à un étage et une maison pour le médecin. Ce médecin s'appelait le Docteur Lesage. Il avait servi dans les troupes françaises envoyées pour rétablir la domination française renversée par les Japonais. Lesage n'était pas catholique pratiquant, mais était très charitable. Au lieu de rentrer en France, il préféra rester au Vietnam où un médecin était une Providence pour les habitants. A Vinhlong, nous n'avions qu'une infirmerie. Lesage m'a contacté, j'étais très content de l'avoir. De là venait la construction de l'hôpital et de la maisonnette du docteur. Lesage ne faisait payer que ceux qui le pouvaient ; pour les indigents, il les soignait gratis. Il se plaisait si bien au Vietnam, qu'il se fit naturaliser vietnamien. Pauvre docteur, il n'avait pas prévu le triomphe du communisme ni son arrestation et son envoi dans les camps de rééducation ... Étant vietnamien, la France ne put le reconnaître comme sien et le libérer des griffes marxistes ...

Quand le séminaire St-Sulpice de Hanoï dût évacuer le Tonkin, tombé sous le joug communiste, pour se rendre avec plus de 50 grands séminaristes en Cochinchine, voyant leur embarras pour loger et continuer les cours, je leur offris cet hôpital comme séminaire provisoire me souvenant que j'avais été l'hôte de St-Sulpice à Paris quand je préparais ma licence à l'Institut Catholique et logeais à la Maison des prêtres, rue Cassette. Les Pères sulpiciens étaient très prudents. Quand ils purent aller, avec leurs séminaristes, à Saïgon où ils trouvèrent une installation, nos relations furent interrompues, car ils pensaient que des relations avec le frère du Président de la République seraient mal vues par les autorités du Vatican, sous Paul VI qui, berné par le franc-maçon Cabot-Lodge, était persuadé que notre famille persécutait les bonzes bouddhistes. Étrange erreur, car les bouddhistes vietnamiens ont déclaré, publiquement, que jamais un gouvernement n'avait subventionné leurs œuvres comme le gouvernement Ngô-dinh-Diem. Le même franc-maçon n'était pas étranger à l'assassinat de mes trois frères : Diêm, Nhu et Cân.
 
 
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Comme les élèves du Petit Séminaire allaient achever leurs huit années d'études secondaires : latine, française et vietnamienne, j'ai dû bâtir un grand séminaire pour Vinhlong. La providence m'aida. Je trouvais un terrain, qui était alors une rizière de plus de 5 hectares, aux portes de Vinhlong, sur la route principale qui conduit vers le bac de Mŷ-Thuân. Ce bac mène à l'autre rive où passe la grande route vers Mytho et Saïgon.

La première chose à faire était de combler le terrain sur une surface suffisante pour supporter des bâtiments en dur du grand séminaire. Pour cela, il fallait délimiter le périmètre des constructions, puis creuser des étangs sur une autre partie du terrain acheté, la terre de ces excavations servant de remblais et les étangs, ainsi créés servant de viviers pour l'élevage des poissons, ceux-ci nourris par les restes de la table des séminaristes et, surtout (j'ai quelque honte à le dire !) par les déchets humains dont ils sont très friands. Sur ces étangs furent donc construits les W.C. du séminaire ...

Cet élevage est chose commune en Cochinchine. Du Cambodge arrivent des jonques contenant dans leurs flancs des alevins, si petits qu'il faut des filets comme des moustiquaires, aux interstices minuscules, pour attraper ces petits poissons. On achète le contenu de quelques jonques, on déverse dans les étangs ces alevins qui grandissent très vite ; après deux ans, ils pèsent plusieurs kilos, surtout lorsqu'ils sont nourris avec les déchets humains. Avant de les vendre, on les fait jeûner pendant un mois et leur chair est excellente. Dans les écoles des paroisses, il y a toujours un étang à poissons et la vente de ces poissons aide à payer les enseignants. Du reste, pourquoi se scandaliser : nos plantes, nos salades vivent de déchets animaux, c'est-à-dire du fumier. Or, chez nous, on n'avait pas d'argent pour acquérir des engrais synthétiques et chimiques qui, souvent, produisent des légumes et des fruits sans saveur. L’Écriture Sainte nous dit, le jour des Cendres : "Rappelle-toi, ô Homme, que tu es poussière et, en poussière, tu retourneras."
 
 
Si vis pacem
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Ce séminaire aura un destin assez flatteur, car de grand séminaire de Vinhlong, il deviendra séminaire régional pour le Centre Cochinchine et, enfin, réquisitionné par les communistes.

Racontant ma "sécession" à Cainhum, j'ai dit que le grand séminaire de Saïgon s'est replié là pour échapper à l'étau des communistes qui harcelaient la capitale du Sud. Les bâtiments qui abritèrent alors ce séminaire appartiennent à la communauté des Catéchistes, religieux ayant les trois vœux. Le fondateur de ce couvent, dont les membres servaient le diocèse de Saïgon et celui de Vinhlong, était un saint homme, le Père Boismery, des Missions Étrangères de Paris. Quand je l'ai rencontré, il était perclus de rhumatismes et ne voyait presque plus. Il allait bientôt mourir. Après lui, un vieux Père vietnamien devint supérieur du couvent, sans autre aptitude que celle de pouvoir célébrer la Messe tous les jours pour les novices, leur donner des instructions, car une fois profès, ces religieux vont partout où on les appelle pour catéchiser les néophytes. Or, ce père supérieur ne connaissait pas les caractéristiques de la vie monacale. Ainsi, par exemple, pour le vœu de pauvreté, les religieux, là où ils travaillent souvent, ont besoin de permissions pour acquérir certaines choses d'où exemptions contre la pauvreté. Ils devaient alors écrire au P. Supérieur, exposer les raisons pour lesquelles ils demandaient une dispense. Or, le service de la poste qui existe dans les villes était inexistant dans les campagnes et il fallait recourir aux occasions : des voyageurs se rendant à Cainhum, un très petit bourg. Le P. Supérieur imagina alors cette solution : les religieux qui rentraient à la maison-mère pendant le mois de Vacances d'été, recevraient, avant de repartir en mission, du P. Supérieur un lot, par exemple, une vingtaine de dispenses sur la pauvreté. Ainsi, quand, dans le cours de l'année, ce lot serait épuisé, le religieux demandera un autre lot.

Mais former des religieux, sans vivre leur vie, sans connaître les caractéristiques de la vie religieuse, était une gageure. Il fallait y remédier. Il fallait que ces religieux puissent diriger leurs novices, il fallait qu’un ou deux de ces religieux puissent être ordonnés prêtres pour assurer la Messe et confesser leurs confrères. Je me mis à l'œuvre. J'en choisis trois que la communauté, par vote secret, estimait les plus doués pour remplir le rôle de supérieur. Moi-même me fis leur professeur en théologie et ainsi j'ai pu ordonner le premier prêtre sorti de la communauté des Frères de Cainhum. Plus tard, de jeunes religieux ont été envoyés en France faire des études littéraires, scientifiques, philosophiques et théologiques pour assurer la survivance de cette Congrégation si nécessaire et si méritante. Le Saint-Siège a approuvé ma manière de faire.
 
 
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