Des Encycliques du Pape Pie XI.
Mais aucune puissance créée n’aurait jamais suffi à expier les crimes du genre humain si le Fils de Dieu n’avait assumé la nature humaine pour la relever. Le Sauveur des hommes l’a lui-même annoncé par la bouche du Psalmiste : Vous n’avez voulu ni sacrifice ni oblation, mais vous m’avez formé un corps ; vous n’avez pas agréé les holocaustes pour le péché. Alors j’ai dit : Me voici, je viens (1) . Et de fait, il s’est vraiment chargé de nos infirmités, il a porté lui-même nos douleurs (2) ; il a été broyé à cause de nos iniquités ; il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois (3), détruisant l’acte qui était écrit contre nous et nous était contraire avec ses ordonnances ; et il l’a fait disparaître en le clouant à la croix (4)... afin que, morts, au péché, nous vivions pour la justice (5). La surabondante Rédemption du Christ nous a fait remise de toutes nos fautes (6). Cependant, par une admirable disposition de la Sagesse divine, nous devons compléter dans notre chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église (7). En conséquence, aux louanges et aux réparations « dont le Christ s’est acquitté envers Dieu au nom des pécheurs » pouvons-nous, et même devons-nous ajouter encore nos louanges et nos expiations.
Mais nous ne devons jamais l’oublier, toute la vertu d’expiation découle uniquement du sacrifice sanglant du Christ, qui se renouvelle sans interruption, d’une manière non sanglante sur nos autels, car « c’est toujours une seule et même victime, c’est le même qui s’offre maintenant par le ministère du prêtre et qui s’offrit jadis sur la croix ; seule la manière d’offrir diffère » (8). C’est pour cette raison qu’au très auguste Sacrifice eucharistique les ministres et le reste des fidèles doivent joindre leur propre immolation, de sorte qu’ils s’offrent eux aussi comme des hosties vivantes, saintes, agréables à Dieu (9). Bien plus, saint Cyprien ne craint pas d’affirmer que « le sacrifice du Seigneur n’est pas célébré avec la sainteté requise si notre propre oblation et notre propre sacrifice ne correspondent pas à sa Passion » (10). Pour cette raison encore, l’Apôtre nous exhorte à « porter dans notre corps la mort de Jésus » (11), à nous ensevelir avec Jésus et à nous greffer sur lui par la ressemblance de sa mort (12) non seulement en crucifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises en fuyant la corruption de la concupiscence (13) qui règne dans le monde, mais encore en manifestant la vie de Jésus dans nos corps (14) et, unis à son éternel sacerdoce, à offrir ainsi des dons et des sacrifices pour nos péchés (15).
A ce sacerdoce mystérieux et à cette mission de satisfaire et de sacrifier ne participent pas seulement les ministres choisis par notre Pontife, le Christ Jésus, pour l’oblation immaculée qui se doit faire en son nom divin depuis l’Orient jusqu’à l’Occident (16) mais encore le peuple chrétien tout entier, appelé à bon droit par le Prince des Apôtres race élue, sacerdoce royal (I Petr., II, 9.) ; car soit pour eux-mêmes, soit pour le genre humain tout entier, les fidèles doivent concourir à cette oblation pour les péchés (17), à peu près de la même manière que le Pontife choisi parmi les hommes est établi pour les hommes en ce qui concerne les choses de Dieu (18).
(1) Hebr., X, 5-7.
(2) Is., V, 3 ; IV, 5.
(3) I Petr., II, 24.
(4) Coloss., II, 14.
(5) I Petr., II, 24.
(6) Cf. Coloss., II, 13.
(7) Cf. Coloss., I, 24.
(8) Conc. Trid., sess. XXII, c. 2.
(9) Rom., XII, 1.
(10) Ep. 63, n. 381.
(11) Cor., IV, 10.
(12) Cf. Rom., VI, 4-5.
(13) Cf. Gal., V, 24.
(14) II Cor., IV, 10.
(15) Hebr., V, 1.
(16) Malach., I, 11.
(17) Cf. Hebr., V, 2.
(18) Hebr., V, 1.