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Laetitia
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Canite tuba in Sion quia prope est Domini : ecce veniet salvandum nos, alleluia, alleluia !


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P. Louis-François d'Argentan (1615-1680), Capucin. Tome I. Conférences théologiques et spirituelles sur les grandeurs de Jésus-Christ.Conférence VIII. Partie I. a écrit : Sur l'entrée de Jésus-Christ au monde, qui paraît abjecte, mais qui fait éclater hautement sa divinité.

Les premières voix qui annoncent la gloire d'un monarque, quand il fait une entrée triomphante, sont les trompettes, les hérauts, les enseignes, les hiéroglyfiques où sont dépeintes ses plus belles actions ; et c'est ce qu'il fait toujours marcher devant lui.
Mais a-t-on jamais vu quelqu'un dont les trompettes et les hérauts aient rempli la terre de sa renommée plusieurs centaines d'années avant qu'il fit son entrée dans une ville ? Trouvera-t-on quelqu'un qui ait été promis et préconisé plus de cinq mille ans avant sa venue ? Parle-t-on de quelque autre monarque dont l'estime ait été si grande, qu'on l'ait attendu et demandé avec des soupirs et des larmes, comme le bonheur général du genre humain, depuis la création du monde ? C'est ce qui n'est jamais tombé dans la pensée des hommes.

Il n'appartient qu'à Jésus-Christ d'avoir préparé son entrée au monde par autant de trompettes du ciel qu'il y a eu de prophètes dans l'ancien Testament, qui l'ont annoncé et promis aux hommes ; et par autant de hérauts qu'il y a de patriarches qui l'ont préconisé comme le désiré de toutes les nations du monde ; et par autant d'étendards hiéroglyphiques, qu'il y a eu de figures qui l'ont représenté comme le bonheur général de tout l'univers. Cette gloire éclatante qui n'appartient qu'au seul Jésus-Christ, lui a préparé son entrée avec une magnificence qui passe infiniment tout ce qu'on a jamais vu dans les plus grands monarques qui ont régné durant tous les siècles.

Dès la création du monde, Adam qui avait ruiné tout le genre humain par sa chute, fut le premier qui reçut la promesse d'un Sauveur qui devait naître d'une femme. Dans la suite des siècles il y a toujours eu des saints qui ont attendu avec impatience l'effet de cette aimable promesse, comme Abel, Enoch, Noé et tant d'autres. Cette magnifique promesse fut confirmée et renouvelée à Abraham, Isaac et Jacob ses enfants; ce dernier meurt en disant : Expectabo salutare tuum Domine (Genes. 49, v. 18). J'attendrai, ô mon Dieu, le Sauveur que vous nous avez promis.

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Les prophètes ont succédé comme des trompettes qui ont fait un bruit plus distinct et plus éclatant, parlant de lui plus ouvertement et le promettant aux hommes plus expressément de la part de Dieu. Celui qui portait la couronne, comme le plus noble de tous, le saint roi David, ne chante presque autre chose dans ses psaumes. Isaïe qui était un grand prince aussi bien qu'un grand prophète, proche parent du roi Manassès, fut envoyé au monde sept cent cinquante ans ou environ avant la venue de Jésus-Christ, pour l'avertir de son arrivée, et lui préconiser ses grandeurs. Dieu voulut qu'il fût avantagé d'une éloquence extraordinaire, pour parler dignement du Verbe incarné, qui est l'éloquence infinie de Dieu son Père. Il est vrai qu'il charme aussi tous ceux qui l'entendent, quand il nous dépeint avec quelle majesté et quelle douceur il devait régner sur nous ; Voilà, dit-il, qu'une Vierge concevra et enfantera un fils, en demeurant toujours vierge ; et ce fils portera le nom auguste d'Emmanuel (Isa. 7), qui veut dire, Dieu est avec vous. Et ailleurs il dit : Un enfant nous est né et nous est donné, il s’appellera Admirable, Conseiller, Dieu petit, fort, Père du siècle futur, prince de paix (Isa. 9).

Peu d'années après Isaïe, Baruch, fit éclater ces grandes paroles qui résonnaient par toute la terre : Celui-ci (parlant du Messie qui est Jésus-Christ) est notre Dieu, nous n'en reconnaissons point d'autre; c'est Lui qui nous a enseigné la vraie sagesse ; et après cela, Il a été vu en terre, et a conversé avec les hommes (Baruch, 3).

Avant tous ceux-là le prophète Michée, longtemps avant la naissance de Jésus-Christ, car il vivait environ l'an trois mille deux cent cinquante de la création du monde, avait annoncé sa venue, et désigné même le lieu où il devait prendre naissance, disant clairement qu'Il sortirait des jours de son éternité, pour venir entrer dans les premiers jours de sa vie mortelle en Bethléem (Michée, 5).

Du temps du prophète Isaïe, ou environ, florissait la sibylle Erythée, dont les vers miraculeux sur la naissance et sur la résurrection de Jésus-Christ sont cités par saint Augustin au livre de la Cité de Dieu (August. De civit. Dei, lib. 18, v. 23), comme des oracles du ciel et comme des prophéties que Dieu a voulu mettre exprès dans la bouche es in fidèles qui n'avaient pas la connaissance des divines Écritures, afin que la venue de son fils unique fût prédite et préconisée par toutes sortes de voix, non seulement à son peuple, mais encore aux nations infidèles, et que tout le monde en fût averti.

Après cela, direz-vous encore que son entrée au monde s'est faite sans bruit, et sans qu'on ait pu s'en apercevoir ? Qui jamais a été promis plus longtemps ? Où qui est-ce qui a été plus hautement proclamé avant que de paraître ? Les entrées triomphantes de tous les conquérants du monde, fussent-elles toutes réunies ensemble, ou toutes fondues en une, ont-elles été précédées de quelques acclamations, ou de quelque magnificence qui approche de celle de Jésus-Christ ?
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P. Louis-François d'Argentan (1615-1680), Capucin. Tome I. Conférences théologiques et spirituelles sur les grandeurs de Jésus-Christ.Conférence VIII. Partie I. a écrit :Mais ce n'est pas assez d'avoir entendu le son des trompettes qui ont annoncé sa venue à tous les siècles qui l'ont précédé : il fallait bien aussi que les yeux eussent le ravissant spectacle des enseignes hiéroglyphiques qu'il a fait marcher bien loin devant lui, pour nous représenter ses grandeurs divines dans ses emblèmes, avant que nous puissions les voir dans sa personne.

Ne voyez-vous point marcher en tête un Moïse, qui après avoir traité avec Dieu familièrement, comme un ami avec son ami, sur la montagne , en descend le visage si rayonnant de gloire et de majesté, que les yeux des mortels eussent été trop faibles pour en supporter les éclats ? Il fallut nécessairement mettre un voile sur sa face, qui cachât cette splendeur divine, pour le mettre en état d'être vu du peuple, de s'approcher d'eux pour leur enseigner la loi qu'il avait reçue de Dieu, et qu'ils devaient recevoir de lui, et enfin pour avoir le moyen de converser avec eux sans les effrayer. Que remarquez-vous en cela ? n'est-ce pas une enseigne mystérieuse qui représente Jésus-Christ descendant de la montagne de son éternité, où il converse familièrement avec Dieu son Père, et qui venant à nous, couvre les éclats de sa gloire infinie du voile de notre chair mortelle, pour se rendre supportable à nos yeux, et venir nous apprendre ici-bas la loi toute aimable du saint Évangile, que Dieu son Père lui a commandé de nous publier ? La vue de ce bel étendard n'est-elle pas charmante ? Et ne faisait-elle pas espérer de voir quelque chose de plus admirable ?

Voyez venir longtemps après un Jonas, jeté dans la mer pour apaiser la tempête, et qui de là s'en va dans Ninive, où il prêche la pénitence avec tant de zèle et tant de succès, que tous les habitants de cette grande ville, depuis le roi jusqu'au dernier du peuple, prennent le sac et la cendre, jeûnent, pleurent et s'humilient devant Dieu, pénétrés d'une si sensible douleur de l'avoir offensé, que Ninive, déjà condamnée à périr, se trouva sauvée par la prédiction de Jonas. Que pensez-vous voir dans cette merveille ? n'est-ce pas une enseigne pleine du mystère qui vous représente Jésus-Christ, qui est venu se plonger dans la grande mer de nos misères, pour apaiser la tempête que le vent de nos ambitions, que la fureur de nos passions et la rage de notre malice avaient excitée, en nous soulevant insolemment contre le ciel, et qui, à force de nous prêcher la pénitence par ses exemples et par ses paroles, a persuadé aux plus grands pécheurs de se convertir, et d'apaiser par leurs pénitences la colère de Dieu, qui était toute prête de tomber sur eux ? Y avait-il rien de plus beau ou de plus magnifique pour nous représenter les desseins de la venue du Fils de Dieu en terre, que de faire marcher devant lui cet bel emblème ?
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Saint Bernard, qui l'avait fort considérée, était si transporté d'admiration et si enflammé d'amour, qu'il en était hors de lui-même ; je ne puis m'empêcher de vous dire ici le beau sentiment qu'il conçut à la vue de cette merveille. J'étais, dit-il, chargé de crimes, et je ne pensais à rien qu'à me divertir, lorsque le roi prononça un arrêt de mort contre moi. Son fils unique apprend mon extrême calamité, et touché de compassion de ma misère, il sort de son palais, il dépose son diadème, il se revêt d'un sac, il se couvre la tête de cendre, il marche pieds nus et les larmes aux yeux, et va se présenter ainsi tout pénétré de douleur, tout confus et tout anéanti, pour demander ma grâce à son père. Je le vois en cette posture, et me sentant tout surpris de cette nouveauté inouïe, j'en demande la cause, et j'apprends qu'il s'est réduit en cet état-là pour l'amour de moi. On me dit que, sachant que j'avais mérité la mort et que j'étais déjà condamné, il s'était hâté de venir se jeter aux pieds de son père, et demander de la souffrir pour moi. Apprenant cela, et le voyant moi-même, que ferai-je ? continuerai-je à jouer et à me divertir comme auparavant ? Me moquerai-je de ses larmes et de l'état pitoyable où je le vois réduit pour l'amour de moi ? ne serai-je point touché ni de la honte des crimes dont je suis coupable, ni de la crainte des supplices auxquels je suis condamné, ni de tendresse sur les bontés de celui qui se présente ainsi volontairement pour les endurer à ma place ?

Malheur à moi, si je suis stupide jusque-là ! si je ne suis pas tout-à-fait insensé, ne dois-je pas cesser mes divertissements et mes vains plaisirs ? ne dois-je pas au moins me réduire dans le même état pauvre, humilié, souffrant, où il me paraît ? ne dois-je pas me mettre à sa suite et mêler mes larmes avec les siennes ?

Ce beau sentiment de piété en fit naître un autre dans l'âme d'une personne présente, qui nous surprit tous et qui nous toucha vivement. Est-il donc vrai, disait-elle, que c'est ainsi que Dieu s'apaise, quand la grandeur de nos péchés ont irrité sa juste colère ? quelle étrange sorte de réparation est-ce ici ? mon péché ôte la gloire à Dieu et lui fait une injure infinie par le mépris que je fais de sa loi ; et on me dit que toute la faute est bien réparée, pourvu qu'il ôte la vie à son Fils unique. Eh quoi, mon Dieu ! qui pourrait comprendre cela ? Le péché est-il moins abominable, quand il met à mort le propre Fils de Dieu, que quand il a offensé son Père ? De dire que cette seule mort, qui est le plus grand de tous les crimes, est la réparation de tous les autres crimes commis contre Dieu, j'avoue que je n'y conçois rien, cela me transporte et m'abîme. Car, ô Dieu ! quelle réparation, où le plus grand de tous les crimes dévore et anéantit tous les autres ? Ils ne sont plus, et il n'est plus lui-même, depuis qu'il est une fois commis.

Où va l'excès de vos bontés, ô mon très-aimable Jésus ? Qui pourrait pénétrer dans la secrète philosophie de votre incomparable amour ? Vous consentez que l'on commette un déicide de votre adorable personne ; et, au lieu d'avoir les foudres en main pour abîmer le monde en punition de cet attentat, vous dites : Que ce crime exécrable, le plus grand de tous les crimes qui peuvent être commis par les hommes, vienne fondre sur moi, tout rempli de la multitude infinie des autres crimes de toute la nature humaine, sans qu'il en demeure un seul qui n'enferme en lui-même. Je saurai bien abîmer toute cette malice infinie dans un plus grand abîme de bonté, d'amour et de miséricorde que j'ai dans mon cœur, et convertir ce déicide avec tous les crimes du genre humain qui lui seront unis, en une source de grâce et de sanctification très-abondante, que je ferai couler incessamment sur tous les hommes. Conçoive qui pourra où va cet excès de bonté. O bonté infinie de Jésus ! o bonté immense du Père des miséricordes ! ne devriez-vous pas arracher par force tous les cœurs des hommes hors de leurs poitrines, et les faire tous mourir d'amour à la vue de cette merveille ?
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P. Louis-François d'Argentan (1615-1680), Capucin. Tome I. Conférences théologiques et spirituelles sur les grandeurs de Jésus-Christ.Conférence VIII. a écrit :Après cela , l'ecclésiastique voulut reprendre son discours et continuer à faire voir la multitude et la magnificence de ces étendards magnifiques, qui ont marché en si bel ordre durant tous les siècles qui ont précédé la naissance de Jésus-Christ, portant chacun en sa manière différente les figures qui représentent les grandeurs de cette auguste majesté, que l'on attendait dans le monde. Il passa légèrement les yeux sur plusieurs qu'il allait exposer plus au long. Mais le maître de la maison, pour lequel principalement il voulait parler, l'interrompit et lui dit : Il est vrai que voilà de belles dispositions; et, à vous entendre, cela promettait une entrée la plus pompeuse et la plus magnifique que l'on vit jamais. Mais enfin à quoi s'est terminé tout cela ? À rien ou à moins que rien ; car on n'a rien vu dans l'entrée de Jésus-Christ au monde, qui ait du rapport à tout ce que l'on devait attendre; tout au contraire, il est entré sans bruit, dans le silence et dans les ténèbres de la nuit, sans que personne s'en soit aperçu. Vous m'avouerez qu'il n'y a rien de plus triste ni de plus indigne de l'entrée d'un si grand roi. Mais l'ecclésiastique lui répondit excellemment et le détrompa bien, comme vous allez l'entendre.

L'entrée de Jésus-Christ au monde est accompagnée de circonstances qui publient hautement sa divinité.

Les plus beaux jours, les plus éclatantes lumières, les chants d'allégresse, les acclamations poussées vers le ciel par la foule des peuples, peuvent bien servir d'un bel ornement à la cérémonie des grands de la terre, quand ils veulent qu'on leur fasse une entrée. Mais tout cela est trop bas et trop indigne de la grandeur infinie de Dieu ; les ténèbres et le silence ont je ne sais quoi de sublime et d'auguste, qui nous sert beaucoup mieux pour rendre les honneurs suprêmes à sa majesté, qui nous est ineffable et incompréhensible.

C'est pour cela que Dieu voulait que le sanctuaire, que l'on regardait comme le trône particulier de la majesté de Dieu sur la terre, fût dans les ténèbres. Il n'était permis qu'au seul grand prêtre d'y entrer, encore c'était avec un très-profond respect et tout tremblant de crainte. Il n'eût osé y porter aucune lumière, mais seulement un encensoir en main, comme pour augmenter encore les ténèbres par la fumée de l'encens. Il n'eût osé y dire une seule parole, mais il y gardait un profond silence, pour écouter si Dieu daignerait lui faire entendre sa voix. Les cantiques de louanges l'honoraient dans le temple, et les lampes s'y tenaient toujours allumées ; mais le seul silence et les ténèbres pouvaient honorer dans le sanctuaire du temple : pour vous dire que l'un et l'autre sont le plus digne hommage de la souveraine majesté de Dieu.
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Quand il voulut donner sa loi au peuple par les mains de Moïse sur la montagne, il voulut qu'elle fût toute environnée de ténèbres et de nuages, qui en dérobassent la vue au peuple et lui inspirassent un profond respect de cette majesté cachée dans l'obscurité : Erantque in eo tenebrae et nubes et caligo (Deuter. 4) . C'est ainsi que le grand Dieu du ciel traite avec les hommes de la terre, et tant s'en faut qu'il faille s'étonner de ce que Jésus-Christ, entrant au monde, a choisi le silence et les ténèbres de la nuit, qu'au contraire, ces ténèbres et ce profond silence nous marquent beaucoup mieux les grandeurs de sa divinité.

Le grand apôtre, revenu de cette grande extase où il fut élevé au troisième ciel, pour communiquer avec Dieu sur l'important dessein de la conversion des gentils, dont il voulait qu'il fût l'apôtre, n'avait autre chose à nous dire, sinon que L'œil n'a point vu et que l'oreille n'a point entendu ; c'est-à-dire les ténèbres et le silence qui enveloppent son ravissement. Mais voici une autre extase où le Fils de Dieu, sortant hors de lui-même par un grand excès de ses bontés pour nous, tombe en terre comme tout pâmé d'amour dans nos bras. Na faut-il pas dire de ce ravissement divin, bien mieux que de celui de l'apôtre saint Paul : Ni les yeux n'ont rien vu, ni les oreilles n'ont rien entendu. Il fallait bien que le silence et les ténèbres fissent un voile de respect et d'admiration à l'extase de ce grand Dieu, quand il vient à nous.

Si nos premiers parents, en voyant la nudité et la honte où le péché les avait réduits, se cachèrent de confusion, quand Dieu se montra à eux dans le paradis terrestre pour châtier leur désobéissance : Vidi quod nudus essem, et abscondi me ; n'est-ce point ici un semblable dessein ? Toute la nature se cache de honte et s'enveloppe dans les ténèbres, confuse de voir sa nudité et l'horrible état où ses crimes l'avaient réduite, n'osant paraître devant les yeux de ce Dieu de majesté qui descend à elle. Mais lui, plein de bonté et de miséricorde, la vient chercher exprès où elle est, dans les doubles ténèbres de son ignorance et de ses péchés, non pour la punir, mais pour lui pardonner ; non pour la chasser du paradis de la terre, mais pour l'introduire dans celui du ciel.
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Mais enfin, ce qui nous fait voir un dessein très-sublime de la sagesse de Dieu dans le mystère de ce silence et de ces ténèbres que nous ne saurions pénétrer, c'est que l'un et l'autre étaient préparés dès l'éternité, comme les seules magnificences qui étaient dignes de l'entrée du Fils de Dieu au monde ; et cela était prédit en termes exprès dans les Ecritures : Dum quietum silentium contineret omnia, et nox in suo cursu medium iter haberet, omnipotens sermo tuus, Domine, à regalibus sedibus venit. (Sap. 18, v. 15.) Tandis que le silence tenait tout en paix, et que la nuit était au milieu de sa course, votre Verbe tout-puissant, Seigneur, est descendu de son trône royal pour venir à nous. Il fallait bien que tous les êtres perdissent la parole par l'étonnement de cette merveille ; il fallait bien qu'ils fermassent les yeux pour croire à l'aveugle ce qui leur est incompréhensible.

Je ne sais lequel estimer davantage, en ces ténèbres ou ce grand silence. Les ténèbres, à la vérité, sont augustes; mais ce silence universel du monde a je ne sais quoi d'admirable, pour honorer l'entrée du Verbe éternel sur la terre, où il veut être lui-même dans le silence. Car qu'aurait pu dire tout l'univers à la vue d'un si grand prodige ? ne devait-il pas être frappé d'un étonnement qui suspendît pour jamais ses pensées et qui supprimât toutes ses paroles ? Saint Basile, parlant conformément à cet oracle du prophète Zacharie : Loquetur pacem in Gentibus; où il promet que le Messie, venant au monde, ferait taire tous les bruits de la terre; dit que, comme l'aigle paraissant impose un silence universel à tous les autres oiseaux , qui n'oseraient faire entendre leurs voix en sa présence; de même, la parole éternelle de Dieu venant en ce bas monde, a fait taire tous les hommes et a fait garder un profond silence à tous les êtres : Aquila advolante, silentium inciditur aviculis ; veniente è cœlo, et in terris nascente Christo (vera aquila) siluere duces et reges, siluere arma (Basil. ser. in Ascens. Domini).

C'est donc par le silence, et non pas par le bruit de leur chant, que tous les oiseaux reconnaissent l'aigle pour leur roi, et qu'ils lui rendent leurs hommages. C'est donc aussi par un respectueux silence, et non par de faibles paroles, que toute la nature humaine devait faire hommage au Verbe éternel, qui est le roi de toutes les paroles, étant le seul qui peut énoncer dignement les grandeurs de Dieu. Le profond silence, quand il procède de l'admiration de ces ineffables grandeurs et de l'aveu sincère de notre impuissance à parler de lui, est un des plus dignes hommages que nous puissions rendre à sa majesté.
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Combien de grandes âmes se tiennent attachées auprès de la crèche de l'enfant Jésus ; et désirant ardemment honorer sa naissance humaine en la manière la plus parfaite qu'elles pourront, demeurent dans un profond silence, sans lui pouvoir dire une seule parole ? L'admiration suspend leur esprit, l'amour embrase leur cœur, leurs yeux font couler des larmes de tendresse, quand elles voient celles qui sortent des yeux de cet aimable enfant.
Tout les transporte et les ravit; mais il leur serait impossible de proférer ni extérieurement ni intérieurement une seule parole.
Direz-vous que leur profond silence honore moins l'enfant Jésus dans le mystère de sa nativité, que le bruit extérieur des autres qui s'efforcent de lui chanter des cantiques ? Si donc le silence d'une âme particulière honore mieux l'entrée du fils de Dieu au monde, que les paroles de plusieurs autres ; ne m'avouerez-vous pas que le silence général de tout l'univers, au moment qu'il y fit son entrée, était le plus grand et le plus digne hommage qu'il pouvait lui rendre ?

Je vois bien, dit là-dessus notre hôte, que le prenant ainsi, il y a quelque chose de grand et d'auguste dans ce silence et dans ces ténèbres, que tout le monde ne remarque pas. Et je ne suis pas étonné si la plupart des personnes dévotes cherchent le silence et les ténèbres, pour traiter familièrement avec Dieu dans leurs oraisons. Mais le commun des hommes qui ne sont pas si spirituels, pour voir éclater la majesté de Dieu dans les ténèbres, et pour entendre raisonner ses grandeurs dans le silence, voudraient quelque chose de plus sensible et de plus ajusté à leur grossièreté naturelle, qui leur imprimât le respect et la crainte qu'ils doivent à Dieu.
Il n'est pas facile de nous persuader une grandeur qui ne nous paraît point, quand nous voyons des bassesses qui nous sont palpables et sensibles, et qui ne sont pas comparables avec la grandeur. Or je ne vois presque autre chose dans la manière dont Jésus-Christ a voulu faire son entrée au monde. Eh ! qui sont elles ? répliqua l'ecclésiastique.
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P. Louis-François d'Argentan (1615-1680), Capucin. Tome I. Conférences théologiques et spirituelles sur les grandeurs de Jésus-Christ.Conférence VIII. a écrit :
Jésus Christ s'est servi du souverain monarque qui régnait sur la terre quand il fit son entrée au monde, comme de son maître des cérémonies, pour nous faire voir qu'il est Dieu.

Pouvez-vous nier, lui dit l'hôte, que Jésus-Christ n'ai fait en naissant une action de servitude, qui est bien éloignée de la majesté d'un monarque qui fait son entrée ? Car l'Évangile nous apprend, que César Auguste, qui était pour lors le maître du monde, fit publier un édit dans tout son empire, qui obligeait tous ses sujets à se rendre au lieu d'où ils tiraient leur origine, et qu'ils donnassent tous leurs noms, et lui payassent même un certain tribut. Jésus-Christ encore enfermé dans le sein de sa mère, se fit porter exprès à Bethléem, parce qu'il était de la famille du roi David, qui était né dans ce petit lieu. Il va donc obéir au prince, avant qu'il soit né son sujet; et Joseph qui pas sait pour son père, donna son nom et paya le tribut pour lui. Il naît donc en s'acquittant d'une obligation de sujet, et payant le tribut à son souverain : il n'y a rien de plus certain, puisque cela est dit en termes exprès dans l'Évangile. Après cela il ne faut plus parler de grandeurs, comme dans l'entrée d'un monarque, puisque ce sont dans la vérité des bassesses visibles, comme dans la naissance d'un pauvre sujet.

Tout y est grand, à la vérité, répartit l'ecclésiastique ; mais je ne vois rien qui porte la gloire si haut, que ce point là même que vous prenez pour une bassesse. Les prophètes avaient prédit qu'il devait être un prince de paix et un roi pacifique : voilà pourquoi il voulut que tout l'univers se trouvât à son arrivée, dans la paix la plus profonde et la plus générale que l'on eût jamais vue parmi les hommes, comme Isaïe l'avait vue en esprit : Conquievit et siluit omnis terra. Et pour l'établir, il envoya devant lui l'empereur Auguste, comme son lieutenant : car vous savez bien que ce n'est que sous son autorité et par sa puissance, que tous les souverains règnent légitimement sur les peuples : Per me reges regnant.

Il donna tout exprès à ce grand prince des qualités si rares, qu'elles approchaient de celles du roi Salomon. Il le combla de bonheur, de prospérité et de bénédictions temporelles, voulant exprès qu'il régnât long-temps, afin que suivant les inclinations de sa clémence naturelle, il établît une paix générale dans tout son empire. Il le fit si heureusement, qu'étant entré en l'an quarante-deuxième de son règne, il fit fermer le temple de Janus que la guerre tenait toujours ouvert, et donna du repos à toutes les armes, pour laisser goûter à toute la terre la douceur de la paix dont elle jouissait.
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Ce fut alors qu'il fit cette grande action pour laquelle le souverain Roi du ciel l'avait envoyé au monde, et l'avait fait régner si heureusement. Il choisit vingt-quatre des plus grands seigneurs et des meilleures têtes de son empire, et leur donna commission de faire le dénombrement général de tous ses sujets, de prendre leurs noms et de recevoir leur tribut. Ce fut la première fois qu'on avait vu faire la description générale de tout l'empire romain, où les Juifs aussi bien que les autres nations furent écrits, payèrent le tribut, et furent déclarés sujets des Romains.

Il se trouva vingt-sept millions et sept cent mille hommes capables de porter les armes, sans compter les femmes, ni les enfants ni les vieillards. O sagesse de Dieu , que vous êtes admirable en votre conduite ! L'empereur Auguste avait son dessein , qui n'était peut être que de connaître où pouvaient aller les forces de son empire , ou bien d'enrichir son trésor par les tributs qu'il faisait payer à tant de sujets. Mais il ne savait pas qu'il servait à de plus hauts desseins de la providence du grand Dieu vivant, qui ne lui avait mis l'empire du monde dans les mains, que pour se servir de lui comme d'un grand maître des cérémonies, afin de disposer toutes choses dans ce bas monde pour l'entrée de son Fils unique.

Cet édit extraordinaire de l'empereur Auguste, n'était que l'exécution des ordres secrets du ciel, pour conduire Jésus-Christ comme en triomphe à Bethléem, et pour l'établir sur le trône de son empire, qui était celui du roi David, un de ses aïeux, selon cette prophétie si claire d'Isaïe qui dit : Super solium David et super regnum ejus sedebis Rex in aeternum. (Isa. 9). Cette description de l'empire, où tous les noms des sujets qui le composaient, furent écrits sans excepter un seul, n'était que pour signifier que Jésus-Christ le souverain monarque du ciel, venait en terre, pour écrire les noms de tous les élus dans le grand livre de l'éternité, selon la pensée du grand saint Grégoire : Ille aparebat in carne, qui electos suos adscriberet in aeternitate.(Greg.Hom.8. in Evang). Ce tribut qu'il veut bien payer avec tous les autres, n'était pas une servitude, mais une magnifique libéralité, par laquelle il donnait des arrhes du paiement général qu'il voulait faire de toutes nos dettes, pour nous acquitter envers la justice de Dieu son père, nous ouvrant les trésors inépuisables de ses divines richesses, de ses grâces, de ses mérites et de ses satisfactions.

Et enfin il est vrai que tout ce que l'empereur Auguste faisait, n'était que pour exécuter, sans qu'il le connût, les ordres d'un plus grand empereur que lui, qui s'en servait comme de son ministre d'état, étant toujours infiniment plus élevé dans la pauvre étable de sa naissance, que César ne l'était sur le trône de son empire : Celsior in stabulo Christus, quam in culmine imperii Augustus.
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