SWS, Livre IV, C1, §155 traduit par le chartreux a écrit :
3. La division la plus importante des maux de la créature raisonnable, au point de vue théologique et surtout pour notre présent dessein, c'est la division en maux volontaires résultant de nos actions désordonnées, ou le désordre coupable en général, le mal du péché, et en maux involontaires consistant dans la privation et dans la souffrance. Les maux de la première sorte ne sont pas seulement des maux, mais le mal, c'est-à-dire ce qui est vraiment détestable, répréhensible, odieux. Ils sont en soi les plus grands des maux, parce qu'ils sont à la fois des maux pour la personne qui agit, pour la créature, et pour Dieu lui-même, qu'ils atteignent non pas sans doute en Lui-même, mais dans son honneur.
Résumé de théologie dogmatique, Livre IV : La chute et le péché
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SWS, Livre IV, C1, §155 traduit par le chartreux a écrit :
Or, quoique toutes ces affections ne soient pas accompagnées en Dieu, comme chez les hommes, de sensations désagréables, elles existent cependant en lui quant à leur essence, et ce n'est point par défaut de malice du côté du péché, mais par suite de l'immutabilité et de l'impassibilité de Dieu, que l'injure qui lui est faite à lui bien infini ne lui cause pas une douleur infinie. C'est donc à juste titre que la colère de Dieu rentre dans la notion d'offense, et qu'elle est citée dans les formules de contrition, non seulement comme un motif extérieur, mais comme l'objet formel et direct du repentir qui atteint le péché dans sa nature même.
Il va de soi, au surplus, que dans tous les péchés dont « l'objet » est directement dirigé contre Dieu, — comme dans les péchés contre les vertus théologales et contre le culte de Dieu, — l'éloignement de Dieu, l'offense qui lui est faite consiste non seulement en ce que l'acte est contraire à sa loi, mais en ce que le péché est contenu dans la nature spécifique de l'acte.
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SWS, Livre IV, C1, §155 traduit par le chartreux a écrit :
II. 2. Le péché est le plus grand de tous les maux, un mal absolu ; non seulement il est opposé à un bien fini et relatif, mais aussi et directement à un bien infini et absolu, à qui il ravit l'honneur qui lui est dû. En un certain sens, on peut appeler le péché un mal infini, parce qu'il est dirigé contre le bien infini, parce qu'il doit être haï et détesté en vertu de l'estime même et de l'honneur qui est dû à ce bien, parce qu'il ne peut être contrebalancé par d'autres maux, si nombreux qu'ils soient, ni parfaitement racheté par l'offrande à Dieu d'aucun bien fini.
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SWS, Livre IV, C1, §155 traduit par le chartreux a écrit :
II. 3. La malice du péché, en tant qu'elle est dirigée contre la loi divine surnaturelle ou contre la loi de grâce, présente un caractère particulier. En effet, la créature est appelée à une société surnaturelle avec Dieu ; elle doit, en l'accomplissant, confirmer cette société et travailler à la rendre aussi parfaite que possible. De là vient que l'offense à Dieu revêt ici un caractère spécial ; elle n'est plus seulement la désobéissance d'un serviteur envers son maître; mais, comme la dépeint l'Écriture, l'infidélité d'une épouse envers son époux, la révolte d'un enfant contre sou père; elle afflige le saint Esprit qui réside dans l'âme comme gage de l'amitié de Dieu.
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SWS, Livre IV, C1, §155 traduit par le chartreux a écrit :
Ce caractère théologique spécial, le péché ne l'a évidemment, au point de vue subjectif, que lorsque la créature connaît sa vocation surnaturelle ; l'ignorance sous ce rapport est précisément une des raisons pour lesquelles les péchés sont pleinement effacés par le baptême, sans aucun reste de responsabilité ou de dette à acquitter, Or, le péché primitif des anges et des hommes avait, sous le rapport subjectif, le même caractère théologique que le péché a maintenant pour les chrétiens. Les péchés commis avant le baptême sont dépourvus de cette malice particulière, à moins que la grâce sanctifiante ait été infusée par Dieu de l'une des deux manières qui suppléent temporairement à l'administration du sacrement. Cf. S. Thomas, Ia qq. 48, 49 ; et Ia IIae, q.47.
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SWS, Livre IV, C1, §156 traduit par le chartreux a écrit :
Section 156. Péché mortel et péché véniel.
I. Le terme de « mortel » ne signifie pas seulement que le péché rend digne de mort, comme dans l'ancien Testament, les crimes capitaux rendaient passibles de la mort temporelle, ou, comme dans le nouveau, ils rendent dignes fie la mort spirituelle présente ou future, excluent de la vie éternelle et font encourir un châtiment éternel. Il signifie surtout que le péché mortel procure, effectue de lui-même la mort spirituelle actuelle. Si l'on prend le péché mortel dans ce sens rigoureux, son contraire n'est pas le péché véniel, mais simplement le « péché non mortel, » ainsi qu'il est appelé.
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SWS, Livre IV, C1, §156 traduit par le chartreux a écrit :
Le mot de péché véniel a une signification plus étendue encore. Les Pères l'appliquent à tous les péchés dont on peut espérer après coup le pardon de la miséricorde divine (comme les péchés déjà regrettés ou faciles à regretter, et en général les péchés qui ne sont pas accompagnés d'endurcissement), ou enfin les péchés commis dans des circonstances qui permettent d'en espérer plus facilement la rémission (les péchés de faiblesse ou d'ignorance). Dans ce double sens, il peut y avoir des péchés mortels qui soient véniels. Mais dans le sens rigoureux et technique, on n'appelle véniels que les péchés qui sont de telle nature que là où ils existent seuls et sans péché mortel, dans un juste par conséquent, ils peuvent être remis non seulement d'une manière quelconque, mais par la grâce déjà existante.
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SWS, Livre IV, C1, §156 traduit par le chartreux a écrit :
Qu'il y ait des péchés mortels dans le sens expliqué, le dogme seul de la damnation éternelle suffit à le prouver. Mais qu'il y ait aussi des péchés véniels, c'est ce qui a été défini déjà par le deuxième concile de Milève, canons 8-9, et à nouveau par le concile de Trente (sess. 6, chap. 11, et les canons 23, 25). Ces définitions se rattachent surtout aux passages suivants de l'Écriture sainte, 1 Jean 2:3 : "Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes" et Jaques 3:2 : "Nous faisons tous beaucoup de fautes". Ces passages, évidemment, conviennent aussi aux justes. Le texte fréquemment cité en faveur de cette doctrine, de Prov. 23:16 : "le juste tombera sept fois et se relèvera ", convient moins, d'après le contexte et l'hébreu, à une chute morale qu'à des accidents fâcheux, à des épreuves, comme Saint Augustin lui-même l'a remarqué, dans De civ. Dei, lib. XI, cap xxxi. Consulter aussi le texte classique de 1 Cor. 3:8 et seq., et son commentaire par S. Thomas, Ia IIae q. 89, art. 2.
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SWS, Livre IV, C1, §156 traduit par le chartreux a écrit :
II. Selon la doctrine catholique, la différence du péché mortel et du péché véniel n'est pas purement extérieure et accidentelle. Théologiquement, la différence interne résulte seulement déjà de ce que les deux espèces de péchés ont un démérite, une culpabilité essentiellement différente, que Dieu détermine, non par une libre imputation, mais en vertu de sa justice, d'après la malice essentiellement diverse des actions. La différence interne des péchés véniels et des péchés mortels consiste généralement en ce que le péché mortel est la transgression volontaire et réfléchie d'une loi divine qui oblige gravement, et le péché véniel la transgression volontaire et réfléchie d'une loi qui oblige légèrement. Or, on dit qu'un précepte oblige gravement quand il a pour objet d'atteindre un but important ou d'assurer un bien considérable, en sorte qu'il apparaît au sujet comme un moyen nécessaire d'atteindre sa destination, et par conséquent qu'il est imposé avec menace de perdre l'amitié et l'héritage de Dieu. On dit qu'un précepte oblige légèrement, lorsque, tout en obligeant réellement, il n'est pas imposé avec cette rigueur.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre IV : La chute et le péché
SWS, Livre IV, C1, §156 traduit par le chartreux a écrit :
Cette différence de l'obligation grave et de l'obligation légère, quoiqu'elle ne soit que graduelle dans les termes, est cependant essentielle pour le fond de la chose. Voici comment on peut l'expliquer :
Dans la transgression complète d'une obligation grave, l'opposition à la volonté divine se traduit par un mépris effectif de Dieu, puisqu'on refuse de plier devant ses ordres, même les plus sévères ; tandis que, dans l'autre cas, il ne peut y avoir que mésestime de Dieu. Dans le premier cas, le pécheur lui résiste, comme si Dieu n'avait aucun droit à son estime et à son amour ; dans le second, il se borne à ne pas lui rendre tout l'amour et toute l'estime qu'il lui doit.
Rien ne montre d'une manière à la fois plus sensible et plus complète la différence de malice interne dans les deux classes de péchés que cette formule : Dans le péché mortel, la créature s'écarte tellement de Dieu, son terme final qu'elle se tourne vers un autre but et tourne le dos à Dieu ; dans le péché véniel, au contraire, elle ne fait perdre son but de vue que transitoirement, elle marche à côté du chemin sans se tourner vers un autre but.
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