Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le saint jour de la Pentecôte
Publié : jeu. 01 juin 2023 22:43
En effet, le propre d'un vent impétueux est d'agir puissamment sur les objets qu'il frappe. Ainsi les vaisseaux sont emportés avec une vitesse prodigieuse, dès qu'une forte brise vient à souffler ; et aussitôt qu'elle cesse, ils demeurent immobiles au milieu des mers. C'est donc avec une impétuosité semblable que le saint Esprit, par une force invisible, excite à la justice la volonté de l'homme, si nonchalante et si lâche depuis le péché originel.
Notre Seigneur a expliqué cela par une similitude très-juste, quand il a dit : « Le vent souffle où il veut, et vous entendez sa voix ; mais vous ne savez ni d'où il vient, ni où il va. Il en est de même de tout homme qui est né de l'Esprit. » Joan. III, 8. C'est à-dire, bien que nous ne voyions pas le vent, nous en sentons cependant la force et les effets, lorsque nous entendons le bruissement des arbres, et surtout lorsque nous voyons des arbres séculaires, appuyés sur de solides racines, arrachés et brisés par les tourbillons de l'ouragan. Nous voyons donc les effets du vent; cependant nous ne le voyons pas lui-même, nous ne le connaissons que par l'intelligence. Voilà ce que signifient ces mots du Sauveur : « Mais vous ne savez ni d'où il vient, ni où il va ; » c'est une figure de langage, par laquelle il dépeint la nature de l'air, qui échappe à la vue, quoiqu'on en sente parfaitement le mouvement et l'impulsion. Et par là il a voulu indiquer la force de l’Esprit divin, force toute-puissante, quoique invisible, puisqu'il ajoute : « Il en est de même de tout homme qui est né de l'Esprit.
Mais quel est celui qui est né de l’Esprit ? - Je réponds : Voilà un homme qui, entraîné par les penchants de sa première naissance, a été quelque temps l'esclave des passions de la chair. Maintenant, il a reçu la grâce de l’Esprit divin, et, changé en une créature nouvelle, il s'applique à obéir non à la chair, mais à l'esprit ; non à sa volonté propre, mais à la volonté divine; non au siècle, mais à Dieu. Appelé heureusement ainsi à une seconde naissance par le bienfait de la vocation divine, il sent son âme se transformer à l'intérieur ; il se sent vivement embraser de zèle pour la religion, et d'amour pour les choses célestes ; il aime ce qu'il détestait, et il déteste ce qu'il aimait ; il désire ce qu'il dédaignait, et il dédaigne ce qu'il désirait avec ardeur; il prend plaisir à ce qui lui était amer, et ce qui faisait autrefois ses délices, lui est devenu à charge et l'afflige. Voilà ce qui se voit tous les jours : j'en atteste les aveux et les exemples des hommes qui, par une grâce particulière de Dieu, ont passé de l'amour du monde à l'amour et à la pratique de la piété.