Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le VIIIe dimanche après la Pentecôte
Publié : ven. 28 juil. 2023 11:39
(à suivre)Mais il est d'autres biens plus considérables sur l'usage desquels ils seront interrogés. Rendez compte, dira le Juge, de tous les secours que je vous ai accordés pour bien vivre; rendez compte de la foi, du baptême, de la doctrine chrétienne,des sacrements, des instructions, des avertissements, des inspirations divines par lesquelles j'ai tant de fois frappé à la porte de votre cœur pour vous exciter à une vie meilleure. Rendez compte de mon sang, de ma croix, de ma mort, des épines, des verges, des crachats, des soufflets, de mille outrages que j'ai endurés pour vous ; rendez compte des trente-trois années pendant lesquelles j'ai travaillé et me suis fatigué pour procurer votre salut. C'est par ces travaux que je vous ai cherché, à ce prix que je vous ai racheté, par ces bienfaits que j'ai excité votre amour, par ces exemples que j'ai tâché de vous porter à la pratique de la piété et de la vertu : et vous, ingrat, vous n'avez pas estimé la dignité de votre âme sur le prix de mon sang versé pour elle, vous n'avez pas répondu à mon amour, mes exemples vous ont laissé lâche et indifférent.
Rendez compte, en outre, de votre vie, c'est à-dire de toutes les années que je vous ai accordées afin de faire valoir pour votre salut les talents de votre foi de chrétien. Car je veux examiner jusque dans le moindre détail : comment vous avez employé ces années : quels mérites vous avez amassés, quelles œuvres de piété vous avez faites, quels bons sentiments vous avez excités en vous, quels amis vous vous êtes procurés pour vous recevoir, à l'heure de la mort, dans les tabernacles éternels.
Que répondront alors ceux qui n'ont pas même songé à ce compte formidable, qui ont vécu comme s'ils étaient nés uniquement pour jouir de la vie présente ?
Enfin, il nous faudra rendre compte de certaines personnes confiées à nos soins, je veux dire de nos serviteurs et de nos enfants, que nous devions, instruire, corriger, nourrir et traiter d'une manière convenable. Car il est écrit : « Si quelqu'un n'a pas soin des siens, et particulièrement de ceux de sa maison, il a renoncé à la foi et est pire qu'un infidèle. » Si quis suorum, et maxime domesticorum curam non habet, fidem negavit, et est infideli deterior. I Tim. v, 8. Que répondront donc en ce jour ceux qui auront traité leurs serviteurs comme des bêtes de somme, ne se souciant pas plus de les former à la piété et à la justice, que s'il s'agissait d'animaux sans raison ? Quant à la négligence envers les enfants, l'exemple du grand-prêtre Héli nous montre combien elle est funeste pour eux et pour leurs parents, puisque ce père, par son incurie et sa faiblesse, attira la ruine et sur lui-même, et sur ses fils, et sur tout le peuple. Quel père, averti par un si épouvantable malheur, ne veillerait sur ses enfants avec tout le soin dont il est capable ? Et cependant combien d'enfants ne voyons-nous pas, les jours de fête et de dimanche, se rassembler et jouer sur les places publiques pendant les offices avec la permission ou par la négligence de leurs parents ? Pourquoi ne les gardez-vous pas avec vous à l'église pendant ce temps ? Des pères cruels et barbares tiendraient-ils une autre conduite ? Quelle sollicitude, au contraire, pour l'innocence de ses enfants, dans ce pieux patriarche qui offrait pour eux des sacrifices, « de peur, disait-il, qu'ils ne pèchent et ne maudissent Dieu dans leur cœur, » c'est-à-dire de peur que leur cœur ne conçût, que leur bouche ne laissât échapper quelque chose qui fût indigne de la divine Majesté !