Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IXe dimanche après la Pentecôte
Publié : sam. 05 août 2023 14:36
IV.
Nous pouvons donc, à tous ces hommes aveugles qui s'endurcissent dans leur péché, adresser les paroles de notre Seigneur : « Si vous aviez connu, vous aussi, » etc. Car l'âme coupable, dit saint Grégoire, adonnée aux choses présentes, plongée dans les voluptés terrestres, se cache à elle-même les maux qui l'attendent, et ferme les yeux sur des châtiments qui troubleraient sa joie actuelle. Ce qui suit ne lui convient pas moins : « Des jours viendront pour toi, où tes ennemis t'environneront de tranchées. » Quels sont ces ennemis, sinon les démons acharnés à notre perte, qui, à l'approche de la mort, environnent l'âme du méchant, et lui mettent sous les yeux tous les crimes de sa vie passée dans lesquels ils l'ont fait tomber, pour le porter au désespoir ? En ce moment l'esprit de fornication lui représente, comme de hideux fantômes, toutes les taches, toutes les souillures de sa vie, toutes les pensées mauvaises, tous les désirs, toutes les actions honteuses. En ce moment l'esprit d'avarice lui rappelle ses rapines, ses fraudes, ses vols, ses procès injustes. En ce moment l'esprit de dispute et de discorde lui met sous les yeux ses haines, ses jalousies, ses colères, ses détractions, ses désirs de vengeance ; l'esprit d'orgueil, son ambition, son faste, son arrogance, ses dédains, pour lesquels le malheureux pécheur n'a offert à Dieu aucune satisfaction. C'est ainsi qu'ils environnent et assiègent son lit de mort. Et non-seulement ils l'environnent, mais ils le « pressent» et le mettent dans l'angoisse au sujet de son salut et du sort qui le menace. L'infortuné se voit déjà au pied du tribunal du souverain Juge, d'un Juge incorruptible, que les présents ne peuvent gagner, que les artifices ne peuvent tromper, que les prières ne peuvent fléchir. Il se voit placé sur la limite du temps et de l'éternité, du temps qui est fini, de l'éternité dont l'abîme sans fond s'ouvre devant lui, sans savoir le sort qui lui est réservé. Quelle inquiétude alors, quel tremblement, quelles angoisses, quel regret de sa vie passée ! « Ah ! s'écrie saint Grégoire, pensons combien sera terrible pour nous cette heure de la mort ! Quelle appréhension ! quelle épouvante ! quel oubli de la félicité antérieure ! Quelle crainte du souverain Juge ! Quel plaisir pouvons-nous trouver aux choses présentes, quand tout passe, excepté ce qui nous attend, quand ce que l'homme recherche est fini pour toujours, et que commence ce qui ne finit jamais ?
Lorsque l'âme sort du corps, les esprits malins revendiquent leurs œuvres ; ils réclament le pécheur qui a suivi leurs inspirations, pour l'entraîner avec eux au milieu des tourments. »
Puisqu'il en est ainsi, mes frères, puisque cette fin nous attend tous, et que nul, parmi les enfants d'Adam, ne saurait se soustraire à ce terrible combat, puisque le dernier jour de notre vie doit décider de notre vie tout entière, que dis-je ? de notre éternité, qu'avons-nous autre chose à faire, à penser, que de nous trouver prêts et armés pour ce moment redoutable ? Car toute la vie du chrétien ne doit être qu'une continuelle préparation à la mort. C'est ce que le Sauveur nous apprend, lorsqu'il nous exhorte par tant de paraboles à veiller toujours, parce que nous avons ni le jour ni l'heure où il viendra, et qu'en ce moment sera rendue une sentence qui décidera, non d'un héritage, non de quelque bien temporel, mais de la vie ou de la mort éternelle.