Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le XIXe dimanche après la Pentecôte
Publié : sam. 14 oct. 2023 23:33
Quoi donc ? la profession de la foi, qui distingue les fidèles des infidèles, ne sera-t-elle d'aucune utilité aux premiers s'ils suivent la voie des seconds ? Il en est beaucoup qui, tout en vivant dans le péché, se flattent de cet espoir. Les Juifs étaient de ce nombre ; distingués par la circoncision de tous les autres peuples, et possesseurs d'une loi sainte, mais qu'ils ne pratiquaient pas, ils espéraient être sauvés. Saint Paul consacre tout le commencement de son épître aux Romains à renverser cette confiance présomptueuse, et résume ainsi la discussion : « La circoncision est utile si vous observez la loi; mais si vous transgressez la loi, vous n'êtes plus qu'un incirconcis, » c'est-à-dire, fidèle, vous devenez semblable à un infidèle. Circumcisio quidem prodest, si legem observes; si autem prævaricator legis sis, circumcisio tua præputium facta est, Rom. II, 25. Nous voyons par là que les fidèles qui vivent comme les infidèles, sont de même condition que les infidèles. Car sous les noms de circoncis et d'incirconcis, c'étaient les Juifs et les Gentils qu'on désignait alors. Nous pouvons appliquer le raisonnement de saint Paul à un chrétien qui vit mal : le sacrement de la foi et du baptême vous sera utile si vous observez la loi de Dieu ; mais si vous la violez, ni le baptême, ni votre dignité de chrétien, ni la profession de votre foi ne vous serviront, votre vie toute païenne étant en désaccord avec votre foi de chrétien. Nous lisons au chapitre XIXe des Actes des apôtres que des exorcistes juifs, qui allaient de ville en ville, voyant saint Paul chasser au nom de Jésus le démon du corps des possédés, essayèrent de faire la même chose en invoquant aussi le nom de Jésus : « Je vous adjure, disaient-ils, par Jésus, que Paul prêche.» Adjuro vos per Jesum, quem Paulus prædicat. Mais le malin esprit leur répondit : « Je connais Jésus, et je sais qui est Paul; mais vous, qui êtes-vous ? » Jesum novi, et Paulum scio ; vos autem qui estis ? Aussitôt l'homme qui était possédé d'un démon très-méchant se jeta sur eux et les tourmenta cruellement. Ce passage nous montre que c'est la sainteté de la vie, et non la sainteté du nom invoqué, qui impose aux démons. Tel est le sens de ces paroles : « Mais vous, qui êtes-vous ? » c'est-à-dire, je ne m'arrête pas aux noms sacrés que votre bouche invoque, c'est votre âme que je regarde, c'est votre vie et votre conduite, qui sont étrangères à la sainteté de ce nom ; c'est pourquoi je me précipite sur vous, pour vous tourmenter, j'exerce sur vous ma cruelle domination à laquelle votre vie coupable vous assujettit. Vous voyez donc que l'invocation des noms les plus vénérables est sans utilité quand notre conduite n'est pas d'accord avec eux. La connaissance de la religion, loin d'être utile à ces hommes présomptueux, leur prépare une damnation plus sévère, en leur ôtant la circonstance atténuante de l'ignorance. Enfin les théologiens enseignent que les infidèles à qui l'Evangile n'aura pas été annoncé ne subiront aucune peine spéciale pour leur infidélité ; ils ne seront punis que pour leurs autres crimes. Or, autant leur ignorance sera pour eux une excuse, autant la lumière de la foi sera pour les mauvais chrétiens une aggravation de leurs fautes.