Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour la fête de la Circoncision
Publié : ven. 05 janv. 2024 11:30
SECOND POINT.
En voilà assez, mes très-chers frères, sur la circoncision en général. J'entre maintenant dans le détail, et je vais vous dire sur quoi la circoncision spirituelle doit porter en nous, pour nous mériter l'amour de Dieu, qui est son but suprême. Je distingue en nous quatre obstacles principaux à cet amour, par conséquent quatre défauts à corriger et à extirper de nos âmes par la circoncision.
D'abord, chrétiens, la circoncision doit éteindre dans nos cœurs la soif immodérée des biens extérieurs, de telle sorte que nous ne poussions pas notre ambition au delà de nos forces,mais que nous nous contentions de ce que nos facultés peuvent naturellement atteindre. Le Roi-Prophète était dans cette disposition d'un cœur vraiment circoncis, quand il disait à Dieu : « Seigneur, mon cœur ne s'est point enorgueilli, mes yeux ne se sont point élevés. Je n'ai pas marché sur les hauteurs, ni dans les désirs au-dessus de moi, » Ps.cxxx, 1, 2 ; ainsi que l'Apôtre dans ces paroles : « Ayant de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir, nous devons être contents, » Habentes autem alimenta et quibus tegamur, his contenti simus. I Tim. VI, 8. Ces richesses, la nature nous les a données ; elles sont nécessaires à notre vie ; la raison, la vertu, la condition de notre existence nous font un devoir de nous les procurer.
Mais elles sont suffisantes, comme nous le voyons par l'exemple des premiers mortels. Tous les autres biens, qui sont l'objet si ardent de nos convoitises, n'ont inondé la terre qu'à la faveur de l'intempérance, ou de cette fausse prudence humaine qui borne tous ses désirs à la terre : nous devons donc les écarter de nous de toutes nos forces. « Si le Seigneur me donne du pain pour me nourrir et des vêtements pour me couvrir, le Seigneur sera toujours mon Dieu, » Gen.XXVIII, 20, disait à Dieu le saint patriarche Jacob. La nature parle comme lui, et se contente de ces simples dons du ciel. Si nous nous en tenons strictement à cette loi et à ces besoins de la nature, ne trouverons-nous pas dans la maison des riches et des grands beaucoup d'ornements inutiles et superflus ? Grand Dieu ! quelle prodigalité déplacée dans les vêtements ! quel luxe dans les demeures ! quelle éclatante somptuosité dans les lambris dorés des cours ! quelle vaine recherche dans notre nourriture, dans nos parfums, et dans tous ces plaisirs, destinés par Dieu à fortifier notre faiblesse, et que nous faisons servir au contentement de nos caprices et de nos passions ! Cette abondance qui ne suffit pas encore à vos désirs, que de pauvres trouveraient leur profit à la partager avec vous ! Combien sont couchés sur la neige,nus et mourants de froid, qui se couvriraient avidement des vêtements dont vous n'avez que faire ! Savez-vous bien qu'en dissipant ainsi des dons si précieux, ou bien en en faisant un fol usage, vous volez aux pauvres un bien dont ils ont le droit de disposer ?
Vous connaissez cette parole d'un Père de l'Eglise (Saint Ambroise ) : « Donnez à manger à ceux qui meurent de faim ; ne pas les nourrir, c'est les tuer. » Saint Basile, s'élevant de toute l'énergie de son indignation contre cette avarice, s'écrie aussi : « Le pain que vous tenez ne vous appartient pas ; ces vêtements que vous entassez dans vos demeures sont la propriété de ceux qui n'en ont pas ; votre or est aux pauvres ; vous péchez en le gardant, et votre crime ne sera pas impuni.» Mais, chrétiens, cette avidité insatiable vous est aussi nuisible qu'aux pauvres, et vous vous rendez, en y succombant, un funeste service. Vous contentez toutes vos vanités, vous accordez tout à chacune de vos passions ; mais prenez garde. Il faut pour cela des dépenses étonnantes ; il faut aller au delà de ses ressources, si abondantes soient-elles, et à la fin il faut bien tomber dans ce gouffre hideux du libertinage et de la pauvreté coupable dont on ne sort jamais sans d'inexprimables difficultés.