III.
Mais le Seigneur, qui se souvient de sa justice, ne laisse pas un si grand crime impuni. Il le châtie en dirigeant les événements de telle sorte que les entreprises pour lesquelles on n'a pas demandé son secours, aboutissent aux résultats les plus malheureux, afin que les hommes qui croient pouvoir se suffire à eux mêmes dans leurs projets, apprennent à leur préjudice combien c'est une déplorable folie de ne pas vouloir associer à leurs desseins Celui qui gouverne toutes les choses de ce monde. Que de lamentables tragédies on pourrait citer à l'appui de cette vérité !
L'un veut unir sa fille à quelque noble personnage; mais voici que peu de temps après qu'il l'a mariée selon ses vues, elle meurt en donnant le jour à un enfant qui lui-même meurt bientôt à son tour, de sorte que tout le patrimoine revient au mari, et que le malheureux père a la douleur de perdre sa fille, son petit-fils et de voir sa fortune passer en des mains étrangères. Un autre choisit un gendre plus riche que vertueux, qui dissipe dans le jeu et la débauche son patrimoine et la dot de sa femme, et plonge ainsi le beau-père et sa fille dans le chagrin et la misère. Celui-ci, dévoré de la soif de l'or, a résolu de s'embarquer pour les Indes. Il compte pour rien les dangers de la navigation et de la guerre, l'inclémence d'un ciel étranger, et cependant combien de ces hommes cupides succombent sans avoir pu réaliser leurs désirs ; la mer perfide, les guerres sanglantes, la corruption de l'air, les maladies particulières à ces climats anéantissent tous leurs projets. Celui-là est avide d'obtenir la faveur du prince ou quelque dignité importante de l’État. Il y arrive enfin, et croit qu'il va être heureux ; mais, au lieu du bonheur qu'il espérait, il ne rencontre que soucis, fatigues, épreuves et peines. Mais qui pourrait énumérer les conséquences de ces mariages secrets dont la passion seule forme les nœuds ? Ce sont chaque jour des dissensions interminables ; la guerre y remplace la paix, la discorde la charité, la pauvreté les richesses, des troubles continuels le repos.
Tel met tous ses soins à augmenter son avoir, afin de laisser à l'aîné de ses fils une grande fortune; il couche sur son or, et ose à peine y toucher ;mais, plus tard, son fils recueille ces immenses richesses et se livre à la prodigalité et à la débauche : cet or, qui lui a si peu coûté, il n'en connaît pas le prix, et dissipe aux jeux de dés et de cartes tout son patrimoine. Voilà l'emploi qu'il fait de cette fortune que son père avait acquise par tant d'efforts et de soins, ne se doutant pas qu'il mettait son argent dans un panier percé. Salomon déclare qu'il regarderait comme un malheur (qu'il ne supporterait pas volontiers) d'abandonner à un héritier insensé les ouvrages qui lui avaient demandé tant de travail et d'application. Eccle. II, 19. Parlerai-je des guerres que les rois de la terre entreprennent dans des vues et avec une prudence tout humaines, engageant ainsi et leur personne et leurs sujets dans les plus graves périls ? Ce fut ainsi qu'agit Amasias, roi de Juda. Enorgueilli de la victoire qu'il avait remportée sur les Iduméens, il déclara la guerre au roi d'Israël et essuya une éclatante défaite qui attira sur lui et sur son peuple les plus grands malheurs. IV Reg. XIV.
(à suivre)