Les plus habiles maîtres de Césarée n'ayant plus rien à lui apprendre, ses parents le firent partir pour Constantinople, où Libanius, le plus célèbre rhéteur de son temps, et l'un des premiers hommes de l'empire, donnait des leçons publiques avec un applaudissement universel 1. Ce grand maître sut distinguer Basile dans la foule de ses disciples ; il ne pouvait se lasser d'admirer en lui les plus heureuses dispositions pour les sciences, jointes à une modestie rare et à une vertu extraordinaire. Il dit, dans ses Épîtres, qu'il se sentait comme ravi hors de lui-même toutes les fois qu'il entendait Basile parler en public. Il entretint toujours depuis avec lui un commerce de lettres, et il ne cessa de lui donner des marques de cette haute estime et de cette vénération profonde qu'il avait conçues pour son mérite 2. De Constantinople, Basile se rendit à Athènes, dans le dessein d'y puiser de nouvelles connaissances 3. Cette ville avait toujours été regardé comme le temple des muses depuis Périclès. On s'y rendait de toutes parts pour se former a cette pureté de langage et à cette élégance antique qui ont rendu si célèbres les bons écrivains de la Grèce 3.
1. Libanius, païen de religion, enseigna la rhétorique à Constantinople, à Nicomédie et à Antioche. Il fut singulièrement honoré da Julien. l'Apostat. Il survécut à l'empereur Théodose, qui l'éleva à la dignité de préfet du prétoire. Nous avons encore de lui des Épitres, des Oraisons et des Déclamations, où l'on trouve de fréquentes invectives contre l'empereur Constantin le Grand et contre la religion chrétienne.
2. Libanius, ap. S. Basil., Ep. 145, 132.
3. Saint Basile fait une excellente remarque clans sou traité de
Legendis gentilium libris. L'Écriture et les maximes de la vie éternelle doivent, dit-il, faire la principale étude des chrétiens; mais il ne faut pas conclure de la que l'éloquence et les autres parties de la littérature leur soient inutiles; on doit au contraire les regarder comme les feuilles qui servent aux fruits d'ornement et de protection. Partant de ce principe, il veut que l'on prépare la jeunesse à l'étude sublime des oracles sacrés, par la lecture réfléchie des meilleurs poètes et des meilleurs orateurs de l'antiquité profane, il ordonne en même temps que l'on use de discrétion dans le choix; des livres que l'on met entre les mains des jeunes gens. On doit, ajoute-t-il, leur interdire absolument tous ceux où il se trouverait des exemples et des maximes capables de leur corrompre le coeur.
Julien l'Apostat sentait mieux que personne l'utilité que notre religion retirait de l'étude des belles-lettres; il jugeait qu'il lui serait impossible d'anéantir le christianisme, comme il se l'était proposé, tant qu'il aurait pour défenseurs les plus savants hommes de l'empire, tels qu'un saint Athanase, un saint Grégroire de Naziance , un saint Hilaire, un Diodore do Tarse, un Apollinaire. Ce fut ce qui le porta à défendre aux chrétiens d'enseigner la grammaire, l'éloquence et la philosophie. Les Pères ne furent pas les seuls qui regardèrent cet édit comme un acte insigne de tyrannie; les païens en portèrent le même jugement. On peut voir ce qu'en dit Ammieu-Marccllin, qui était de la religion de Julien, et le panégyriste de ce prince, 1. XXX,c. 10:1. 1. xxv, c. 4. On lira aussi avec beaucoup de satisfaction ce qui concerne ce trait d'Histoire, dans l'Histoire du. Bas-Empire, par Le Beau, I. XII, n. 21, t. II, p. 171.
Cet historien observe, d'après le témoignage des Pères et des historiens contemporains, que Julien donna un second édit, par lequel il était détendu aux chrétiens de lire les auteurs profanes. Pour suppléer à cette perte, Apollinaire et saint Grégoire de Nazianze composèrent des poèmes sur des sujets de piété; mais on n'était pas dédommagé des chefs-d'oeuvre de l'antiquité par des ouvrages faits à la hâte, quelques beautés qu'ils pussent d'ailleurs renfermer.
4. La langue grecque se conserva dans l'Orient avec une grande partie de sa pureté primitive, jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs, au milieu du XVe siècle. Le goût de la belle littérature périt plus tôt en Occident. Il commença a déchoir sous le règne de Tibère, et il s'évanouit entièrement a l'arrivée des Barbares, dont les incursions ramenèrent les ténèbres de l'ignorance.